Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°014
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°014


HETEROS FACHOS ?

SEXISME LEGAL

Mis à jour le :15 juillet 2004. Auteur : Claude et Dominique.


Les promesses n’engagent que celles et ceux qui les écoutent. Sitôt passée la Marche parisienne des fiertés lesbiennes, gays, bi et trans, qui, dit-on, rassembla quelque 700 000 personnes, le gouvernement est revenu sur ce qu’il avait annoncé une semaine auparavant. Son porte-parole Jean-François Copé, qui a perdu les élections régionales d’Île-de-France mais pas sa morgue, a déclaré que la loi tant attendue sur l’homophobie ne serait examinée par le Parlement qu’à l’automne. Même Jean-Luc Romero, président des Élus locaux contre le sida, et secrétaire national de l’UMP, a tellement mal digéré cette nouvelle couleuvre qu’il a démissionné de ses fonctions au sein de son merveilleux parti. De toute façon, ce projet de loi ne promettait que répression à tout crin, sans prévention ni budget. De la droite pur jus… Mais l’aspect le plus stupide du projet de loi est sans doute son silence volontaire sur le sexisme, clé de voûte de l’homophobie. Le sexisme n’est pas le fait de gros bœufs mal dégrossis, bêtes ou méchants. Il naît d’une vision du monde qui consiste à considérer deux sexes comme radicalement différents et à les hiérarchiser. La vision sexiste décrète qu’il y a un sexe « fort » et un sexe « faible ». Au sexe fort, masculin, va être attribuée la sphère du public, attachée à la noblesse et au pouvoir, et au sexe faible, la sphère du privé. C’est ainsi que, jusqu’en 1944, les femmes n’avaient pas le droit de vote. C’est ainsi que, malgré la loi sur la parité, les femmes sont encore sous-représentées dans la gestion des affaires publiques. C’est ainsi que les femmes passent encore plus de temps que les hommes à s’occuper de la maison et des enfants. L’analyse des images publicitaires et des livres pour enfants montre que les femmes sont beaucoup plus représentées dans l’univers domestique, alors que les hommes évoluent dans des univers professionnels ou exotiques. La vision sexiste valorise le travail masculin et minimise le travail féminin. Malgré les progrès fondamentaux dans l’accès des femmes à l’éducation et au travail, la différence se perpétue dans l’inégalité des salaires. On connaît la différence entre un couturier et une couturière, un cuisinier et une cuisinière : si les hommes s’emparent des tâches féminines, elles s’en trouvent ennoblies.

La vision sexiste valorise le plaisir sexuel masculin, et dévalorise ou nie le plaisir féminin, ou ne l’envisage que par rapport au plaisir sexuel masculin. Une homme qui fait beaucoup de « conquêtes » féminines est un don Juan, une femme qui a beaucoup d’amants est désignée par une insulte sexiste. La vision sexiste assigne aux garçons l’activité et aux femmes la passivité. L’acte sexuel est envisagé comme un acte de domination, de possession. On valorise dès la prime éducation les attitudes violentes chez les garçons et les attitudes calmes chez les filles. Ce sont les hommes qui sont les conquérants. La masculinisation du corps masculin et la féminisation du corps féminin sont des tâches interminables. Il faut apprendre à dresser son corps, à le porter de la bonne façon, à façonner les attitudes de son visage et la bonne façon de s’habiller, adopter tel ou tel sentiment. Pour une vision sexiste, les attentes collectives, envers les individus de l’un ou de l’autre sexe, sont radicalement différentes. Et elles sont obligatoires sous peine de moqueries, de stigmatisations, de violences morales, de violences physiques, de violences légales ! Au bout du compte, qui souffre de l’homophobie ? Celles et ceux qui, par leur comportement, ne rentrent pas dans les cases du sexisme : les garçons efféminés, homo ou non, les filles camionneuses, les lesbiennes à qui l’on veut apprendre qu’elles n’ont pas encore connu celui qui les ferait tellement jouir, celles et ceux qui souhaitent changer de sexe, comme par hasard également oubliés de la loi… L’homophobie est la clé qui verrouille les compartiments sexistes. Ainsi une loi qui ferait l’impasse sur le sexisme serait un trou dans l’eau. Mais qu’on se rassure, le gouvernement est habitué…

Publié dans CQFD n°14, juillet 2004.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |