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CQFD N°014



UN PATRON DES BAUMETTES DEVANT LES PRUD’HOMMES

Mis à jour le :15 juillet 2004. Auteur : Willy Daunizeau.


Un employeur de taulards traîné devant le tribunal des Prud’ hommes… C’est à une détenue de la maison d’arrêt des Baumettes, Violette Martinez, que l’on doit cette agréable initiative. La boîte pour laquelle elle trime dispose aux Baumettes d’un atelier de conditionnement pour grands parfumeurs, qui lui permet de s’adjuger une main d’œuvre bradée, au Smic horaire de 3,10 euros (contre 7,19 euros à l’extérieur). Violette Martinez et son avocat, Me Montanaro, se basent sur l’article L-140-2 du code du travail qui stipule qu’« à travail égal, salaire égal ». Joint par CQFD, Me Montanaro précise que, pour sa cliente, « il s’agit d’une affaire de principe et non d’une affaire d’argent. Elle a initié cette action plus pour les autres que pour elle-même, d’autant qu’elle est en fin de peine ». Coup de chance, le juge d’application des peines (JAP) a bien voulu autoriser Violette à se rendre escortée au tribunal. Mais l’administration pénitentiaire l’a très mal pris. Depuis son action, Violette « a subi à plusieurs reprises des menaces de transfert dans un autre établissement pénitentiaire », précise l’avocat. L’affaire sera examinée le 29 septembre. On espère que les juges feront leur boulot et que leur jurisprudence permettra de lever le lourd couvercle qui pèse sur l’exploitation des prisonniers. Depuis juin 1987, le travail n’est, en principe, plus obligatoire en zonzon. Mais l’indigence est aussi implacable que la contrainte légale : ne bénéficiant pas des minima sociaux, et bien souvent privés de solidarité extérieure, les détenus dépendent de l’absolue nécessité du travail pour « cantiner » et améliorer le maigre ordinaire de la « tentiaire ». Et comme les produits vendus en taule sont deux fois plus chers que dehors…

Du coup, la demande excède largement l’offre disponible. Il manquerait environ 15 000 emplois pour satisfaire le marché. Le privilège consistant à marner pour quelques sous est segmenté en trois régimes de travail : le régime de concession, dans lequel l’AP passe contrat avec des entreprises à qui elle procure la main d’œuvre pour une production donnée, le régime de Régie industrielle des établissements pénitentiaires (RIEP), dans lequel le travail s’effectue sous la commande directe de l’administration (19,99 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2002) et enfin le régime du service général, qui consiste à confier aux détenus, dits « les auxis », l’entretien de leurs lieux d’hébergement et de vie collective. Les auxis sont les plus mal payés. Concernant la nature supposée « qualifiante » des emplois proposés-imposés, on nage en plein porte-nawak : ce sont pour l’essentiel des tâches de manutention, répétitives et fastidieuses, et dont seules les infractions au code du travail brisent la monotonie. En principe, la validation des « acquis sociaux et professionnels » doit permettre au détenu de faire valoir son expérience une fois dehors et de faciliter sa réinsertion. Mais au vu de la besogne infligée et de la quasi inexistence de formation professionnelle, c’est une vaste blague. Le travail en taule aurait par ailleurs la sainte vertu d’occuper les esprits et de canaliser les tensions, mais c’est aussi un bon moyen de gratifier les détenus qui plaisent à l’administration, ceux qui balancent des infos, par exemple. Il permet en outre de faire pression sur les fortes têtes qui ne se plieraient pas aux règles internes. Quelqu’un comme Violette Martinez, par exemple…

Publié dans CQFD n°14, juillet 2004.






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> UN PATRON DES BAUMETTES DEVANT LES PRUD’HOMMES
Elodie | 10 novembre 2005 |
Bonjour, je me présente je suis en 4e année de sociologie à l’université paris1, dans le cadre de mon mémoire de maitrise je souhaite travailler sur les conditions de travail dans les quartiers féminins des prisons. Je souhaiterais me mettre en contact avec Mme Violette Martinez, pourriez vous m’aider ? merci d’avance de votre réponse
 

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