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CQFD N°014


BORDEAUX VILLE PROPRE

STATIONNEMENT INTERDIT AUX ERRANTS DU CENTRE-VILLE

Mis à jour le :15 juillet 2004. Auteur : Grite Lammane.

A Bordeaux, depuis plusieurs années, la grande pauvreté apparaît en plein jour et en centre-ville. Un symptôme du devenir des villes qui fait tache, particulièrement en saison touristique. Panorama et témoignages.

Spectateurs silencieux de la frénésie consommatrice, les errants et les sans-abri s’installent sur le pas des portes du cours Victor Hugo, de la rue Sainte-Catherine, ou du cours de la Marne. Ils se bricolent des lits de fortune autour du marché couvert des Capucins, profitent de quelques mètres protégés par une avancée de béton au pied du palais des Sports. Ou bien s’asseyent, en petits groupes. Ils regardent les passants, tendent la main pour une pièce. Devant les refus répétés, la plupart continuent de sourire, souhaitent une bonne journée, avivant le sentiment de culpabilité des passants. Mais la culpabilité a vite fait de se retourner en sentiment d’agression. Et l’« insécurité » pointe son nez. En janvier 2002, Alain Juppé s’inquiète du nombre grandissant de zonards, dont Véronique Fayet, son adjointe à l’action sociale, qualifiera les rassemblements en petits groupes de « très peturbants ». À la veille des élections législatives et présidentielle, Alain Juppé se montre très attentif aux angoisses sécuritaires de ses électeurs. Il prend le problème dans le sens que la mode médiatique impose. En réponse au mal-vivre des sans-abri, le maire aurait pu créer le premier centre d’accueil de jour de la ville. Au lieu de quoi, il prend un arrêté « anti-bivouac » interdisant de se rassembler dans le centre-ville avec des chiens « même tenus en laisse », de boire de l’alcool, de rester couché, assis ou même debout dans la rue. Circulez ! Version rusée des arrêtés anti-mendicité pris par d’autres villes, qui n’avaient pas résisté aux tribunaux, ce texte ouvre une brèche. Onze communes s’y engouffreront dans l’année. Le confort moral des Français aurait-il pour corollaire la disparition de quelques-uns d’entre eux ? Faire de l’exclu une espèce à part, un étranger qu’on peutbannir serait simplifier à outrance la réalité sociale. Cela, toute la gauche bordelaise s’accorde à le clamer sur le champ, collectif pour l’abrogation en tête. Fait rarissime, on est d’accord du PS à la LCR, en passant par toute la gamme des associations caritatives de Bordeaux. La partie visible de l’iceberg ne saurait masquer celle qui est immergée : chasser quelques dizaines de personnes de la zone commerçante d’une ville n’effacera pas la réalité. En France, une personne sur dix vit au-dessous du seuil de pauvreté. Les Restos du Cœur aident 610 000 personnes chaque hiver. Selon l’INSEE, le pays compte 86 000 sans-logis, et Bordeaux 2 000. Le centre de consultations médicales de Médecins du Monde reçoit 1 800 patients par an, qui ne bénéficient d’aucune protection sociale.

Démontrant l’inadaptation de la réponse politique à l’exclusion, en même temps que s’organise la contestation citoyenne du règlement municipal, de nouveaux flux de vagabonds post-punk et post-techno viennent épaissir les rangs des nomades. Ils portent les signes de leur différence -piercing et harnachement militaire de surplus sont la norme. Leur misère etleur insoumission s’affichent. Sans maison, sans maître et sans possession, les jeunes errants participent aux manifestations pro-bivouacs, revendiquent le trottoir comme un lieu public. Les policiers eux-mêmes rechignent à les interpeller. Que faire des prévenus une fois emmenés au commissariat et verbalisés ? Courant 2002, Alain Juppé invente des chiffres pour défendre son texte :« 90 % des Bordelais étaient favorables à cet arrêté », déclare-t-il au quotidien Sud-Ouest. Il prétend aussi mettre en place des chantiers ne nécessitant pas de main d’œuvre qualifiée. Les SDF volontaires seraient payés à la semaine. Véronique Fayet insiste : l’arrêté anti-bivouac est un « élément d’une politique globale de solidarité ». Mais la couleuvre n’est pas avalée par le collectif pour l’abrogation qui affirmera ne rien voir venir. Il faudra attendre 2003 pour que le tribunal administratif, recevant la plainte de Stéphane Lhomme, figure locale de la contestation, mette une première fois l’arrêté cache-misère au placard. Tenace, le maire a fait appel. Il a perdu, définitivement cette fois, le 27 avril dernier. Le texte portait, dixit la cour, « une atteinte excessive aux libertés individuelles des usagers des voies et lieux publics en cause ». Sur le coup, on aurait cru que Bordeaux allait apprendre à vivre avec ses pauvres… Reste que la nouvelle loi sur la « sécurité intérieure », en prévoyant de lourdes peines contre la « mendicité agressive », légitime maintenant au niveau national ce qui a été interdit à Bordeaux.


« ON NOUS DÉPLACE TROIS FOIS PAR JOUR »

« L’année dernière, j’ai pris treize amendes à 75 euros à cause de l’arrêté anti-bivouac. Parce qu’il paraît que j’étais dehors assis à boire une bière et à avoir des chiens. Je suis Rmiste et j’ai pas payé. »
« Hier, j’avais un peu de shit sur moi, les flics me l’ont pris. Ils m’ont dit : “ Casse-toi, va au bord de la Garonne ”, peut-être qu’ils veulent qu’on s’y jette, va savoir. »
« Si tu restes sur le trottoir, ils vont t’arrêter, ils vont te fouiller, ils vont te dire de bouger, d’aller au bord de la Garonne, entre le pont de Pierre et le pont Saint-Jean, là où c’est bien crado. Parce que Bordeaux, c’est une ville touristique. Donc, ils “nettoient” dès juin, comme tous les ans. Du 15 mai au 15 septembre, on se fait casser les couilles, pour faire beau au niveau des touristes. Si on ne veut pas bouger, des fois, ils sortent les “gazeuses”. C’est eux qui font la loi, pourquoi tu veux qu’ils se gênent ? Et nous, on subit. »
« On nous déplace tous les jours. Deux ou trois fois par jour. Mais on revient. On fait un cache-cache avec eux. On fait le tour et on revient. Rue Sainte-Catherine
[rue commerçante], on n’a plus le droit de s’arrêter pour discuter avec un pote, même debout. Au niveau de Champion, les commerçants ont fait une milice privée, c’est même plus la police. »
« Trop de personnes, trop de chiens, ça les affole. Quand ils t’arrêtent, toi, ils emmènent ton chien à la fourrière. Seulement, la fourrière, il faut la payer 75 euros. Ils t’arrêtent, tu montes dans le fourgon, tu vas en garde-à-vue. Tu n’as pas le droit d’avoir un chien en garde-à-vue, donc ils l’emmènent à la SPA. Tu trouves ça juste ? »
« Quand on nous arrête, c’est pour délit de sale gueule. Il y a deux mois, j’ai fait 21 heures de garde-à-vue parce que j’avais une casquette rouge. J’avais rien fait, mais quand ils ont vu mon casier, ils ont cherché un moyen de me garder. »
« Quand on est pris dans un squat qui a été ouvert récemment, on va au tribunal, on prend des mois de sursis et, suivant les casiers judiciaires, on peut prendre de la prison ferme aussi. Parce qu’on a ouvert un squat illégal. Il y en a qui sont partis en prison en septembre. Viens squatter un peu, si t’es curieuse. »

Propos recueillis auprès de sans-abri à Bordeaux le 25 juin 2004.

Publié dans CQFD n°14, juillet 2004.






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> STATIONNEMENT INTERDIT AUX ERRANTS DU CENTRE-VILLE
jean-hercule | 30 novembre 2004 |

Venez voir Bordeaux la somtueuse ; l’arogante : Son architecture avec ses maisons bourgeoises des quais qui ont été construite sur le sang des esclaves du commerce triangulaire.

Son église st-Eloi donnée, par le maire, au culte integriste Visitez la mairie, ses boiseries dorées, ses pleureuses, sans oublier ses travaux pharaoniques et sa main d’oeuvre roumaine.

Son tram toujours en panne, ses impots locaux en hausse ; sa penurie de logements sociaux ;

Ses Anpe qui ferment a 12h30, sa direction départementale de travail qui ferme a 14h15 ! (voir bon ticket pour l’anpe de bordeaux saint-jean) Ses contrats emploi-solidarité, dans le gros-oeuvre et le batiment…reservés aux handicapés et au plus de 50 ans ! Profitez-en pour vous rendre au palais de justice (c’est celui la meme qui a libéré le grabataire maurice) et a qualifié mon patron d’ « imprudent » pour m’avoir licencié sans contract de travail (ou imprudent de m’avoir embauché ?)

Ses nouvelles grilles, posées cet été dans les lieux ou dormaient habituellements les sdf et les empechent de mourir de froid l’hiver(par ex :rue canihac bouche d’aérations du magasin d’électro-menager au logo rouge blanc, bleu et jaune dont la mascotte est une voiture de livraison)

Malgré les informations des médias ; je contate personellement une augmentation incroyable du nombre de prostitué masculins (environ 10 fois plus qu’il y a 3 ans, c’est le jeune age qui m’alarme le plus) et un retour en masse des prostituées black (qui avaient donc été « cachées »ou chassées ?) dans mon quartier…sans doutes dû au retour de la croissance ?

je serais sans doutes cynique si je disais que l’on va bien trouver un jour, un homme politique, la braguette baissée ; reconduisant un mineur (qui etait entré de force dans la voiture) au comissariat !? mais … je ne serais pas tout a fait honéte non plus si je ne disais pas que j’avais moi même dû baisser la braguette d’un homme politique de droite…homophobe, et pronant les valeurs du mariage et du couple (peut etre a t’il partagé son statut sérologique avec sa femme ? lol)… ! le w-end dernier le candidat de droite (soutenu par le meilleur escroc d’entre-eux)…a été elu : voila qu’il faudra etre plus prudent quand, pour survivre ; on devra « monter dans une voiture, pour se faire conduire au commissariat » : car faute de pouvoir vivre, il faut bien survivre

bienvenu à Bordeaux, la pute fardée ;)

jean-hercule

 

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