Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°014
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°014


VISITE GUIDEE AU SALON DE L’ARMEMENT

MAINTIEN DE LA PAIX

Mis à jour le :15 juillet 2004. Auteur : François Maliet.

En juin dernier, un millier d’industriels exposaient leur matériel à Eurosatory, le salon de l’armement. Entre les étalages de guerre, ils ont vanté leur contribution à la « paix » à une délégation d’ONG soucieuses de ne pas vexer les gradés. CQFD était là.

Le comité de rédaction de CQFD a été très ferme : « Tu iras à Paris visiter le salon de l’armement Eurosatory ». Sympathique balade en perspective à travers les rayons de la grande distribution militaro-industrielle. Du 14 au 18 juin, ce sont près d’un millier d’exposants d’armes lourdes et cent vingt-quatre délégations officielles à l’affût de bonnes affaires qui se réunissaient au Parc des expos de Villepinte. Pour pénétrer dans cet antre d’assassins bien propres sur eux, CQFD s’est incrusté à la visite réservée aux ONG qui militent pour le contrôle des ventes d’armes. Je me joins donc le mercredi 16 juin à un petit groupe de représentants de Pax Christi, des Verts, d’Amnesty International, etc…, avec pour Gentils Organisateurs deux officiers de la Direction générale de l’armement (DGA). Les deux camps ayant sûrement fourbi leurs arguments, la rencontre risquait d’être explosive. Attention, l’écolo s’empresse de tirer la première salve : il demande des nouvelles du colonel qui les avait guidés lors de la précédente édition. Ah bon, il est parti à la retraite ? « Vous le saluerez de ma part », conclut le Vert d’un ton jovial. Notre joyeuse équipe s’arrête d’abord au stand de la SAGEM, qui s’enorgueillit d’avoir élaboré l’équipement du « fantassin du futur ». Le type qui nous reçoit explique que son harnachement de Robocop a été conçu « beaucoup plus pour les opérations de maintien de la paix que pour les combats ». Comblant le silence indifférent des ONG, il se reprend : « quant aux capacités de combat… car c’est quand même un combat… ». Au même moment, à deux stands de là, un crâne rasé teste un fusil d’assaut Beretta, l’œil sur la lunette, visant le plafond. Si c’était moi, la paix à maintenir, je me ferais du souci.

Comme on a un programme à respecter, on se dirige sagement vers le stand du groupe Giat où sont exposés chars Leclerc et autres merveilles d’artillerie. Jean-Louis Thaumiaux, un ponte de la boîte, dit comprendre la préoccupation des ONG quant à la clientèle de ses produits. Mais, nous rassure-t-il, « la république française ne vend qu’aux amis et alliés », comme par exemple les Émirats Arabes Unis, modèle de démocratie… Tandis que notre hôte se met en tête de « réfuter » son « image de marchand d’armes », qu’il juge vexatoire, les mécanos derrière nous entament une démonstration du Caesar, sorte de Grosse Bertha montée sur camion. Bruit sec et métallique du chargement des obus, qui généralement précède un déluge de feu. Mais là, c’est pour de rire, nous sommes entre gens de bonne compagnie. Pour ne pas faire de peine à notre interlocuteur, le gars d’Amnesty précise que « nous ne sommes pas contre les armes, mais contre leur mauvaise utilisation ». Ragaillardi, Jean-Louis Thaumiaux enchaîne : « Nous avons une artillerie de précision et non de barrage comme les États-Unis ». Grâce à « l’éthique » ? Non, à cause du « manque de moyens ». En revanche, les lignes budgétaires pour « étudier » les munitions à l’uranium appauvri sont bien dotées, elles. Giat admet que ce type d’armements pose problème, mais uniquement sur le plan sémantique : selon lui, « uranium fait trop penser à radiations ». Le développement d’armes au tungstène, non radioactif mais tout aussi performant pour percer les blindages et saloper l’environnement, permettra de réparer cette erreur de communication. Nous voilà satisfaits…

Chez MBDA, le missilier européen, on nous chante le même air. Un jeune ingénieur me confie : « C’est peut-être tarte à la crème ce que je vais dire, mais nous produisons surtout des missiles défensifs ». Défensif, en langage militaire, ça doit vouloir dire : qui tue pour la bonne cause. Comme en Irak, où les missiles utilisés par la Grande-Bretagne ont pourtant engendré plus de veuves et d’orphelins qu’ils n’en ont protégés. Le général d’Astorg, recyclé commercial chez Panhard, sera la seule touche exotique de l’après-midi. Il est très fier de ses véhicules blindés légers, surtout celui qui « peut entrer dans un souk, le souk de Damas demain, s’il le faut ». Enthousiaste, il poursuit : « Quand un soldat perd l’habitude de sortir la tête [du véhicule], vous êtes mal. Le terroriste est toujours derrière la murette. Faut sortir la tête ! » Enfin un marchand d’armes qui appelle un chat un chat. Ce n’est pas le cas de notre guide, pour qui la France est « très consciencieuse » en matière d’exportations d’armes. Celles-ci, en effet, sont interdites depuis… avril 1939. Sauf autorisations spéciales, bien entendu. Et de réciter les différents niveaux de contrôle des exportations, très rigoureux à ses yeux. Mais qui n’ont pas empêché la vente de sous-marins au Pakistan (DCN) et de Mirages (Dassault) à l’Inde. Et qui n’empêche pas non plus la France d’être le troisième vendeur d’armes au monde, après les Etats-Unis et la Russie… La visite se termine et on n’a toujours pas vu les trente-quatre stands des entreprises israéliennes. Je m’en étonne auprès de nos guides. Leur explication tombe sous le sens : notre parcours a été calqué « sur celui du ministre de la Défense ». Apparemment, Michèle Alliot-Marie a ses pudeurs.

Publié dans CQFD n°14, juillet 2004.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |