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CQFD N°014



LA PRESSE BOURSIÈRE MISAIT SUR LES NAZIS

Mis à jour le :15 juillet 2004. Auteur : Olivier Cyran.


« Je certifie que tous les membres de la Société ou de son personnel sont aryens et qu’aucun n’a été ou n’est franc-maçon. » C’est par cette formule rituelle que le directeur du Journal des Finances a signé son allégeance aux autorités nazies, le 3 juin 1941. S’il ne va plus guère de soi aujourd’hui, le zèle collaborationniste de ce grand hebdomadaire boursier était, à l’époque, parfaitement dans l’ordre des choses. Violemment hostile au Front populaire (accusé en 1938 de « surenchère démagogique » à propos du droit à la retraite « des vieux travailleurs »), le JdF s’est illustré ensuite par son flegme souriant devant les armées d’Hitler. « Le marché continue en l’absence de tout événement militaire à s’inspirer d’un optimisme tranquille. Il n’a pas peur de la menace allemande. Il ne redoute que les développements de l’étatisme », observait-il le 3 novembre 1939. Pour un actionnaire de ces années-là, les prises de position du JdF n’avaient rien d’original : il retrouvait trait pour trait les mêmes dans le quotidien l’Agéfi, principal concurrent du JdF au rayon de la presse financière et grand collabo lui aussi. Toutefois, ni l’Agéfi ni le JdF n’ont été inquiétés à la Libération. Comme d’autres journaux influents, ils sont passés au travers de l’ordonnance du 17 février 1945 interdisant définitivement l’usage des titres parus sous l’Occupation. Soixante ans plus tard, ils sont toujours dans la place et continuent, imperturbables, de prodiguer leur sagesse spéculative aux « marchés », un mot décliné désormais au pluriel. Ce rappel historique, fort utile à une époque où les marchés font la loi aux quatre coins du globe, on le doit à l’historien Francis Ronsin. Pour son livre La guerre et l’oseille [1], il a compulsé les archives de l’Agéfi et du Journal des Finances pour étudier l’accueil que ces deux institutions réservèrent aux occupants nazis et à Pétain, qu’ils appréciaient en tant que garants de leurs intérêts. L’auteur revient aussi sur les juteuses affaires réalisées pendant l’Occupation par de grandes entreprises toujours en pointe aujourd’hui. Ainsi de la Société générale, dont le conseil d’administration notait le 25 avril 1944 : « en dépit des difficultés de tous ordres […], notre bilan accuse une nouvelle et importante progression, qui provient de l’accroissement des dépôts »… Ouvrage aussi instructif que savoureux, La guerre et l’oseille a été ignoré par la quasi-totalité des grands médias. « L’Agéfi et le Journal des Finances existent toujours, explique l’auteur, et, bien que leurs équipes actuelles ne sauraient être incriminées pour des écrits datant de plus d’un demi-siècle, je ne pouvais attendre beaucoup de reconnaissance - venant d’eux, ou des puissants groupes de presse auxquels ils sont liés, ou même de l’ensemble de la presse soumise à la pensée unique libérale - pour avoir sauvé de l’oubli des assertions qui méritaient certainement l’immortalité. »

Publié dans CQFD n°14, juillet 2004.

Lire aussi « Guerre, terrorisme… c’est bon pour la bourse » et « Anthologie patriotique des marchés »


[1] Paru en septembre 2003. Prix de vente : 23,50 euros. Disponible en librairie ou à commander chez l’éditeur (Syllepse, 69 rue des Rigoles, 75020 Paris).





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