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CQFD N°014


LEHAINEUX PIQUE SA CRISE

DE LA SOCIETE DU SPECTACLE A CELLE DU MENSONGE

Mis à jour le :15 juillet 2004. Auteur : Victor Lehaineux.


Ca vous est sans doute déjà arrivé : vous lisez un article ou vous regardez un reportage relatant un événement auquel vous avez directement participé, et vous vous dites, effaré : « C’est pas du tout ça, c’est truffé d’erreurs, ils n’ont rien compris, quelle bande de nazes ! ». Vous pensez ne pas avoir eu de chance en tombant sur un mauvais journaliste. Détrompez-vous, tout ce qu’on voit à la télé, tout ce qu’on lit dans les journaux, tout ce qu’on entend à la radio n’est plus que mensonges. Absolument tout. La vérité d’aujourd’hui, c’est le mensonge au service de l’ambition personnelle, de l’auto-justification et de l’auto-glorification. Voilà pourquoi la téléréalité porte parfaitement bien son nom : le mensonge n’est plus un spectacle dont personne n’est dupe, il est devenu la vérité impartiale et objective. Le monde n’est plus ce qu’il est, il est ce qu’on a intérêt à ce qu’il soit, c’est-à-dire n’importe quoi. De petits arrangements en grandes impostures, du fin fond des campagnes aux palais présidentiels, on ment comme on respire, en toute bonne foi, en toute innocence, en toute impunité. Peu importe que Bush (ou Chirac) se fasse prendre la main dans le sac, il lui suffit d’affirmer : « C’est pas ma main », même si elle pend lamentablement au bout de son bras, pour que l’affaire soit classée au bénéfice du doute. La télévision est évidemment la principale responsable de ce passage de la société du spectacle à la société du mensonge. Il est d’ailleurs frappant que son plus gros menteur avéré soit celui qui présente le plus gros JT depuis le plus longtemps : PPDA. Celui-là, comme tous les autres mais en plus rance, ment par omission dès qu’il ouvre la bouche, puisqu’il ne dit jamais les raisons tordues des choix éditoriaux de son JT, les causes inavouables de la vision arbitraire de l’actualité qu’il nous impose, tout ce qui en fait un propagandiste, un bonimenteur, et non pas un journaliste. Ce serait pourtant foutrement intéressant, sans même parler d’honnêteté, mot sans doute absent de son index de charlatan.

Une preuve de plus des escroqueries serviles de la télé nous est apportée par le réalisateur Didier Inowlocki dans un documentaire produit par la télé libre Zalea TV : La non-affaire, ou quand les publicitaires font de l’info. Le 16 mai 2003, tous les JT ont montré Sarkozy haranguant cinq cents jeunes bénévoles de la Ligue Contre la Violence Routière dans les Jardins du Luxembourg. Il était vibrant d’émotion face aux troupes militantes qui avaient répondu à son appel, des Croisés du Tout Sécurité allongés par terre pour symboliser les morts qu’ils allaient sauver. Mais hélas, tout ceci était bidon. Les bénévoles étaient des comédiens qui cachetonnaient, ils ne savaient même pas qu’ils jouaient dans La Passion selon Sarko, la mise en scène était supervisée par Publicis. Et aucune chaîne ne dévoila cette mystification une fois qu’elle fut éventée grâce à la mobilisation des intermittents bernés. Le film « montre » les conversations téléphoniques du réalisateur avec les protagonistes de la supercherie, enregistrées à leur insu : publicitaires, école de commerce, presse et ministère de l’Intérieur, c’est le clan du pouvoir, de la presse et de l’argent au grand complet qui se serre les coudes pour tenter de justifier l’injustifiable. Une perle rare à visionner sur www.zalea.org (contact direct avec le réal : ). Et c’est ainsi que systématiquement la désinformation est fabriquée, par une instrumentalisation sidérante des êtres et des faits. Le réalisateur multi-censuré Peter Watkins (Punishment Park, La Bombe, La Commune de Paris …) a fait de la dénonciation au vitriol des mass-media audiovisuels (MMAV) le combat de sa vie. Il vient de sortir un livre reprenant l’ensemble de ses expériences et de ses analyses : Media Crisis (chez Homnisphères, 19 euros, commandable sur www.co-errances.org). Serait-il le seul à avoir pris la mesure du désastre ? Voici ce qu’il en dit : « Par crise des MMAV, j’entends leur irresponsabilité croissante et leur impact dévastateur sur l’homme, la société et l’environnement… la léthargie généralisée du public face à des MMAV agissant délibérément comme des vecteurs d’idéologies violentes, manipulatrices et autoritaires… la méconnaissance chronique et largement répandue des effets qu’ils produisent sur chacun de nous… le refus quasi unanime des milieux professionnels concernés d’engager le moindre débat critique touchant à leur métier… la répression féroce pour maintenir les professionnels dans le rang et réduire au silence toute forme d’expression contradictoire…l’obstruction pratiquée par les systèmes éducatifs du monde entier pour empêcher les jeunes d’accéder aux formes critiques d’enseignement des médias et à tout ce qui pourrait les inciter à remettre en cause le rôle et les pratiques des MMAV ». Ce qu’il faudrait détruire, c’est la Télévision, nouvel opium du peuple à côté de quoi la religion fait figure d’hygiène de l’esprit. Mais on ne le fera pas, parce que le mensonge est devenu, pour chacun de nous, le système d’autodéfense et de survie universel. Il faut avoir le courage de le reconnaître. Et si mentir, et non pas rire, était en fin de compte le propre de l’homme ?

Publié dans CQFD n°14, juillet 2004.






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