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CQFD N°014


DE NOTRE CORRESPONDANT PERMANENT AU PÉNITENCIER

LES MATONS DE MOULINS ONT LES TYMPANS FRAGILES

Mis à jour le :15 juillet 2004. Auteur : Jann-Marc Rouillan.

Après trente jours de mise en quarantaine à Fleury-Mérogis (lire CQFD n°13), notre reporter Jann-Marc Rouillan peut enfin ôter sa muselière et reprendre sa chronique où il l’avait laissée il y a deux mois : dans la routine du bunker de Moulin-Yzeure, juste avant que ne déboulent les cagoules.

Lundi 17 mai. Au rez-de-chaussée devant la télé, la question de la torture tomba sur le tapis après quelques images volées à Abou Ghraib. Nabil, Fati, José… se remémorèrent les brutalités et les humiliations subies avant d’atterrir à Moulins et d’autres cas dont ils connaissaient les malheureux protagonistes. Rien d’exceptionnel. De nos jours, les témoignages de mauvais traitements abondent dans les prisons de France. Tabassages et vexations ordinaires… pas une semaine sans apprendre qu’un tel ou tel autre a été décarcassé. « Des matons l’ont roué de coups puis ils lui ont pissé sur la gueule. » Transféré au centre de détention d’Eton, Nabil est revenu à peine quelques semaines plus tard après une raclée mémorable et quarante-cinq jours de mitard. « Ils ont essayé de m’étrangler… un maton énorme me serrait la gorge pendant que ses collègues me bourraient de coups de poing. Je me suis évanoui. Et au cachot, toutes les nuits, je flippais qu’ils entrent à nouveau… pour m’accrocher. » Ils nous font bien marrer avec leur commission anti-suicide. Tant qu’ils ne soulèveront pas le couvercle de la violence ordinaire à la pénitentiaire, ils tourneront autour du pot. J’ai pris Nabil à part. « Ton histoire m’intéresse, j’en ferai ma prochaine chronique pour CQFD… On se voit demain. »

Mardi 18 mai. Le jour n’est pas levé. La vague impression de l’ouverture de la porte m’éveille. Immédiatement des ombres sautent sur mon lit. Un coup, deux… Sous la couverture impossible de me défendre. Ils sont au moins deux… trois peut-être ? Ils me prennent à bras le corps pendant que le premier entré me couvre le visage d’une serviette-éponge. Il semble vouloir me l’enfoncer dans la gorge, alors que les autres me retournent sur le ventre afin de me menotter. Au niveau des cervicales, une poigne plonge mon visage dans le matelas. J’étouffe. Je me débats pour respirer. Un genou ? un poing ?… me frappe entre les omoplates. Sous la violence du coup, je redresse la tête. Je prends une inspiration par la bouche. Le maton en profite pour bloquer la serviette en guise de bâillon. Il serre à la manière d’un garrot. Ma mâchoire inférieure demeure bloquée grande ouverte. À cet instant, je me rends compte qu’il répète mécaniquement « ne crie pas, ne crie pas… », alors que jusqu’ici l’empoignade est étrangement muette. Maintenant ils me redressent, dénudé, menotté dans le dos et bâillonné. Dans l’encadrement de la porte, j’aperçois un groupe compact de surveillants et d’encagoulés de l’ERIS. On me pousse vers la coursive. Je traverse cette première haie d’honneur. Près de l’oreiller, celui qui me bâillonne souffle sa rengaine : « ne crie pas, ne crie pas… » Aux abords de la grille de l’étage, un comité plus important… Devant la buanderie, je reconnais le directeur Wilmot. Il regarde ailleurs. Seul un ou deux surveillants arborent un sourire narquois, les autres paraissent gênés. Nous franchissons le sas vers l’escalier. Sur le palier, à gauche, un troisième groupe entoure Bauer, le grand directeur du CP. Dans le folklore de la pénitentiaire, lors des baluchonnages disciplinaires, les encravatés sont présents pour bien signifier que le dernier mot leur appartient. Mais quand il me voit apparaître drapé de ma nudité, il détourne les yeux et fixe le mur. Les grilles… les portes… On croise l’équipe de nuit et celle du matin. On pénètre dans le couloir principal. On dépasse le secteur administratif, l’infirmerie, la cuisine, le magasin des cautions et on parvient enfin à l’ultime sas de la détention. Derrière se presse une meute de gardes mobiles, casqués, encagoulés et serrant devant eux d’énormes boucliers anti-émeutes… En haut de la « cour d’honneur », on entre dans la salle servant de greffe. En me tordant les poignets, ils me forcent à m’agenouiller. On attend celui qui a les clés des menottes. Il me les retire et je dois rester les mains croisées sur la tête. Dans mon dos, il y a là une dizaine de personnes. La salle est étrangement silencieuse. Finalement un surveillant m’enferme.

Debout dans le clapier grillagé d’un mètre carré, je tente de remettre mes idées en ordre. Qu’est-ce qui a pu motiver cette expédition punitive ? Depuis mon arrivée, la direction a été plusieurs fois explicite : « On ne veut pas de vous, trois ou cinq mois tout au plus… » Je réclame des vêtements. Les ERIS m’ordonnent de me taire. Des pas dénudés résonnent sur le carrelage, c’est Angel, le Basque m’accompagnant depuis Arles et les Baumettes… Malgré le bâillon qui lui mange le visage, je le reconnais. Il porte un caleçon et un t-shirt. J’entends les mêmes ordres : « à genoux ! », « mains sur la tête ! »… Angel se plaint de douleurs à la jambe. Ils l’insultent et un encagoulé le menace en claquant les fenêtres donnant sur la cour. Je demande des vêtements à un brigadier s’enfuyant les yeux baissés. Il me ramène mon caleçon et des sandalettes. Charles débarque avec son escorte. Il me semble qu’il est nu. Mêmes menaces, mêmes humiliations… « A genoux », « mains sur la tête ». Comme par hasard, les trois prisonniers politiques viennent d’Arles. Nous nous retrouvons côte à côte dans cette galère. Nous échangeons quelques mots. Angel souffre… Le chef de détention apparaît près de l’entrée. On nous apporte un pantalon et un t-shirt. Un quatrième détenu est gardé à l’écart. Lui non plus ne dort pas habillé, je saisis l’ordre de lui amener une couverture. Charles est emporté, ficelé comme un ballot. Hier au JT, le reporter s’étonnait qu’un si gentil gars comme le fiancé de la caporale English ait pu commettre des actes répréhensibles à Abu Ghraïb. Pourtant, dans le « civil », il était gardien de prison ! Avec Angel nous sommes embarqués côte à côte dans une camionnette. Les menottes broient mes poignets. Quand il affirme qu’il ne peut plus plier la jambe, un ERIS l’empoigne et le secoue violemment en lui serrant la gorge. Je proteste. L’encagoulé derrière moi me frappe puis m’agrippe le visage avec ses mains gantées de cuir noir. Il tire ma tête en arrière. Entre ses doigts, j’ai la surprise de voir le directeur Wilmot s’installer au volant. Pressé de nous chasser de sa prison, il donne un coup de main ! Et c’est dans cet équipage qu’au matin nous avons quitté la centrale de Moulins… pour un long voyage… pour la longue croisière immobile de l’isolement total. Charles au QI de Luynes, Angel à Lyon et moi au QHS de Fleury, réouvert depuis trois mois seulement.

Publié dans CQFD n°14, juillet 2004.






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LES MATONS DE MOULINS ONT LES TYMPANS FRAGILES
| 30 mars 2007 | les matons de Moulins ont les tympans fragiles
Comment se réjouir de constater que l’enfermement aprés une condannation nest que violence , non respect des droits de l’homme et accentuation de la délinquance . Il nous arrive assez de témoignages des prisons pour comprendre que l’enfermement n’est pas la solution . A délit reconnu ,peine adaptée certes mais pourquoi dans l’inhumanité et sans aucun moyen de réinsertion . Aujourd’hui et malgré la loi de1945 on met les mineurs de 16 ans en prison , belle évolution !!! On se glorifie de la création de plusieurs centres d’incarcération pour mineurs alors que des éducateurs et des centres adaptés seraient plus judicieux et moins couteux . La prison fabrique de délinquants , j’aurais tendance à le penser ! alors je me pose la question : pourquoi ne pas la réformer. LES MATONS DE MOULINS ONT LES TYMPANS FRAGILES
Taméra | 15 mars 2007 | LES MATONS DE MOULINS ONT LES TYMPANS FRAGILES
Je trouve cela tout simplement inhumain les matons qui font ça sont des hommes compléxés qui ont été persécutés, étant plus jeunes et qui se vengent sur le stéréotype même de l’homme en position de force inférieur parce qu’il est en prison et est privé de ses droits. Je propose à ces matons de se confronter à ces prisonniers seul d’homme à homme je peux vous assurer que la réaction ne sera pas la même.Quand hiérarchiquement on a le pouvoir sur les autres on se permet de tout on en profite tout simplement parce que l’on sait que c’est nôtre seule chance d’atteindre la personne visé.Ce ne sont pas des hommes, ce sont des idiots qui ont peurs des représailles malgré tout. Un homme, un vrai ne se comporte pas de telle sorte. Heureusement que tout les matons ne sont pas comme ça. Je plains ces matons car tout les détenus ne sont pas aussi gentils que ceux cités dans l’article (transfert de moulins à plusieurs prisons). Merci au journaliste d’avoir eu la décence de faire prendre conscience à tout les lecteurs de ce qui se passe réellement dans nos prisons françaises (liberté égalité fraternité) quel bel exemple !!!Un homme est un être humain, qu’il soit détenu ou libre. LES MATONS DE MOULINS ONT LES TYMPANS FRAGILES
le Chacal | 31 décembre 2006 |

Arrêtez de parler de se que vous ne connaissez pas. La vie à la Centrale de Moulins peut s’apparenter à un club de vacances, les détenus ont tous ce qu’il leur faut et même plus. Ailleurs c’est pareil !!! Alors, arrêtez de les plaindre, ce ne sont pas des agneaux. Ils ont commis de crimes, ils sont incarcérés pour purger une peines et payer leur dette à la société !!!

PS : Les plus à plaindre sont ceux qui surveillent les détenus…

> LES MATONS DE MOULINS ONT LES TYMPANS FRAGILES
La Hyène | 1er septembre 2004 |

Non, c’est pas seulement ecoeurant, c’est l’un des signes qui montre bien que la france n’est pas une democratie, n’est pas la terre des droits d l’homme. Ces petits boureaux qui violentent des prisonniers sans defenses sont de la graine de fasciste. Comme si la prison n’était pas suffisament violente comme ça ! Que font tous nos intellectuels bien pensant qui donnent des leçons au monde entier.

Les prisons sont le reflet le plus terne d’une société. On y met tous ce que l’on ne veut pas voir, pas soigner, pas aider, pas aimer. Nos dirigeants en ont rien a faire que des être humains, quelque soit la faute qu’ils aient commis, soient traités avec moins de respect que des animaux.

> LES MATONS DE MOULINS ONT LES TYMPANS FRAGILES
Gilles | 5 août 2004 |
C’est tout simplement écoeurant !
 

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