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CQFD N°015


DIX ANS APRÈS L’INSURRECTION ZAPATISTE

FIASCO FOX-MEX À L’OMBRE DE BUSH

Mis à jour le :15 septembre 2004. Auteur : Andrés Almansour.

Alors que le monde entier a les yeux braqués sur les prétendants à la Maison Blanche, leur voisin et ami mexicain dépérit discrètement sous la présidence d’un incapable, ex-PDG local de Coca-Cola. Au Chiapas, seuls l’armée et les paramilitaires tirent leur épingle du jeu. Pour CQFD, correspondance du sud-est mexicain.

Bien qu’il n’est qu’à mi-chemin de son mandat, le président mexicain Vicente Fox paraît déjà en bout de course. Tout le dépasse : les ricanements que suscite son inculture, son ignorance de la constitution, l’incapacité de son cabinet, sans cesse remanié et sans expérience politique, ses gaffes diplomatiques, sa soumission à l’Amérique de Bush et à la Banque Mondiale. Ses promesses électorales - relance de la croissance, création d’emplois, sécurité, lutte contre la corruption, etc. - sont restées des vœux pieux cruellement démentis par les faits. Après 70 ans d’un pouvoir sans partage du PRI (parti révolutionnaire institutionnel), « l’alternance » incarnée par le PAN (parti de l’action nationale, libéral) et son porte-drapeau Fox, ancien PDG de Coca-Cola Mexique, est une calamité. Il faut dire que le pays n’a pas de véritable appareil d’État. L’exécutif de Fox a donc dû s’arranger avec l’ancienne bureaucratie au service du PRI, aujourd’hui démunie et déroutée sans ses appuis traditionnels. Il s’ensuit qu’elle a cessé de créer des infrastructures et que le pays végète, ruiné par ses dettes. L’épuisement des ressources naturelles n’arrange rien, la production pétrolière mexicaine ayant chuté du 4e au 8e rang mondial. Les budgets de la santé et de l’éducation sont rachitiques et l’agriculture agonise, asphyxiée par l’accord de libre-échange américano-mexicain (ALENA).

Les autres pouvoirs ne sont pas en meilleure posture. L’opposition parlementaire, pléthorique mais sans force, ne crée que du vide, ou alors elle marchande, fermant les yeux, par exemple, sur une réforme douteuse de Fox en échange d’une faveur aux partis impliqués. Quand la constitution est bafouée, le judiciaire se déclare incompétent, car il n’existe pas de cour constitutionnelle. Résultat, une crise conjuguée des trois pouvoirs. Au sein de la classe politique, les personnalités du PAN, du PRD (la soi-disant gauche) et du nouveau parti des Verts se sont révélées aussi monstrueusement corrompues que celles du PRI, ce qui décourage le vote. La police, occupée comme naguère à chasser la dissidence, laisse en paix la délinquance financière. Cette impunité rend le pays ingouvernable : la loi se négocie et ne s’applique qu’à rebrousse-poil, ou jamais. L’armée, de mèche avec les grands de la drogue et les paramilitaires, ignore les lois. La banque se renfloue depuis la crise financière de 1994 par de scandaleuses subventions, dont le montant est déjà l’équivalent des dépenses de la guerre en Irak, sans remplir ses fonctions de crédit. L’Amérique latine, pour qui le Mexique était une espérance, préfère désormais regarder ailleurs. Si le pays est en lambeaux, que dire du Chiapas ? La situation de cette région parmi les plus pauvres du Mexique reste envenimée par les paramilitaires toujours bien armés, malgré la trêve, ininterrompue depuis dix ans, des insurgés zapatistes. Interrogé récemment par une commission internationale d’observation des droits de l’homme, le gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar, a répondu : « Si je m’étais installé en janvier 2001 pour combattre les paramilitaires, mon gouvernement n’aurait pas duré trois mois ». C’est donc l’armée qui exerce le véritable pouvoir. Non pour gérer la région, mais pour éliminer la subversion. En ligne de mire : les 12 000 paysans « déplacés », fuyant les violences orchestrées par les gros propriétaires fonciers et toujours soupçonnés de rebellion, mais aussi les étrangers « pernicieux » qui ont l’audace de visiter les Conseils de bonne gouvernance des zapatistes et de soutenir leurs écoles alternatives, leurs cliniques non conventionnelles ou leurs coopératives de production et de commercialisation.

Soucieuse d’éviter le scandale, l’armée veille à ne pas mener d’actions frontales. Elle préfère passer par les bureaux de la Migration ou laisser le champ libre aux paramilitaires. Sa stratégie consiste à opposer les deux camps lorsqu’ils sont sur le point d’arriver à un équilibre. Exemples : paysans ralliés au gouvernement contre sympathisants du zapatisme, division des organisations paysannes ou des ONG, appuis en nature pour séduire les non-partisans et exciter la frustration des résistants… Histoire de semer la peur, on lance de temps à autre un assaut paramilitaire sur les routes, de préférence au voisinage de l’armée ou contre des établissements de développement indépendants. La campagne se meurt. Pour survivre, les paysans sont de plus en plus nombreux à s’exiler comme manœuvres aux États-Unis. Les envois de dollars aux familles représentent aujourd’hui la deuxième source de devises du pays (7 milliards d’euros), après le pétrole mais avant le tourisme, les investissements internationaux et le café. La guerre, niée et invisible, empêche le Chiapas de se mettre debout. Et le spectre d’Acteal - opération paramilitaire au cours de laquelle 46 paysans, en majorité femmes et enfants, furent exécutés en 1997 - plane toujours sur la région. La complicité gouvernementale avec les milices est à ce point insolente que Samuel Ruiz, ex-évêque de San Cristóbal écarté par la hiérarchie catholique, vient de sonner l’alarme devant la Commission indigène du parlement : « Nous sommes au bord d’un nouveau massacre d’Acteal, parce que les conditions qui l’ont suscité sont de nouveau réunies ».

Publié dans CQFD n°15, septembre 2004.






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