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CQFD N°015


DÉLOCALISATIONS

LE JEU DE CLAQUETTES DES FRÈRES SARKOZY

Mis à jour le :15 septembre 2004. Auteur : Olivier Cyran.


Entre Nicolas Sarkozy, ministre de l’Économie, et son frère aîné Guillaume, PDG des Tissages de Picardie et vice-président du Medef, les repas de famille doivent être joyeusement arrosés. Ces deux-là ont un numéro de duettistes bien au point. Le premier prétend vouloir « inciter » les entreprises à rester en France plutôt qu’à se ruer dans les pays à salaires bradés, et cela par une énième série de gâteries fiscales. Le second, lui, est un partisan fervent des délocalisations et ne s’en cache pas : « Je suis fier d’être un patron industriel qui délocalise, déclarait Guillaume Sarkozy il y a deux ans. Assez de faux-semblant : la perte d’emploi, la déstabilisation industrielle, c’est normal, c’est l’évolution. » (L’Expansion, 28/11/02) L’un travaille pour la devanture. L’autre, pour l’arrière-boutique. Le dispositif « anti-délocalisations » que Sarkozy (Nicolas) doit annoncer le 22 septembre ajoute une petite décoration dans la vitrine. C’est le contexte qui veut ça. La course aux ouvriers soldés d’Asie et des pays de l’Est a viré ces derniers mois à une transhumance patronale un peu trop voyante, contraignant les médias à jouer le pipeau du « trop c’est trop » : « 42 % des Français jugent que la priorité pour le gouvernement doit être en cette rentrée de lutter contre les délocalisations », martelait La Tribune du 6 septembre. Le même jour, la CGT recensait 37 entreprises en cours de délocalisation dans la seule métallurgie. « Et le mouvement s’accélère », notait un porte-parole du syndicat. Quant aux boîtes qui n’ont pas encore fait leur valise, elles en agitent la menace pour arracher à leurs salariés des baisses de salaire et/ou des augmentations du temps de travail, avatar « internalisé » de la délocalisation.

Les patrons n’ont aucune raison de se gêner. Après tout, l’élargissement de l’Union européenne les invite expressément à la curée. Alors qu’en France, le prix d’une heure de travail s’élève à 25 euros, il n’est que de 5,3 euros en Pologne et de 4,6 euros en République tchèque. Ne pas en profiter serait non seulement anti-économique, mais anti-européen. Ils ont l’air fin, les politiques qui font semblant de s’indigner, alors qu’ils ont voulu et promu cette Europe-là. Le mensuel Capital avait bien résumé la chose en janvier 2003 : l’élargissement de l’UE apporte aux entreprises françaises « 75 millions de consommateurs aspirant au bien-être occidental - et un réservoir de main-d’œuvre qualifiée et bon marché. » Mais ce n’est pas parce que les patrons français délocalisent qu’ils manquent de patriotisme. Ils ont confiance dans l’avenir de leur pays. Comme dit une militante du Medef citée par Libération (01/09) : « Quand on est tous ensemble, on a tendance à rêver un peu. On se dit que si on insiste, on finira bien par faire abroger le code du travail… »

Publié dans CQFD n°15, septembre 2004.






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