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CQFD N°015


À QUI PROFITE LE TRAMWAY DE BORDEAUX ?

LA MAFIA DU BTP SE CACHE POUR ENGRAISSER

Mis à jour le :15 septembre 2004. Auteur : Grite Lammane.

C’est Alain Juppé qui l’a dit : au 15 septembre, la première tranche du tramway de Bordeaux devait être opérationnelle « à 95 % ». Alors que les pannes s’accumulent, on a voulu savoir à qui profitait au juste ce chantier à 6,5 milliards : aux chômeurs et à l’industrie locale, comme le martèlent les dirigeants, ou aux géants du BTP, repris de justice abrités derrière leurs filiales. La plus têtue de nos chômeuses a mené l’enquête.

Le chantier du tramway de Bordeaux, qui a englouti 6,5 milliards de francs pour la seule première tranche, avec trois lignes en panne la moitié du temps, est une fantastique aubaine pour l’économie locale et les chômeurs. C’est du moins ce que claironnent les dirigeants : « Pour des demandeurs d’emploi motivés, ce projet présente réellement l’opportunité d’accéder à de vrais métiers et à des emplois stables », se gargarise Alain Cazabonne, le vice-président de la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) et président de l’association Tramemploi. Des « vrais métiers », parfaitement : terrassier, marteau-piqueur, couleur de béton… Et « stables », comme le démontre l’embauche d’un paquet de sans-papiers, dociles esclaves exposés aux rafles et aux « retours » inopinés à la frontière (voir CQFD n°13). Trêve de plaisanterie. Les mille cinq cents emplois dont parlent les communicants du chantier ne sont pas des « opportunités » mais des gagne-pains, précaires et pénibles. Quant aux employeurs du coin, ils en profitent sans doute, mais lesquels ? Interrogée, la CUB ne sait pas : « Il y a trop de marchés » et pas de « document spécifique » les recensant. Mais on nous jure que « le principe de l’allotissement - répartition des marchés en plusieurs lots - a été retenu pour rendre le chantier du tramway accessible aux entreprises locales. » Tu parles ! Usé par trois semaines de cyber-harcèlement, un attaché de presse de la CUB craque et nous sort un listing des marchés. Geste bien imprudent, car ce document établit qu’en fait de boîtes locales, ce sont des multinationales, masquées derrière le nom de leurs filiales, qui se partagent le gros du gâteau : soixante-dix interventions sur un total de cent trente marchés. Les majors classées au Top 4 du bâtiment récupèrent les plus gros pactoles : Amec-Spie, Bouygues, Eiffage et Vinci. Face à cette contradiction, à la CUB on bredouille : « Quand un marché est attribué à une filiale, ce n’est pas le nom de la maison-mère qui apparaît sur les documents. » Ben tiens !

On a voulu féliciter les champions du BTP pour leur merveilleuse « opportunité », mais bizarrement ils ne sont pas chauds pour assumer. Joint par téléphone, Eiffage prétend tout ignorer de sa participation au chantier : « Alors là, je ne pourrais pas vous dire », élude-t-on au service de presse. Et d’envoyer la patate chaude à la succursale bordelaise, où c’est le flou complet. « Sur le chantier du tramway ? Heu, le groupe Eiffage ? Non… » Ils ont pourtant dans leur giron la société Appia, qui détient elle-même la Générale Routière. Or celle-ci regroupe notamment la Routière Morin et Guintoli SA, qui sont toutes deux à l’œuvre sur au moins trois zones du chantier… Est-ce que le nom de ces deux filiales évoque quelque chose à nos experts en com’ ? « Peut-être, mais on les connaît pas toutes ! » Ignoreraient-ils aussi que l’an dernier, Eiffage a été condamné en appel à 3,4 millions d’euros d’amende pour entente préalable avec Bouygues (22,5 millions), Fayat et Vinci (4,7 millions) sur plusieurs chantiers de construction de voies ferrées et de ponts. Lesquels Bouygues, Fayat et Vinci se retrouvent de nouveau ensemble sur le chantier de Bordeaux… Dans le BTP, l’amitié résiste aux épreuves. Contacté à son tour, Bouygues nie lui aussi toute implication dans le chantier, à l’exception d’une modeste intervention de sa filiale DV Construction pour la pose de boîtiers électriques. Alors pourquoi la CUB nous dit-elle avoir confié le plus gros chantier d’infrastructures à Colas, filiale du groupe, pour la modique somme de 7,85 millions d’euros ? Et la dizaine de lots attribués à Screg et Cregut, autres filiales de Bouygues ? Pour la petite histoire, Colas, Screg et Cregut sont bien connues à Bordeaux. Les deux premières ont été sanctionnées en 2001 à hauteur de 11 millions de francs pour avoir profité de leur quasi-monopole sur le marché des « enrobés bitumeux » de la CUB, aux dépens de la troisième, alors qu’elles appartiennent toutes trois à Bouygues ! Les mêmes avaient déjà été condamnées en 1998 dans l’Hérault, où elles s’étaient concertées avec onze autres boîtes pour s’échanger des informations avant le dépôt d’offres pour six marchés. Parmi ces quatorze tricheurs, ils sont plusieurs à faire aujourd’hui leur beurre sur le tramway de Bordeaux : Bec Frères, filiale du groupe « régional » de soixante-quinze entreprises Fayat, Sogea et Jean-Lefebvre, filiales du groupe Vinci.

Avec au moins douze marchés obtenus sans que son nom figure nulle part, Vinci est l’un des invisibles les plus choyés du chantier. Le groupe aux 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires affirme être le numéro un du BTP au niveau mondial. Son PDG, Antoine Zacharias, fait partie des cinq patrons les mieux payés du CAC 40 (3 millions d’euros de salaire déclaré en 2003). Vinci est présente sur le chantier bordelais par le biais d’une ribambelle de filiales, dont Jean-Lefebvre, un label synonyme de probité. Il y a une dizaine d’années, cette entreprise avait servi de centre nerveux à un circuit de corruption en Isère. Surnommé « le parrain », son patron recevait régulièrement chez lui ses copains de Bouygues, d’Eiffage, de la Générale et de la Lyonnaise des eaux, pour organiser le partage du magot selon la technique dite de « la table ». Tout était truqué d’avance : chaque lot composant le marché était attribué à l’un des conjurés, ses « concurrents » ajustant leurs prix pour aboutir à une proposition plus chère. Aujourd’hui, on retrouve une bonne partie des mêmes larrons sur le chantier du tramway. C’est un réconfort, dans ce monde en proie aux querelles, de voir qu’ils s’entendent toujours. Mais ce n’est pas tout. Le 20 avril dernier, le chef de la Mission tramway, François Saglier, était mis en examen pour « atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics ». La justice l’accuse d’avoir entériné le choix du groupement d’entreprises proposé par Alstom pour « le matériel roulant et les voies » malgré son invalidation par le tribunal administratif. 300 millions d’euros sont ainsi tombés dans la poche d’une honorable famille - dont Alstom, Amec-Spie, Vinci et Fayat - qui n’aurait pas été la « mieux-disante ». Déjà empêtré dans ses casseroles personnelles, Alain Juppé, président de la CUB, s’est empressé de virer le lampiste Saglier. Lequel ne pleure pas misère pour autant : ce mois-ci, le sacrifié s’en retourne à sa maison-mère, la RATP, dont il avait été « détaché ponctuellement ». Coïncidence : la RATP, à travers sa filiale Systra, avait été choisie dès le début par la Mission Tramway comme principal maître d’œuvre du chantier. Autre détail qui tue : Bouygues et la RATP entretiennent des liens explicites depuis qu’ils ont créé ensemble la société RATP II en 2000. À ce stade, ce n’est plus de l’amitié, c’est de l’orgie. Mais si ça donne du boulot à quelques chômeurs « motivés », la morale est sauve…

Publié dans CQFD n°15, septembre 2004.






>Réagir<

L’Etat ne fera pas sa loi
In Bouygues I trust | 30 janvier 2007 |
L’Etat n’imposera pas sa vision d’égalité entre candidats. Je vois pas un maçon avec son Master benne faire le tramway… L’entente préalable permet de mieux servir l’Etat en se répartissant chacun son marché selon ses capacités. > LA MAFIA DU BTP SE CACHE POUR ENGRAISSER
AntéCUB | 1er décembre 2005 |
Si le tramway fonctionnait bien… Ce serait une maigre consolation, mais ça n’est même pas le cas ! > LA MAFIA DU BTP SE CACHE POUR ENGRAISSER
| 14 juillet 2005 |

CORRUPTION à tous les étages ! et en toute impunité. Nos élites politico-économiques n’ont aucune limite dans leur recherche effrenée de profits. Quand trouvera t’on enfin les moyens de combattre ce cancer que sont la corruption et la délinquance en col blanc ? On poursuit sans pitié les citoyens lambda avec un arsenal juridico-administratif illimité pour mieux les « pomper » et les délester de leurs modestes moyens de subsistance.

Mais que fait-on contre la criminalité financière ? , désormais « institutionalisée » car mêmes les juges sont impuissants : la législation est inadaptée, faite par et au profit de tous ces « délinquants champions des pots de vin, traffics d’influence, faux en écriture, chantages, harcèlements et licenciements »… Pour eux , tout baigne. C’est le paradis : ici et dans les paradis fiscaux.

Il n’y a pas lieu d’être fièr de notre « République » bananière. Mais notre pays semble quand même moins pourri que toutes ces forces souterraines ultra-capitalistes à l’oeuvre et qui voudraient bien instaurer définitivement leurs dictats via la mondialisation.

RESISTANCE !

> LA MAFIA DU BTP SE CACHE POUR ENGRAISSER
jph | 1er mai 2005 |
beaucoup trop de magouilles actuellement je suis d’ accord avec vous !mais que faire ?puisqu’ils s’auto-amistis entre eux,de toute façon c’ est le plus mauvais gouvernement que l’on ai eu !.
 

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