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CQFD N°015


HISTOIRE DE RÉTENTION

MARIÉS PAR LES FLICS

Mis à jour le :15 septembre 2004. Auteur : Lionel Carlotti.


Sarkozy l’avait annoncé lors de son one-man show au ministère de l’Intérieur : 2004 sera une année record pour les reconduites à la frontière. Son successeur, Villepin, ayant enfilé les mêmes bottes et promis « un doublement des éloignements en 2004 », il n’est pas étonnant que les centres de rétention carburent aujourd’hui au maximum de leurs capacités. Depuis des mois, celui de Toulouse est rempli à ras-bord. Dès qu’une place est libérée par l’expulsion d’un retenu, elle est immé- diatement réoccupée par un nouveau « client » de la police aux frontières. Résultat, les situations les plus folles se multiplient. Au centre de Toulouse, on vient ainsi d’assister à une grande première : la célébration d’un mariage. Mehdi est un jeune chanteur de raï né en Algérie. Entré en France avec un visa, il y rencontre l’âme sœur et décide de l’épouser. Le couple rassemble les papiers requis et cons-titue un dossier en vue de son mariage à la mairie de Toulouse. Mais cinq jours avant la cérémonie, prévue pour le 17 août 2004, le futur époux est interpellé au cours d’un contrôle « de routine », comme on dit, et immédiatement placé en rétention. En guise de voyage de noces, on lui promet un aller-simple pour Alger.

Voyage de noces sur Air Villepin

Pour tout arranger, il apprend en rétention que sa future est enceinte depuis deux mois… Par le biais d’un permanent de la Cimade, seule association habilitée à entrer dans ces zones grises de la république, Mehdi dépose alors un recours pour détournement de pouvoir devant le tribunal administratif. Mais les magistrats haussent les épaules et confirment l’arrêt préfectoral de reconduite à la frontière. Aux grands maux les tristes moyens : puisque la France interdit aux deux amoureux de se marier à la mairie, ils se marieront au centre de rétention. Au moins, ils ne verront pas la tronche de Chirac punaisée au mur… Mehdi demande au parquet l’autorisation de sortie des registres de l’état civil, afin que le droit inaliénable de célébrer un mariage ne soit pas entravé. Bonne pioche ! Le parquet donne son accord et la cérémonie a lieu le 17 août, comme prévu, avec la police aux frontières en guise de pu-blic attendri. On en profite pour faire enregistrer par la mairie une reconnaissance prénatale de l’enfant - ce sera toujours ça de gagné. Du coup, Mehdi a changé de tiroir administratif : il n’est plus célibataire sans enfant mais conjoint de Française, futur père d’un enfant français. Un référé en justice s’imposait donc pour faire valoir les droits qui en découlent. Hé bien, le croirez-vous, le magistrat n’a décelé aucun « élément nouveau », et n’a pas même daigné audiencer le référé ! Mehdi a été embarqué de force pour Alger le 19 août au matin, alors qu’il fait désormais partie d’une catégorie d’étrangers inexpulsables. Et ce n’est pas demain la veille qu’il obtiendra un nouveau visa. Un jour ou l’autre, peut-être, quand le bébé sera en âge de marcher…

Publié dans CQFD n°15, septembre 2004.






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