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CQFD N°015


LA CHANCE AUX CHANSONS

TOUT FINIT TOUJOURS EN ZONZONS

Mis à jour le :15 septembre 2004. Auteur : Will et Pierre Etbunk.


En baguenaude, il y a peu, dans les traverses d’une grande messe altermondialiste, entre certains convertis portant sac Hermès et se bafrant de chocolat estampillé commerce équitable, j’aperçois le stand d’un disquaire s’affichant indépendant. Après quelques fouilles, je tombe sur le CD de B-Zero au titre explicite, Trop de peine(s) en silence, dont le visuel ne l’est pas moins : un œilleton sur une porte de cellule. De retour at home, je dissèque la galette. Les textes de ces ados emmurés sont rappés dans divers idiomes, le contenu n’est pas à la franche rigolade, on s’en doutait : ils nous entraînent au quartier où ça zone sévère et parfois dérape grave. On croise aussi l’enfant maltraité ou la fille-mère rejetée par sa famille. On sent la frustration du parloir et le manque affectif des parents. Quant à l’ambiance musicale, hétéroclite, soutenue par une pléthore d’artistes connus (Noir Dèz, Rodolphe Burger, Lo’Jo, etc), elle plombe un peu plus l’atmosphère. Pour affiner les infos du livret, je contacte l’asso Pulsart (asso.pulsart@wanadoo.fr), initiatrice de ces actions musicales en milieu carcéral. On m’apprend que le ministre de la Justice, arguant de sombres histoires de droits d’auteurs, a opposé son veto à la commercialisation de l’album. Mais il paraît probable que la teneur des textes soit pour quelque chose dans cette censure. Comme c’est bizarre ! Le ministère pensait peut-être qu’en ces hauts lieux de misère et de bannissement social, il en sortirait de gentilles comptines doucereuses, genre Star Ac’. Sûr qu’une Star Zonz’, elle, obtiendrait sans problèmes l’aval du ministre.

Will


Depuis un an, cette chronique vous a fait découvrir une kyrielle d’artistes punkoïdes et géniaux qui, refusant de céder aux lois du marketing, n’ont de notoriété que dans leur squat ou chez les flics. Ce mois-ci, on s’autorisera une petite exception avec un groupe au prestige démesuré. Pour les vingt ans des Ludwig Von 88, le mythique label Crash Disques, dont l’équipe occupe un somptueux local d’au moins 15 mètres carrés, sort en effet deux CD retraçant la carrière de ce groupe inclassable du milieu alternatif. Le premier, De l’âge de la crête à l’âge du bronze, réunit des titres de la période 1983-1991. Vous y retrouverez quelques chansons foutage-de-gueule sur les JO de Séoul, le magnifique « LSD for Éthiopie » qui parodie les sucrettes gonflées aux bons sentiments des vedettes d’alors, ainsi que l’entraînant refrain des « Trois petits keupons » (« Qui a peur du méchant Pasqua »). En prime, quelques lives et tout plein de textes absurdes dont seuls les Ludwig ont le secret. Le second CD, De l’âge du trash à l’âge de zen, s’étend de 1991 à 2000. Si le groupe a vieilli, il serait abusif de parler de maturité : le son est meilleur mais les paroles toujours aussi loufoques. On réécoutera avec plaisir les mélodieux et stupides « Nous » et « Twist à Koweit City » et on dodelinera du chef antifasciste sur le « Sous-marin » (« Vitrolles is burning »). Cette rétrospective laissera perplexe les fans de Bjork, mais ravira ceux qui n’ont pas honte de se marrer à 30 piges des mêmes conneries que lorsqu’ils en avaient 15. Crash Disques : 21 ter, rue Voltaire 75011 Paris.

Pierre Etbunk

Publié dans CQFD n°15, septembre 2004.






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