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CQFD N°015


DESCENTE DE POLICE SUR UN FÊTE VOTIVE

OPÉRATION COMMANDO

Mis à jour le :15 septembre 2004. Auteur : Gilles Lucas.

En 1820, Paul-Louis Courier écrivait : « Les gendarmes se sont multipliés en France bien plus encore que les violons, quoique moins nécessaires pour la danse ». Cette remarque est plus que jamais d’actualité en cette nouvelle époque de Restauration. Un petit village de l’arrière-pays nîmois a pu le vérifier cet été.

Une « fête votive » : quelques centaines de jeunes du coin ; de rares touristes ; encore moins d’ « étrangers » ; un bar achalandé en sodas alcoolisés ; trois vigiles à la recherche d’une rixe justifiant leur salaire ; une sono saturée rythmant avec les hits de NRJ la vibration des vitres environnantes ; un manège famélique ; trois canards en plastique qui barbotent ; un groupe d’enfants d’abord bondissants, puis épuisés, pris de stupeur sous les décibels ; un jeu de roulette à gagnant unique ; et toujours cette obstination méthodique à lever le coude en jetant furtivement un œil vers la ou le partenaire éventuel, ou mieux encore, faute d’ennemi réel, vers l’adversaire d’une soirée. La fête bat son plein. La masse compacte agglutinée au bar ne dit mot sous les coups de la sono, dont le vacarme augmente avec régularité. Deux voitures de gendarmerie se garent de chaque côté de la place. Dans une manœuvre d’encerclement, huit guerriers en tenue de combat - armes à feu, matraques, bombes de gaz et talkie-walkies à la ceinture - montent au front. Un instant, les fêtards sont pris de doute : s’agit-il d’une bande d’un village voisin, de vigiles en maraude ou de défenseurs de l’ordre public ? Un jeune lance quelques remarques goguenardes. Les hommes en uniforme se précipitent vers lui. Il s’échappe. Course-poursuite sur la place. Le jeune est plaqué au sol, retourné, menotté dans le dos et, comme à la manœuvre, les huit hommes en noir forment un demi-cercle pour, à reculons et le regard menaçant, regagner l’obscurité. Résultat : 24 heures de garde à vue pour avoir dit « flic » à un flic. Dans le feu de l’action, la fragilité cristalline du gardien de la paix a été encore une fois vérifiée, qui devra subir un arrêt de travail. Et tous ces outrages, actes de rébellion, voire même violence, ont été commis dans le but de faciliter la fuite d’un grand criminel : il avait bu, et surtout, il avait dans le fond de sa poche une boulette de haschich ! On s’étonne que la presse nationale, ou au moins locale, soit restée muette après une opération aussi glorieuse face à un délinquant de cette trempe. Pourtant, nombre de faits paradigmatiques se trouvent là réunis. Dire « flic » à un policier est aujourd’hui passible des tribunaux. Il est fini le temps où, avec le camembert et le vin, il était de tradition de railler les pandores. De profundis, « la taquetique du gendarme », et l’autre de Saint Tropez, sans oublier l’antédiluvien « Mort aux vaches ». Bien sûr, il arrive à nos représentants de l’ordre de distribuer (exceptionnellement et avec parcimonie) quelques claques dans leurs officines, mais il était temps qu’une loi vienne ajouter à cette humiliation la menace de poursuites judiciaires dans le cas où quelque riposte verbale ait sifflé entre les dents du punching-ball.

Une telle opération démontre la progression de l’insécurité en milieu rural. Son déplacement des villes vers les campagnes est avéré. Les participants de cette fête votive ont pu apprécier en direct ce que connaissent régulièrement les habitants des banlieues françaises. D’autant qu’il s’agit d’un fait grave. Fumer du haschisch est un acte criminel que pratique la grande majorité de la population adolescente, sinon plus. Et l’on comprend aisément « qu’en ces temps où les guerres sont considérées comme des opérations de police, une opération de police soit menée comme une opération de guerre ». Car l’ennemi est en surnombre. Les diverses poursuites engagées contre ceux qui se permettent le moindre mot vis-à-vis de la police ou d’un ministre, ceux qui fument un joint, qui boivent lors d’une fête ou même ailleurs, qui squattent les cages d’escalier, etc, ont largement « démocratisé » la délinquance. Ainsi, presque tout le monde peut être regardé comme un « ennemi » par les forces de l’ordre. Mais s’il a été voté qu’une large portion de la population se livre quotidiennement à des actes répréhensibles, il n’en est pas moins vrai que cette « population », qui souvent applaudit les médiatiques réussites policières, tombe des nues quand ces « réussites » se réalisent sous leurs yeux. On a même vu un haut collaborateur du gouvernement s’indigner publiquement, après un séjour inopiné dans un commissariat, de l’attitude des fonctionnaires et « de leur capacité à humilier et à réduire à néant une personne ». Récemment, à Perpignan, un gendarme a même porté plainte contre des policiers qui s’étaient livrés sur lui à un très ordinaire contrôle, banalement agrémenté d’insultes, de tutoiement, de bousculades et d’une interpellation à peine arbitraire. Tant il est avéré que ceux - y compris copains de ministres ou fonctionnaires assermentés - qui réclament une augmentation des effectifs policiers sont dans leur grande majorité des personnes qui n’ont jamais eu affaire à la police. Jusqu’au jour où…

Publié dans CQFD n°15, septembre 2004.






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> OPÉRATION COMMANDO
| 7 décembre 2005 |
Cher Pikkendorf…Tu vis dans le monde des bisounours où les policiers sont les adorables gardiens du monde des nuages bleus, ceux qui arrêtent les méchants voyous de la planète délinquance ? Alors la Police t’offre des séjours sympas de 24, 48 ou 72 heures où tu feras plein de rencontres intéressantes dans des lieux cosys et systématiquement super « in ». A l’intérieur, tu pourras même à intervalle régulier discuter avec de supers policiers hypers sympas qui te poseront plein de petites questions gentilles pour te montrer à quel point ta vie les intéresse. Et si vraiment tu le désires et que tu aimes les contacts, tu pourras même partager des moments intenses et magiques avec eux : si tu as de la chance, tu pourras ainsi être initié à la fameuse danse des policiers, qui se pratique avec les joues et les mains – mais je ne t’en dis pas plus ! Avant de repartir, on te fera signer le livre d’Or et parce qu’ils ne veulent oublier aucun de leurs nouveaux amis, ils garderont toujours une trace de toi dans leur ordinateur magique. Enfin, tu ressortiras de ce super séjour étrangement changé, avec le sentiment que tu n’imaginais pas que le monde pouvait être aussi beau et bon… Alors, pour faire bientôt cette expérience extraordinaire et rapporter plein de souvenirs pour épater tes amis, cours vite au commissariat de ton quartier, approche toi du policier en faction, et, juste pour rire, arrose-le avec ton pistolet à eau que tu trouveras dans ton magasin de farces-et-attrapes favori ! Ne crains rien : tu vas voir, les policiers, ils ont tous le sens de l’humour ! Tu vas bien t’amuser avec tous tes amis policiers ! Et reviens vite sur le site pour tout nous raconter ! > OPÉRATION COMMANDO
pikkendorff | 6 octobre 2005 |
minable comme vos articles en général : fadaises et communs n’ont d’égales que votre mauvaises foi…
 

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