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CQFD N°016


FAUX-AMIS

LES DÉVELOPPÉS DURABLES

Mis à jour le :15 octobre 2004. Auteur : Le bouledogue rouge.


Tiens, qu’est-ce qu’elle devient, Nicole Notat ? L’ex-dame patronnesse de la CFDT ne fait plus guère parler d’elle. Et c’est bien dommage, car son cas démontre que le reyclage des déchets est une technique désormais bien maîtrisée. Comme il n’y a pas toujours un strapontin de libre au Sénat, c’est dans l’écologie bon teint que Notat s’est recasée. Via sa boîte, Vigeo, créée en 2002, la camarade s’occupe désormais de « la notation sociale et environnementale » des entreprises, un boulot pépère qui consiste à distribuer des bons points aux industriels soucieux de leur image « citoyenne et respon-sable ». Noble objectif, comme l’explique Notat sur le site de sa boîte : « Une notation sociale des entreprises permet aux investisseurs d’objectiver leurs choix de placement et aux dirigeants d’entreprises d’améliorer les performances de leur système de mana-gement. » Déjà entraînée à « objectiver » les licenciements, la flexibilité et les réformes gouvernementales,Notat apporte aujourd’hui aux patrons de quoi « améliorer leurs performances » sur un autre terrain : le développement durable.

En 1987, la Commission mondiale de l’environnement et du développement donnait sa définition du « sustainable development » : répondre « aux besoins du présent sans compromettre la possibilité, pour les générations à venir, de répondre à leurs propres besoins ». En clair, ne pas bousiller la planète jusqu’à la rendre invivable pour nos successeurs. Dix-sept ans plus tard, cet objectif a minima relève de l’utopie la plus folle. C’est maintenant aux patrons de définir ce que doit être le développement durable : « un accélérateur de croissance pour les entreprises » (sur le site du Medef). Vu sous cet angle, c’est beaucoup plus réaliste. Pourquoi notre système économique dévoreur d’hommes et de ressources naturelles n’utiliserait-il pas la survie de la planète comme alibi pour accroître ses richesses ? En France, le marché de l’environnement représente 43 milliards d’euros, à partager entre pollueurs-dépollueurs. Le développement durable, qui nous promettait de rompre avec l’autodestruction consumériste, est devenu un bien de consommation de plus, avec son marché, ses profits, ses voitures propres, ses sponsors, son VRP (Chirac) et son secrétariat d’État.

Mais revenons à Nicole. Lors de son passage à la CFDT, la cheftaine s’était fait plus de potes chez les employeurs que parmi les pue-la-sueur. Sans doute, parce que les premiers se développent plus durablement que les seconds. On ne s’étonnera donc pas que l’actionnariat de Vigeo rassemble non seulement des syndicats de « cogestion » (CFDT, UGT espagnole), mais aussi des banques (Crédit agricole, Eulia), des fonds de pension (AG2R) et un paquet de sociétés parfaitement exemplaires question éthique. Comme le groupe hôtelier Accor, dont les syndica-listes virés apprécieront que leur ancien patron se soucie de « notification sociale ». Idem pour Danone et ses ouvriers jetables. Thalès et EADS sont sûrement là pour produire de l’armement non polluant, tandis que TotalFinaElf vient redorer son blason taché de boulettes de pétrole et de cendres d’AZF. Ou encore McDo, Lafarge, Pechiney, Manpower… Toute l’avant-garde progressiste du monde de l’entreprise s’est donné rendez-vous à la table de Notat. Laquelle, sans s’étouffer, garantit « l’indépendance » de son machin par la « diversité » et le « pluralisme » des copains actionnaires (Journal du management, février 2004). Et de conclure : « une politique de développement durable peut fournir un élément de compétitivité ». C’est les générations futures qui vont être contentes.

Publié dans CQFD n°16, octobre 2004.






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