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CQFD N°016


LE MOUVEMENT DES MANIFS HEBDOMADAIRES

LES CHÔMEURS ALLEMANDS COMME UN LUNDI !

Mis à jour le :15 octobre 2004. Auteur : Søren Jansen.

Les manifestations du lundi marquent le pas. Mais les médias allemands se pourlèchent un peu trop vite de l’échec désiré du mouvement des chômeurs, lequel pourrait bien rebondir, et de plus belle. L’analyse d’un membre de Scheinschlag, journal de quartier berlinois ami de CQFD.

Les grandes figures de la politique allemande avaient l’air tout effaré, à la rentrée, lorsqu’après l’envoi des formulaires annonçant le dégraissage des allocations-chômage, les gens se sont précipités en masse dans la rue, spontanément et sans en avoir l’habitude. Du côté gouvernemental, les premières réactions frisèrent l’hystérie, tandis que la CDU (droite) de Sachse-Anhalt s’offrait la coquetterie, en pleine campagne électorale, d’annoncer qu’elle marcherait avec les manifestants… À ce brouhaha extravagant est venu s’ajouter le vacarme médiatique, les éditorialistes débattant de la question de savoir si les manifestants n’étaient pas un peu gonflés, quand même, de reprendre à leur compte le rituel intouchable des « manifestations du lundi » [1]. Entretemps, le mouvement s’était étendu à deux cent trente villes. Chaque lundi d’août et septembre, plus de cent mille personnes battaient le pavé pour protester contre le charcutage des allocs. Puis le personnel politique a fini par comprendre que la meilleure façon de ne pas énerver les foules, c’était encore de se taire. C’est vrai que les manifs du lundi stagnent ou reculent depuis quelques semaines. Déjà la presse berlinoise martèle avec jubilation que le mouvement a échoué. Ce en quoi, cependant, elle pourrait bien prendre ses vessies pour des lanternes.

Car la décontraction ostentatoire des dirigeants politiques cache mal leur nervosité, qui n’est pas due seulement aux succès électoraux du PDS (néo-communiste) et de l’extrême droite. Selon le quotidien Mitteldeutsche Zeitung, la police de Sachse-Anhalt se préparerait à ce qu’une « partie importante de la population, bien au-delà des cercles extrémistes, s’en prenne aux agences fédérales pour l’emploi ». Et il ne serait « pas à exclure que d’autres institutions soient la cible d’actes agressifs, tels les partis politiques ou les médias ». Ce scénario plaisant, mais quelque peu paranoïaque, vient du fait que personne ne sait au juste ce que les dizaines de milliers d’anonymes qui défilent tous les lundis ont dans la tête, à quoi ils pensent, ce qu’ils se disent et ce qu’ils manigancent comme prochain mauvais coup. Comment savoir ? De tous côtés, les récupérateurs professionnels tentent de s’accaparer le mouvement, sans écouter les gens au nom desquels ils s’expriment. On a même vu quelques manifestations organisées en sous-main par des néo-nazis, quoique sans succès. À Leipzig, des pique-assiettes se sont érigés en porte-paroles du peuple tandis qu’un « Collectif contre la réalité » propageait l’idée, bien reçue dans les milieux gauchos, selon laquelle chaque manifestant est-allemand cacherait nécessairement un fasciste, s’employant à bloquer le « soulèvement populaire » qu’il invoquait. Mais la gauche ennemie s’est révélée moins dangereuse que les amis de gauche. Ainsi les organisateurs de Berlin, en prenant soin de se quereller jusqu’à faire cortèges à part, ont fait le nécessaire pour que la boule de neige ne grossisse pas et qu’il n’y ait pas trop de téméraires pour s’essouffler sur le long chemin qui mène de l’Alexander-platz au siège du SPD (centre-« gauche », au pouvoir) et supporter les insultes que les deux camps s’échangeaient par mégaphones interposés.

Heureusement, les organisations de gauche n’ont pas assez de militants pour être en mesure de saboter systématiquement tout effort d’auto-organisation. Et il n’y a pas qu’à Berlin que les gens manifestent. Dans la jolie petite localité de Senftenberg, dans le Sud du Brandebourg, deux à trois mille personnes descendent dans la rue chaque semaine. C’est déjà impressionnant en soi. Mais le plus remarquable, c’est qu’on n’y voit aucun drapeau de parti ou de syndicat, pas d’autocollants dédiés aux organisations, pas le moindre porte-parole venu ramasser la mise. On y trouve en revanche un micro ouvert, dans lequel s’expriment des gens manifestement pas préparés à s’adresser aux foules. Le débat qui se déroule ici est public et incontrôlé. Et ça, c’est bien plus redoutable que les piaillements des « radicaux » autodéclarés. Même si les « Montagsdemos » ont un peu perdu en fraîcheur ces dernières semaines, il y aurait toujours près de cent mille personnes dans les rues. Parallèlement aux initiatives prises par les assemblées de chômeurs, une « campagne pour un automne chaud » a été lancée qui devrait culminer par une manifestation nationale le 1er novembre à Nüremberg, devant l’Agence fédérale pour l’emploi. Si ces deux mouvements parvenaient à se renforcer mutuellement, ça pourrait devenir intéressant. Alors que les manifs du lundi ont leur centre de gravité dans l’Est de l’Allemagne, la mobilisation pour la manif de Nüremberg est plutôt ancrée à l’Ouest. Il n’est donc pas impossible qu’un mouvement plus général prenne forme dans le pays tout entier, avec des formes d’action renouvelées. Déjà se font entendre des appels à grouper en une seule date les envois de paperasses aux ANPE, histoire de perturber leur organisation du travail. Et une grande action est prévue pour le 3 janvier prochain : obtenir, par des rassemblements, des blocages et des occupations, la fermeture des agences pour l’emploi et des bureaux d’embauche.

Publié dans CQFD n°16, octobre 2004.


[1] En 1989, les « Montagsdemos » (manifs du lundi) avaient précipité la chute du régime de l’Allemagne de l’Est.





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> LES CHÔMEURS ALLEMANDS COMME UN LUNDI !
| 29 octobre 2004 |

Salut, peut-être des sites internets rendent compte de ce qui se passe, de ce qui se dit lors de ces rendez-vous, avez-vous des liens intéressants ? j’aime assez l’idée de bloquer les bureaux d’embauche. Je connais un ouvrier maçon qui bosse sur le chantier de la Conception à Marseille, le genre de chantier qui met en danger la vie des travailleurs et des passants mais qui économiquement est une bonne affaire pour certains que le code du travail et la loi en général font bien rire. après les grèves de 2003 j’avoue chercher un nouveau souffle pour m’y remettre et je trouve que les infos de votre article sont un bon point de départ …

xavier, Cavaillon

 

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