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CQFD N°016



BAGNES FLOTTANTS ET PLACARDS ALGECO

Mis à jour le :15 octobre 2004. Auteur : Willy Daunizeau.


On connaissait les Pays-Bas comme un pays à la pointe des réformes sociales, mais cette fois, l’autre pays des frometons semblerait plutôt à l’avant-garde de la galère carcérale. Le gouvernement néerlandais réhabilite en effet le bagne flottant comme remède à sa surpopulation carcérale. Dans le port de Rotterdam, le premier navire pénitencier vient d’ouvrir ses écoutilles. Ancien hôtel, ce navire de douze mètres sur cent accueille déjà quatre cents étrangers, qui ne sont pas là pour trimer dans les soutes ou en cuisine, mais pour attendre d’être expulsés. Après, ce sera au tour des « vrais » détenus. Ils vont se retrouver à quatre par cabine-cellule (dans les prisons dites classiques, ils sont seuls ou à deux maximum) et auront, pour tuer le temps, la possibilité de se rejouer quelques saynètes de « La croisière s’amuse ». À l’aise dans ses bottes en caoutchouc, le ministère de la justice garantit la pérennité de son ingénieuse trouvaille en négociant d’ores et déjà la location d’un deuxième bateau. Petit rappel historique : la zonzon sur eau existait déjà au début du XIXe siècle dans la rade de Portsmouth, en Angleterre. Époque charnière, qui voit l’artisanat passer à l’ère industrielle et où s’invente une nouvelle forme d’organisation carcérale : le régime concentrationnaire, promis à un riche avenir. Dans ces placards maritimes appelés « pontons », on entassait corsaires et frères de la côte, grappilleurs des intérêts du royaume. Lire à ce sujet le témoignage de Louis Garneray (Un corsaire au bagne, éditions Phébus), bourlingueur et compagnon de Surcouf, qui passa neuf années sur ces vaisseaux à l’ancre et démâtés.

En France, les solutions pour désengorger les taules restent plus terre à terre. Malgré la grâce présidentielle du 14 juillet, placebo ponctuel sur les statistiques exponentielles des incarcérations, la densité carcérale atteignait au 1er septembre 113,5 %. Il est probable que d’ici la fin de l’année, le remplissage des cachots aura retrouvé et peut-être dépassé son record initial. L’administration pénitentiaire, à l’imagination toujours fertile, s’y prépare en récupérant des bons vieux Algeco comme « structures modulaires », histoire d’agrandir à moindre frais le gîte carcéral, le temps de bâtir les nouvelles taules en dur. Pour ce qui est des « normes de sécurité » et de la « dignité humaine » dans ces placards préfabriqués, on verra plus tard, beaucoup plus tard. Les autorités annoncent également leur intention de parquer le surnombre dans des espaces déjà existants, ateliers, lieux de formation ou cellules pour détenus du service médico-psychologique… En attendant de réquisitionner des bateaux-mouche, un porte-avions ou le paquebot « France ».

Publié dans CQFD n°16, octobre 2004.






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