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CQFD N°016


RÉSISTANCES À L’INDUSTRIE AGRO-ALIMENTAIRE

MANGER BON ET PAS CON

Mis à jour le :15 octobre 2004. Auteur : Grite Lammane.

Voler dans les supermarchés, ça dépanne, mais c’est dangereux : on risque de s’empoisonner avec des aliments industriels d’origine douteuse. Et puis, les potirons, c’est pas facile à escamoter. Pour ceux qui ont encore un peu d’argent, une alternative existe : s’acoquiner directement avec les paysans.

Les tomates poussent sur un lit de laine de verre, alimentées par des goutte-à-goutte d’engrais chimique. Les cochons sont élevés dans des bâtiments sans fenêtre et soignés aux anxiolytiques, aux antibiotiques, aux hormones et aux stéroïdes. On gave les poulets de maïs OGM dans des hangars où ils sont tellement serrés qu’ils ne tiennent pas debout si on les sépare (Voir le site www.onevoice-ear.org). Certains pesticides sont classés « cancérogènes » par le Centre international de recherche sur le cancer… La liste est longue. Et elle ne risque pas de raccourcir, pour la simple raison que les huit plus grosses firmes agrochimiques mondiales - dont on connaît le dévouement légendaire en matière de respect de la personne humaine et de la nature - détiennent pratiquement le monopole de notre alimentation. Leur business couvre les quatre cinquièmes du marché des semences et des produits phytosanitaires de la planète. Naguère, certains comptaient encore sur l’Ètat pour défendre leurs estomacs, ils savent aujourd’hui que ses représentants ont choisi leur camp, le faisant « vigoureusement » [1] savoir le mois dernier. L’heure n’était plus à la protection de l’environnement ni à celle des tubes digestifs [2]. Le 5 septembre, dans le Gers, sept cents « faucheurs volontaires d’OGM » (hommes, femmes et enfants) en ont fait les frais. Ils ont été canardés à coups de grenades assourdissantes et de lacrymogènes depuis un hélicoptère, puis matraqués dans les règles de l’art répressif par deux cent trente militaires déguisés en Robocop. Bilan : soixante blessés. Côté faucheurs, bien entendu.

Au cas où le message ne serait pas bien passé, un complément d’information a été donné le 25 septembre dans la Vienne. Trois cents troufions ont chaleureusement accueilli quelque cinq cents faucheurs, faisant vingt blessés. Au train où vont les choses, il n’y aura bientôt plus d’écolos. C’est pourquoi la suite s’adresse tout particulièrement à ceux qui, bien que fatigués d’aller à la campagne le dimanche se faire casser la gueule en famille pour le bien de l’humanité, n’ont pas renoncé à vivre le mieux possible. Il était une fois dans les années soixante quelques mamans japonaises qui en avaient ras le bol de nourrir leurs pitchounes aux pesticides, aux engrais et aux radiations nucléaires. Elles s’en allèrent trouver un paysan et lui dirent « Paysan, nous en avons assez de manger de la merde. Nous te proposons un pacte. Nous t’achetons ta récolte de l’année prochaine et nous te payons dès aujourd’hui. En échange, tu nous vendras des légumes sains et nos enfants seront en bonne santé. » « D’accord », dit le paysan. Ainsi naquit le premier Teïkeï. Belle utopie ? Pas du tout. Ce type d’association entre consommateurs et producteurs existe bel et bien. Il se développe partout dans le monde, en snobant superbement les multinationales et leur sacro-sainte économie de marché. Au Japon, un foyer sur quatre participe aujourd’hui à un Teïkeï (seize millions de personnes). En Amérique du Nord, ce sont déjà cent mille familles qui se sont regroupées. En Grande-Bretagne, on compte plus de mille fermes reconverties. En Nouvelle-Zélande, en Hongrie, au Ghana, en Australie… Partout le phénomène prend de l’ampleur. En France, la première expérience a commencé en 2001 près de Toulon. Elle se répand depuis comme une traînée de poudre sous le nom d’Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP [3]). Vingt projets de ce type ont été montés en 2002 en région PACA. En ce moment même, en France, quatre-vingts AMAP sont en train de voir le jour.

Si ça marche aussi bien, c’est que le pacte qui lie le producteur et le consommateur les ravit tous les deux. Le paysan est rassuré parce que « ses » mangeurs s’engagent à investir dans la production de la saison à venir, partageant avec lui les récoltes miraculeuses comme les risques climatiques ou phytosanitaires. Du coup, il n’a plus d’obligations de rendement impossibles à tenir et il peut se concentrer sur la qualité écologique et gustative de ce qu’il produit. Quant aux mangeurs, ils participent au choix des légumes qui vont être cultivés et à la fixation des prix, basés sur les frais réels de l’agriculteur. Au bout du compte, ils ont accès à des variétés rares, goûtues, et bio de surcroît, pour des prix 15 à 25 % inférieurs à ceux des supermarchés. Le tout en luttant contre la désertification des campagnes et pour la préservation de l’environnement. Alors, pourquoi se priver de piquer des parts de marché aux multinationales ? On ferait bien de s’y mettre avant qu’elles ordonnent au gouvernement d’envoyer l’armée faire du fauchage volontaire d’agriculture non génétiquement modifiée.


[1] Comme on dit au Figaro.

[2] Le moratoire sur les importations d’OGM a été levé en mai bien que la Commission européenne n’ait pas réussi à réunir la majorité des Etats membres.

[3] Leur site : http://alliancepec.free.fr/Webamap/index.php





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