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CQFD N°016



L’OPÉRATION ANTI-OGM DONT PERSONNE NE VOUS A PARLÉ

Mis à jour le :15 octobre 2004. Auteur : Gilles Lucas.


Ils ont garé leurs voitures à l’endroit convenu, dans un sous-bois du Sud-Ouest. Dans la nuit, ils marchent, longtemps. Une petite heure de marche dans la forêt. La lune est en croissant. Le groupe arrive dans une clairière. Une maison. Ils entrent. Leurs hôtes leur proposent tisanes, thés et vin rouge. D’autres arrivent progressivement. Une des personnes préalablement désignée aux repérages déploie sur la table une carte et désigne la maison comme étant le point A et leur nouveau parcours en direction du point B, à encore 3/4 d’heure de marche. La petite troupe composée maintenant d’une vingtaine de personnes dont les âges varient entre 14 et 60 ans marche en file indienne dans la forêt. Seule en tête, une faible lueur désigne le chemin. En s’accroupissant, ils longent des fermes. Des chiens aboient. La marche continue sous la lune et les étoiles au milieu des chênes et des hêtres, et d’un coup la lisière et les champs. La petite troupe reste sous les arbres. Le « guide » annonce que, depuis quelque temps le champ est surveillé la nuit par la gendarmerie. Deux personnes partent en éclaireurs, puis reviennent au bout de quelques minutes pour annoncer que la voie est libre. Tout le monde sort de la forêt, traverse une prairie. Arrivé devant les premiers maïs, chacun prend le bras de son voisin et commence à méthodiquement piétiner la parcelle, en avançant de manière à détruire quatre lignes à la fois. Les tiges sont brisées, les épis à terre. Un signal, et la petite troupe se regroupe et rejoint la forêt. À nouveau, les chênes et les hêtres. Retour à la maison par un autre chemin. Les hôtes ont dressé la table et confectionné tartes et boissons chaudes. Tout le monde est euphorique. Certains ayant déjà participé à d’officielles actions anti-OGM racontent les caméras hystériques de la télévision, la présence promotionnelle de quelques figures politiques et la confrontation martyre devant les forces de police (autant pour les coups que pour les procédures judiciaires). Encore quelques conversations et il est convenu que chacun est libre de l’usage public qui pourrait être fait de cette si agréable promenade nocturne et sylvestre… Pas de ces faux scandales médiatisés qui prétendent poursuivre l’instauration d’un débat démocratique, où le rapport de forces créé par les laboratoires, les marchés internationaux, les tribunaux et les forces de polices ne laissent, au mieux, que l’opportunité de discuter de la couleur des étiquettes indiquant sur les produits la présence d’OGM. Le concept hégémonique de communication qui prétend que l’on peut toujours discuter, négocier, n’aura pas intégré ces opposants jusqu’à les rendre collaborateurs. Redoutables invisibles. Pas de visages, pas de traces, pas de noms, rien pour nourrir de faux débats, juste de quoi exciter la reprise « effrayante » d’un aussi bel exemple.

Publié dans CQFD n°16, octobre 2004.






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