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CQFD N°016


LEHAINEUX PIQUE SA CRISE

QUI A PEUR DES TÉLÉS LIBRES ?

Mis à jour le :15 octobre 2004. Auteur : Victor Lehaineux.


Je peux vous dire qu’on a sacrément intérêt à se serrer les coudes, parce qu’en face de nous, toutes les ordures de la planète pratiquent la solidarité sans faille. Allez, je mets Carmina Burana à fond et je balance tout, avec des noms et des adresses. Depuis début 2003, Zalea TV diffusait par satellite une émission donnant la parole à l’opposition démocratique au régime dictatorial du général Ben Ali. Pour les Tunisiens, privés de toute liberté d’expression, c’était une petite bouffée d’oxygène qui leur tombait du ciel comme par miracle. L’émission était montée à Paris, avec des opposants en exil qui remettaient les pendules à l’heure et des images sorties de Tunisie en loucedé. Zalea profitait d’une autorisation de diffusion satellitaire que le CSA lui a concédé en 2000. Et c’était Globecast, une filiale de France Télécom, qui assurait la prestation technique sur le satellite Hot Bird, moyennant finance. Quand tu réussis à grimper sur Hot Bird, on peut te recevoir avec une petite antenne parabolique partout en Europe, au Proche-Orient et au Maghreb, comme n’importe quelle grosse chaîne. C’est puissant. Les Tunisiens se régalaient. Mais Ben Ali faisait la tronche. Quand les despotes font la tronche, faut s’attendre à tout. L’opiniâtreté musclée des barbouzes de Ben Ali pour décourager toute velléité contestataire est légendaire. L’une de leurs officines est une association basée à Toulon, 39, avenue Benoît-Malon : l’Association des usagers des médias d’Europe, dirigée par Brigitte Murat, Marceau Bigéni et René Blanchot (dont une autre couverture est l’Institut Méditerranéen d’Études Financières, 20 rue Saint-Jacques à Marseille, également dévouée à la gloire de Ben Ali, voir enquête complète sur http://cyber-journalistes.org).

Cette fausse asso s’est mise à harceler le CSA pour que cette émission de Zalea soit purement et simplement interdite, au motif qu’elle ne diffuserait que des mensonges malveillants. Avec, en parallèle, des pressions diplomatiques sur le Quai d’Orsay, sur l’Élysée et sur tout ce que la France compte d’amis obligés de Ben Ali. On sait que Chirac lui a délivré récemment un satisfecit en reléguant explicitement la démocratie au rayon des accessoires superflus dans des pays comme la Tunisie. Le CSA, bon soldat, s’est donc mis à chercher des poux dans la tête à Zalea pour faire cesser l’outrage. Et il a trouvé deux pseudo-entorses à la loi justifiant selon lui l’arrêt de la diffusion : l’émission ne serait pas pluraliste et ne respecterait pas la langue française, puisqu’elle cause en « tunisien » (sic). Manque de bol, l’émission est bel et bien pluraliste, puisque les sbires de Ben Ali y sont invités en permanence à venir rendre des comptes, mais évidemment ils se défilent, et les émissions en langues étrangères sont autorisées par la loi, même si c’est écrit en petit. Zalea n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler au CSA que la chaîne officielle de Ben Ali, TV7, pas pluraliste du tout et intégralement en tunisien, était autorisée à diffuser sur le câble et le satellite en France, ainsi que CCTV, la chaîne de la dictature chinoise, ainsi que les chaînes de toutes les dictatures qui le souhaitent, il suffit de demander.

Face à la faiblesse de son argumentation, le CSA a renoncé à interdire l’émission, en demandant à ses amis de patienter : l’autorisation de Zalea de diffuser par satellite expire en août 2005, et elle ne sera pas renouvelée par un CSA maintenant bien aligné à droite (entendu dans ses couloirs : « Ils nous font vraiment chier, Zalea »). Le problème, c’est que les élections présidentielles tunisiennes, truquées de partout, ont lieu en ce moment, et que Ben Ali redoute que certaines vérités ne soient télévisées. Alors, début 2004, il fait deux choses : il édicte une loi interdisant à tout Tunisien de passer sur une chaîne étrangère pendant la campagne électorale, et il porte plainte contre le CSA devant le Conseil d’État français, pour qu’il soit condamné à interdire l’émission. C’est gonflé et c’est drôle à la fois, puisque du coup, le CSA est obligé de défendre la décision prise à l’insu de son plein gré de laisser Zalea continuer. Mais Ben Ali fait aussi une troisième chose : il prévient amicalement le ministre Michel Barnier que s’il souhaite que sa visite à Tunis le 18 juillet 2004 se passe bien, il ferait bien de régler cette affaire avant… Et finalement, France Télécom reçoit l’injonction de fermer le robinet : l’émission du 13 juillet n’est pas diffusée et plus aucune ne le sera, sans préavis, sans explication valable, et avec pour toute réponse aux protestations de Zalea contre cette trahison du contrat de prestation : « oui, vous avez raison, on n’avait pas le droit de faire ça, vous n’avez qu’à nous faire un procès, de toute façon on s’en fout. » À cela, ajoutons que le CSA interdit Zalea de toute diffusion hertzienne depuis fin mai 2003 parce que c’est une chaîne trop « militante », et qu’il a rejeté sa candidature à la TNT parce que ce n’est pas une chaîne… capitaliste, en somme. France, Tunisie, même combat. Deux bonnes nouvelles quand même, pour finir : la résistance à l’oppression médiatique en France s’organise maintenant autour de la Maison des médias libres, qui vient de conclure la semaine d’action Hack’t 1 en illuminant le ciel de Paris des flammes du totem Coca-Cola-TF1-Le Lay (www.ag45.org). Et il existe enfin une télévision libre nationale qui peut servir de modèle dans le monde entier. Elle s’appelle Vive TV, elle est faite par les gens des quartiers, et elle est soutenue par les pouvoirs publics dans un pays où l’on a compris qu’on ne changera pas le monde si on ne change pas la télé : le Venezuela.

Publié dans CQFD n°16, octobre 2004.






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