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CQFD N°016


APPEL D’OFFRE

AUX MARCO POLO DU RMI

Mis à jour le :15 octobre 2004. Auteur : Nicolas Arraitz.

Un chômeur n’est pas forcément un perdant, encore moins un ignorant. Mieux : un chômeur qui ne veut pas être réduit à la figure statique et statistique du mort de faim se doit de développer une pensée stratégique. Pire encore : un chômeur qui ne veut pas seulement survivre a besoin de complices à la fois pratiques et théoriques. Voilà pourquoi je lis et je fréquente les bars.

À une association culturelle qui sollicite une subvention pour donner des cours de théâtre aux RMIstes, une fonctionnaire du conseil général des Bouches-du-Rhône rétor-que : « Les RMIstes n’ont pas besoin de s’épanouir, mais de retourner bosser ! » Ce cri du cœur d’une femme de gauche est à mettre en parallèle avec la récente trouvaille d’un ministre de l’Intérieur de droite : la création d’une brigade spéciale (regroupant gendarmerie, police et douanes) pour lutter contre l’économie informelle. De droite et de gauche, les portes se referment autour de la moindre activité jugée inutile ou illégale par le capitalisme dans son ultime phase totalitaire, euh… pardon, globale. Haro sur les chemins de traverse. Aucune alternative ne sera tolérée. Qui ne peut exploiter les autres doit se soumettre à l’exploitation. Et là non plus, pas question de s’épanouir. Selon un sondage du Journal du Management, seulement 11 % des Françaises et 8 % des Français ne se font pas chier au turbin. « Toujours pas de plaisir au travail », titre ce canard de gagneurs. L’évolution darwinienne mènerait-elle fatalement les descendants des chasseurs-cueilleurs-batifoleurs d’avant le néolithique au fond de cette triste impasse peuplée de peine-à-jouir ? Au moyen-âge, pour échapper à l’immobilité du servage, des individus ignobles, ou en tout cas non-nobles, se sont lancés dans l’aventure d’une activité alors méprisée : le commerce. Au départ humble et marginal, ce rapport au monde qu’est l’activité marchande s’est imposé aujourd’hui à la planète entière comme unique système valide. Monolithique et antisocial, il a besoin de s’ap-puyer, comme l’Ancien Régime à l’époque de sa décadence, sur des féodalités de plus en plus brutales. Il faut alors se demander qui seront les nouveaux aventuriers capables d’ouvrir des brèches vers une existence plus libre que celle du citoyen-consommateur, vers une activité moins aliénée que le travail. Et où se situent leurs champs d’expérience.

« Où commence la richesse ? », titrait Le Figaro il y a quelques jours. Bonne question. La réponse convenue est bien sûr : dans un gros compte en banque. Mais pourquoi ne pas avoir posé aussi la question aux Africains ? Leur réponse aurait été sans doute plus riche… en enseignements. Là-bas, après avoir longtemps versé des larmes de crocodile sur les famines, le sida et les guerres, les humanitaires et les coopérants cachent de plus en plus mal leur agacement face à la prétendue passivité des autochtones. Car cette force d’inertie de la société locale prive les banques et l’industrie du sang frais dont elles ont un besoin toujours croissant. L’argent, les échanges, l’activité et les liens sociaux empruntent souvent des circuits qu’elles ne contrôlent pas : voilà ce qu’elles appellent sous- développement. Et c’est peut-être là que germent certaines de nos solutions : dans l’ébauche d’une richesse sociale. Plus près d’ici, les joyeux drilles de Yomango proposent le vol à l’étalage comme alternative à l’acte d’obéissance qu’est l’achat dans les grands centres commerciaux. Se présentant comme la franchise d’une marque à la mode, ils ont organisé des défilés de mannequins dans les rues commerçantes de Barcelone, en pleines soldes. Leurs modèles, vêtus d’habits arborant des poches en forme de bouches voraces et armés de fourchettes géantes, provoquèrent un sympathique chaos, mis à profit par de nombreux clients en quête de bonnes affaires (voir pages centrales et leur site, www.yomango.net).

Encore plus près, les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) ont le vent en poupe. À leur niveau et à leur rythme, elles court-circuitent la grande distribution et l’industrie agroalimentaire en mettant en relation directe paysans et consommateurs. Rien de radical dans leur posture, mais ça a bon goût et c’est avantageux. L’action des faucheurs d’OGM (noctambules et autres) est complémentaire de ce type d’association terre-à-terre, horizontale et en réseau. En tout cas, c’est plus concret que les nostalgies fumeuses d’Attac au sujet d’un État juste et protecteur qui n’a jamais existé que dans leurs rêveries de fonctionnaires. Il faudrait fédérer les pratiques dissidentes sans se soucier de les faire cadrer dans la légalité des propriétaires du monde. Il ne s’agit pas seulement de « réagir contre », mais d’explorer des pistes qui nous permettent de bien vivre. Et même s’il n’est pas toujours possible de rendre publiques nos recettes sans risquer de les éventer, il serait bon d’échanger et de faire circuler nos expériences. Ceci est un appel à contribution. La ligne de partage actuelle passe, bien plus qu’entre prolos et patrons, entre ceux qui se résignent à être esclaves des choses (qu’ils soient milliardaires ou smicards) et ceux qui refusent de se laisser traiter comme des choses. Aventurier de la précarité cherche bonne vie. « Parce que je le vaux bien. »

Publié dans CQFD n°16, octobre 2004.






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