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CQFD N°017


L’IMMOBILIER EN TERRITOIRE OCCUPÉ

LE BULLDOZER OU LE PLACARD POUR LES PALESTINIENS

Mis à jour le :15 novembre 2004. Auteur : Yannick Estienne.

La « question palestinienne » a plus que jamais les honneurs de l’actualité : absence d’Arafat, plan Gaza de Sharon, Bush II, bombardements, attentats… Ce fracas permanent masque la routine de la répression, marquée par les destructions de maisons et les incarcérations arbitraires. Entre barreaux et gravats, état des lieux.

La disparition d’Arafat et la réélection de Bush ont beau plomber un peu plus encore la situation des Palestiniens, il n’est pas sûr que ces événements présentent pour eux le même caractère d’urgence que les bulldozers. Car les destructions de maisons ne visent pas que les familles de « kamikazes », contrairement à ce que laissent croire les officiels israéliens. Les chenilles des Caterpillar (marque suisse) font aussi voler en poussière les habitations des prisonniers politiques, qu’ils soient combattants ou simples militants. Selon un rapport d’Amnesty International publié en mai dernier, plus de trois mille maisons ont été pulvérisées depuis le début de la deuxième Intifada en septembre 2000. Et cela continue à un rythme accéléré, à raison de plusieurs dizaines de ruines par semaine. Bethléem, camp de réfugiés de Deisha. Ici, trois maisons de prisonniers ont été rasées en un mois. Devant les gravats de la sienne, Nagy raconte comment procèdent les militaires. Ils débarquent en trombe la nuit vers une heure du matin, plastiquent un mur, pénètrent dans la maison M-16 au poing et donnent quelques minutes à ses occupants pour quitter les lieux. Les voisins sont évacués et la maison dynamitée. Le tout en quelques dizaines de minutes, avec une minutie toute professionnelle. Cette utilisation efficace de la terreur d’État semble porter ses fruits. Désormais, dès qu’un de leurs membres est arrêté, certaines familles préfèrent quitter leur maison plutôt que de vivre dans l’angoisse de la voir sauter. Le choix de rester ou déménager - mais où ? - concerne désormais une large partie de la population, tant les incarcérations sont fréquentes et arbitraires. La détention administrative permet sans jugement de jeter au violon le premier malchanceux venu pour une durée de six mois renouvelable. Résidu des « ordres militaires » émis par les Britanniques du temps de leur protectorat, elle agit comme une menace permanente. Le placard à longue durée en est une autre. À Tulkarem, le fils d’Abu Shama a pris quatre ans pour avoir jeté des pierres et arboré le drapeau palestinien.

La politique du bull et du placard n’épargne pas les enfants. Au 27 septembre, ils étaient 391 à croupir dans les prisons israéliennes. La plupart (40 %) y sont pour jet de pierres, d’autres parce qu’ils ont un père considéré comme activiste [1]. Les variations climatiques de la communauté internationale n’ont jamais rien changé au sort des gamins enfermés, que ce soit « chez eux » par les check-points et le mur de l’apartheid, ou en Israël derrière les barreaux. À Tura, à l’ouest de Jénine, le père d’un adolescent de 15 ans, déficient mental, raconte l’arrestation de son fils. Il avait, « par jeu », jeté des pierres sur la clôture électrifiée qui cerne la Cisjordanie. Les jeeps ont déboulé sur le champ. « C’est un malade mental, ça se voit. Quelle menace peut-il bien représenter ? On est resté sans nouvelles pendant un mois. On a demandé à une association de fournir à l’armée un certificat prouvant qu’il est malade. Depuis qu’il a été relâché, il fait des cauchemars et des crises de panique dès qu’il voit un uniforme. Il a été battu en prison. Un handicapé mental, un gosse ! » C’est déjà bien de la chance que sa maison n’ait pas été rasée. Pour les tireurs israéliens, le Palestinien est une cible potentielle dès l’âge de 12 ans [2] C’est donc en bonne logique que les autorités incarcèrent des mômes qui n’ont pas fini de grandir et qu’elles les placent avec les adultes ou en isolement, voire avec des droit commun israéliens. La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) rappelle qu’il est « légal, sous certaines conditions, de torturer en Israël ». C’est ce que semble confirmer une jeune fille de 16 ans rencontrée à Hébron. Il y a deux ans, elle a été emprisonnée pendant quatre mois : « Ils m’ont forcée à me déshabiller. Puis ils m’ont mise à l’isolement. Je n’ai pu voir ni ma famille ni un avocat. Dans ma cellule il faisait froid, il y avait des cafards. La nourriture était infecte, je n’arrivais pas à manger tellement ça puait. » Pour résister, elle a entamé une grève de la faim alors qu’elle ne pesait déjà plus que 35 kg.

Entre le 15 août et le 2 septembre, plus de trois mille prisonniers politiques, soutenus par leurs familles, ont suivi à leur tour une grève de la faim. Parmi leurs revendications figuraient l’arrêt des brutalités commises par les surveillants, des périodes d’isolement moins longues, un accès aux soins, le droit aux visites des familles, des conditions sanitaires et une alimentation décentes. L’ampleur de ce mouvement a pris l’administration au dépourvu et a permis de lui arracher quelques concessions. Un succès remarquable, si l’on considère le mépris avec lequel est généralement traitée toute revendication palestinienne, fût-elle humanitaire. Mais les mauvais traitements se poursuivent et l’État israélien continue d’édicter ses propres règles en dehors des normes internationales. Ainsi, bien que l’état de guerre soit proclamé, le statut de « prisonnier politique » n’est toujours pas reconnu aux Palestiniens. Le CICR, soumis au bon vouloir de la puissance occupante, mais censé tenir à jour une liste des incarcérés, peine à dissimuler son impuissance. Selon un rapport de la FIDH, 20 % de la population palestinienne a fait de la taule en Israël. Compte tenu des conditions de séjour qu’elle y trouve, il n’est pas surprenant que certains en sortent fous de rage. Sur les 15 000 Palestiniens détenus dans les geôles israéliennes durant la seule année 2003 (chiffre de la Croix-Rouge), combien viendront garnir le bilan de la « lutte contre le terrorisme » ? La politique israélienne crée des armes de destruction autrement plus massive que celles que Bush aurait aimé trouver en Irak. Mais leur fabrication reste plus que jamais autorisée, et même encouragée.

Publié dans CQFD n°17, novembre 2004.


[1] Le « Club des prisonniers » recense régulièrement des témoignages sur ces pratiques (www.nord-palestine.org).

[2] Comme l’a confié un sniper à la journaliste israélienne Amira Hass : « À 12 ans ou plus, on a le droit de tirer, c’est ce qu’on nous a dit. » (Correspondante à Ramallah 1997-2003, La Fabrique, 2004)





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> LE BULLDOZER OU LE PLACARD POUR LES PALESTINIENS
HUMAIN | 5 septembre 2005 |
Comment réagir ou compatir sans que sa propre opinion ne soit travestie en Antisemitisme. L’opinion Israélienne ne vous “autorise” aucune sensibilitée envers les palistiniens sans que l’on vous considère comme partisant du mal. Je ne prône ni les actes terroristes ni l’occupation et l’humiliation d’un peuple, mais l’hypocrisie de l’etat Israélien à convertir un peuple oprimés en peuple vengeur dans le seul but d’en faire un pretexte de “pseudo-defense” devant le monde entier me laisse perplexe face retraits des colonnies juifs des territoires occupés, n’y aurait t’il pas un “loup” la dessous. Le gouvernement Israelien n’aurait il pas prevue de se retirer temporairement pour y revenir plus intenssement… J’espère que les pays voisins comme l’Arabie Saoudite et autres richissimes états réaliseront toute l’importance d’une mobilisation à aider les palestiniens à recontruire ce qu’on leur à detruie. Il y en a tant qui éspèrent l’émancipation de la Palestine, tout comme il y en a tant qui attendent leurs échec.. !
 

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