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CQFD N°017


LE MONDE MERVEILLEUX DES COLONIES

LES TONTONS MACOUTES DE « PAPA NOËL »

Mis à jour le :15 novembre 2004. Auteur : Olivier Cyran.

Pour s’accrocher au pouvoir, Gaston Flosse n’utilise pas que l’argent et l’amitié de Chirac (pléonasme). Il se sert aussi du Groupe d’intervention de Polynésie, une milice chargée de ses basses œuvres. Filatures, écoutes téléphoniques, traquenards en bas résille, destructions d’archives… L’histoire vaut son pesant de république.

On raconte qu’en juin dernier, quelques jours avant la prise de fonction de l’indépendantiste Oscar Temaru, une épaisse fumée noire se dégageait des jardins de la présidence. La rumeur disait que c’était Gaston Flosse, roitelet sur le départ, qui se dépêchait de détruire ses papiers compromettants. Pour une fois, la rumeur avait raison. Le 7 octobre, au cours d’une conférence de presse à Papeete, le nouveau chef du Groupe d’intervention de Polynésie (GIP), Robert Maker, a déballé toute l’histoire. C’était le 5 juin. Ce jour-là, raconte le gradé, « un agent du GIP a diligenté une opération de destruction de toutes les archives. Ils ont creusé un trou derrière la présidence, dans la pépinière, et ont fait brûler les documents pendant deux jours ». Sans doute que durant ces 48 heures a brûlé une bonne partie des traces laissées par la vertigineuse corruption du système Flosse (voir en dessous). Rattaché directement à la présidence, le GIP a toujours été considéré à Tahiti comme la milice personnelle de « Gaston ». Fort de 722 agents et d’un encadrement de spécialistes en barbouzeries (dont un colonel à la retraite du GIGN), il représentait depuis vingt ans une hantise quotidienne pour quiconque était mal vu au palais. Ses coups fourrés ont suscité d’innombrables légendes, sans que l’on ait jamais pu déterminer leur nuisance réelle, ni encore moins imaginer qu’ils s’interrompraient un jour. Jusqu’à ce fameux 23 mai 2004, quand, à la stupéfaction générale, les indépendantistes du Tavini décrochent la majorité aux élections territoriales. Du jour au lendemain, cette miette d’empire colonial devenue zone franche de la chiraquie bascule du côté où elle n’était pas supposée tomber. L’épisode ne durera que quatre mois et demi, le temps nécessaire à Flosse pour organiser l’achat d’un élu indépendantiste et d’imposer son retour sur les planches.

Mais durant ces quatre mois et demi, du 23 mai au 9 octobre, les langues ont eu le temps de se délier. Doté d’un nouveau patron, proche de Temaru, le GIP n’a pas échappé au « taui » (changement). Et d’anciens agents se sont mis à vider leur sac. C’est auprès de Tahiti Pacifique, seul journal local à échapper à la main-mise de Flosse, que l’un d’eux est passé aux aveux. Publié dans le numéro d’octobre du mensuel, son récit ressemble à un roman d’espionnage mal pastiché. Le repenti révèle tout d’abord que le GIP abritait une cellule de services secrets, créée après les manifestations anti-essais nucléaires de septembre 1995, et dirigée par un adjudant-chef de la DGSE, Félicien Micheloni. Cette cellule servait à espionner, prendre en filature, mettre sur écoute et parfois piéger les ennemis réels ou imaginaires de Flosse : opposants politiques (dont bien sûr Oscar Temaru), militants associatifs, proches du président tombés en disgrâce, journalistes non inféodés à la présidence… On imagine l’effarement du directeur de Tahiti Pacifique, Alex du Prel, lorsqu’il apprend de si bonne source qu’il a lui-même fait l’objet d’une surveillance étroite. Mais le pied-nickelé chargé de le fliquer s’est fait repérer par une de ses filles alors qu’il tentait de pénétrer dans son bureau. « Je devais prendre des photos et ramasser des documents, raconte l’espion. J’étais avec Félicien, qui était muni de lunettes infra-rouges. Lorsque j’ai demandé à Félicien si on y retournerait le week-end après notre échec, il m’a répondu que ce n’était pas la peine, car c’était fait ! » Du Prel a aussi été « suivi dans la rue et au restaurant », sous l’œil d’une caméra miniature cachée dans un sac. Comme on s’en doute, les agents du GIP tournaient comme des mouches autour du Tavini. La gorge profonde de Tahiti Pacifique se souvient avoir infiltré un rassemblement indépendantiste en 1999 : « Un micro de très haute puissance était fixé sur mon épaule et le fil descendait jusqu’à la poche du short. On entendait tout de la “maison blanche” [ancienne Présidence]. Même les chuchotements étaient perçus. Des gars étaient à la poste dans un des bureaux pour prendre des photos. »

Un soir, notre agent est appelé au domicile d’une militante qui dînait à l’extérieur. « Félicien a posé les micros chez elle pendant que je faisais le guet, un micro auprès du téléphone et un dans la chambre à coucher. Le camion banalisé qui enregistrait tout était parqué près du magasin dans le virage. Pour neutraliser les chiens, Félicien avait toujours sur lui un flacon d’urine de chienne en chaleur. Il en a versé un peu sur un coussin et les chiens étaient occupés. Cette filature a duré, pour ce qui me concerne, six semaines. Après, je ne sais pas si elle a continué. » Les hommes de main de Flosse utilisaient volontiers aussi l’outil le plus éprouvé qui soit, le pistolet rose. Selon notre affranchi, le GIP avait monté une cellule de quatre espionnes aguicheuses, « chargées éventuellement de coucher avec leur victime ». Si elles refusaient de s’allonger dans l’intérêt supérieur de la patrie, elles étaient virées. « Un lieu était spécifié pour accomplir ces missions : trois chambres réservées à l’année à l’hôtel Prince Hinoï, précise Alex du Prel. Elles étaient équipées de caméras et de micros reliés à un émetteur fixé sur le toit de l’hôtel, qui transmettait en direct vers Motu Uta [siège du GIP], une installation d’ailleurs découverte en 2003 par des services de l’État, à leur grand étonnement. » Dans le même registre, poursuit du Prel, Flosse « faisait même suivre ses anciennes maîtresses », histoire de flairer l’identité de leurs partenaires. Le roitelet n’a-t-il pas dit, lors de son come-back le 22 octobre, qu’il était un « bon Papa Noël » pour ses sujets ?


Même les truands jugent Gaston Flosse « pas correct »

Les socialos n’ont pas tort de décrire Gaston Flosse comme le champion des corrompus. Mais ils se réveillent un peu tard. En vingt ans de pouvoir, jamais le roitelet n’a eu à répondre pour de bon de son système de pillage. Ce ne sont pourtant pas les mises en examen qui ont manqué : « trafic d’influence », « corruption passive », « faux et usage de faux », « prise illégale d’intérêts »… À quoi s’ajoutent une ribambelle de plaintes pour emplois fictifs, déclaration frauduleuse de patrimoine, détournements de fonds publics à usage privé, recel d’abus de biens sociaux… À chaque fois, le richissime « cousin de Chirac » a été miraculeusement sauvé par le gong. Non-lieu ici, amnistie par là, et ça repart pour un tour. La gauche s’en battait les flancs. Hombo se souviendra longtemps de l’impunité de père Ubu. Dans les années 90, ce Tahitien chinois tenait des tripots clandestins sur la commune de Pirae. À ce titre, il était prié de filer des enveloppes au Tahoeraa, le parti de Flosse : 2,5 millions de francs au total. « En échange, Gaston m’avait promis un bon emplacement sur le port de Papeete, expliquait Hombo en 1996. Mais au moment de tenir sa promesse, il a refilé la place à un autre. Je m’étais fait avoir. On peut être malhonnête, mais il faut rester correct. Gaston n’est pas correct. » Révulsé, Hombo balança l’histoire sur Radio Tefana, la radio des indépendantistes, mais à Tahiti on en voit d’autres, alors il s’en remit à la justice « de son pays », là-bas, à Paris. Il savait qu’il y perdrait son business, mais c’était le prix à payer pour coincer « Gaston ». Il manqua de peu son pari. Mis en examen pour « complicité de tenue illicite d’une maison de jeu de hasard », Flosse fut condamné en novembre 1999 à deux ans de prison avec sursis et un an d’inéligibilité. Mais la Cour de cassation s’empressa de le rétablir dans ses droits. Hombo a perdu ses tripots, mais Flosse est toujours président.

Publié dans CQFD n°17, novembre 2004.






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LES TONTONS MACOUTES DE « PAPA NOËL »
| 6 mars 2006 |
o erika, erika…… LES TONTONS MACOUTES DE « PAPA NOËL »
Érika | 27 février 2006 | Tahiti presse
Bravo pour votre article. Mais les choses ne sont pas encore finies. Oscar Temaru, président de la Polynésie, s’est enfin décidé à dissoudre ce groupement le 11 janvier 2006. Il était temps parce que depuis 2004, nous vivons au rythme de leurs colères : blocage de la ville et paralysie totale de l’économie. Une année, ils ont même empêché les rotations des bateaux dans nos îles (elles sont vitales ici). Toujours est-il que le gvt continue à traiter avec Rere Puputauki (ancien leader) qui n’accepte pas la nomination du nouveau chef de la flotille administrative. Comment se fait-il que ce monsieur conserve autant de droits ? Je rappelle qu’il s’agit d’un groupe relevant de la fonction publique ! > LES TONTONS MACOUTES DE « PAPA NOËL »
| 25 avril 2005 |
Les choses paraissent vraiment trop simples dans votre article. Ce Félicien (s’appelle t il ainsi ? ) est le bouc émissaire parfait, quand au repenti, quelle belle preuve d’abnégation et de sacrifice de lui-même ! > LES TONTONS MACOUTES DE « PAPA NOËL »
micheloni | 18 avril 2005 |
Il semblerait que vos infos soit un peu erroné et que votre informateur le mister prel soit un grand phantasmeur ou soit qu’il abuse un peu trop du paka les soir de solitude au fond de sa cocoteraie. Pour l’instant les investigations ne donne pas le même résultat.
 

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