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CQFD N°017


HÉTÉROS FACHOS ?

IMPÉRATIF DE BRANCHITUDE

Mis à jour le :15 novembre 2004. Auteur : Pascal Renaux.


Le mouvement queer, qui se propose de repolitiser l’homosexualité en lui rendant son tranchant subversif, se trouve aujourd’hui bien marri. TF1 s’est emparé du signifiant pour l’accoler à une émission où cinq homos, forcément branchés, prennent en charge un hétéro, forcément ringard, pour le transfomer en un hybride qui révèle l’équivalence des contraires. Autrement dit : que les hétéros branchés sont aussi ringards que les pédés qui se prétendent tels. Parole de snob, me répliquera-t-on. Certes, mais la différence entre le snob et le branché, c’est que le snob ne crache pas sur les ploucs. Il les prend comme ils sont, si possible il couche avec, mais il ne cherche pas à changer l’autre, puisque c’est justement la plouquerie du plouc qui cause son désir. Théoriquement, le vrai snob est donc de gauche, puisque son désir le porte à désirer l’autre tel qu’il est. Branchitude et droiture, pour ne pas dire droite dure marchent de pair, comme en atteste cette vague de normalisation par l’impératif catégorique de branchitude que l’on nous sert à toutes les sauces. Si vous n’êtes pas cool, vous ne valez plus rien. Le premier exemple qui me vient à l’esprit, c’est évidemment le magazine Têtu. Leur message n’est pas très difficile à décrypter : quiconque ne travaille pas à la jouissance n’a droit à aucune crédibilité. Ceux qui font jouir les oreilles, aujourd’hui, ce sont les DJs, auxquels les branchés vouent un culte irraisonné. Ceux qui appareillent les corps, ce sont les stylistes, les maquilleurs, les coiffeurs, détenteurs d’un bon goût devant lequel on se prosterne. Ceux qui veulent faire jouir vos yeux se comptent désormais à la pelle : qui ne désirerait travailler pour la télévision ou pour le cinéma ? C’est comme si les « artistes », comme certains osent eux-mêmes se définir, avaient pris le pouvoir.

Il n’y a pas pour autant de société du spectacle. Le seul spectacle qui vaille est celui d’une soumission toujours plus soutenue, dont la récompense relève moins du champ esthétique que moral. Lorsque nos cinq compères de « Queer » contemplent le résultat de leur travail sur l’écran de télévision qui projette les retrouvailles de l’homme castré et de sa bourgeoise, ils éprouvent avant tout une satisfaction morale à l’idée d’avoir réussi leur « mission » : la brebis égarée a été ramenée dans le droit chemin. Celui d’une branchitude qui se rêve déviante, décalée, alternative, alors qu’elle ne songe qu’à réduire l’écart, la marge, le délire. Il faut donc se montrer plus pervers que le pervers et remettre ces branchés à leur place. S’ils sont méprisants, arrogants, impolis, c’est qu’ils sont mal éduqués. Et pourquoi ? Parce que les profs autant que les parents n’ont aucune crédibilité, eux non plus : ils ne travaillent pas à la jouissance de l’autre mais la contrecarrent. Lorsque l’enfant se met à brailler, c’est déjà le discours du maître, futur branché, qui se fait entendre, et ses géniteurs sont condamnés d’emblée à ne pas être cools. L’apologie de la cool-attitude par une certaine frange de la gauche Paris Plage pose problème. S’il s’agit de se distinguer d’une droite supposée rigide, pourquoi lui reprochent-ils sa politique de dérégulation et de marchandisation, alors qu’ils l’appliquent eux-mêmes à la jouissance ?

Publié dans CQFD n°17, novembre 2004.






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IMPÉRATIF DE BRANCHITUDE
david | 12 septembre 2007 |

Bonjour,

Les pédés ne sont pas responsables de la marchandisation des corps, de la branchitude ou de la dictature de la beauté.

Parler d’une minorité (dans le cas présent les pédés) pour évoquer un « problème de société » (la société du spectacle, la dictature de la branchitude…), laisse toujours un goût amer car ces problèmes concernent d’abord la société majoritariement hétérosexuelle.

Les homos sont enfermés dans une image dans laquelle la majorité hétéro aime les voir : le gay sympas, styllé, mignon, coiffeur, qui aime faire la fête avec ses copines… Beaucoup d’homos n’ont pas conscience de celà et se conforment à l’image que la société leur renvoie.

La société majoritaire aime mettre les « minorités » dans des cases : les noirs ? des footballeurs, des chanteurs ou des exciseurs. Les arabes ? des religieux musulmans, des rappeurs ou des délinquants. Les pédés ? des coiffeurs, présentateurs de télé et fashion victim. Les gouines ? des camionneuses ou des artistes. Les trans ? Des peoples sur les couvertures de magazines ou des prostitué-e-s.

La majorité est rassurée de voir que la minorité est bien à sa place, on peux ainsi la contrôler, savoir ce qu’elle fait et où elle se trouve, on peux ainsi éviter que ces « déviant-e-s » ne remettent en cause l’ordre moral, l’ordre social et les codes traditionnels.

Vous n’avez pas l’air d’en avoir conscience, dommage. En tant que pédé, votre article me gêne.

Merci de votre attention.

David

 

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