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CQFD N°017


DE LA PRISON FERME POUR UN ANCIEN OUVRIER

LA JUSTICE JOUE LES POMPIERS POUR L’USINE DAEWOO

Mis à jour le :15 novembre 2004. Auteur : Catherine L..

Au terme d’une enquête bâclée et d’un procès délirant de partialité, un ancien ouvrier de Daewoo a été condamné à un an et demi de prison ferme pour avoir mis le feu à son usine. Tout indique pourtant que les seuls bénéficiaires de l’incendie sont les dirigeants mafieux de la boîte. Qui, eux, courent toujours.

Le 12 octobre, le tribunal de Briey (Lorraine) a rajouté un nom à la liste judiciaire des boucs émissaires : Kamel Belkadi, ancien ouvrier de Daewoo jugé coupable d’avoir mis le feu à son usine. La main de la justice a parfois des doigts de dentellière, par exemple lorsqu’elle soupèse les prébendes distribuées par un ancien Premier ministre. Mais lorsqu’elle empoigne un gréviste, elle a des phalanges d’acier : trois ans de prison, dont dix-huit mois fermes. Et en prime, 30 000 euros de dommages et intérêts. Un mois plus tôt, à l’audience, on avait entendu le procureur et la présidente lâcher des commentaires fleurant bon la province de Balzac. On se croit dans un autre temps et l’on est dans un autre monde, celui d’une petite sous-préfecture rurale de l’est de la France où la CGT n’existe dans l’imaginaire d’un tribunal qu’avec un couteau entre les dents et la menace du goulag pour les indisciplinés. Quand on connaît l’état peu enviable de l’union locale de Longwy, le peu de militants qui restent, l’abandon dont elle fait l’objet de la part de l’union régionale et de la fédération de la métallurgie, sans parler de la confédération, il y a de quoi rigoler [1]

Les fantasmes étalés au tribunal illustraient non seulement le bon vieux mépris de classe de la bourgeoisie locale, mais aussi la vertigineuse méconnaissance que la magistrature a de la société, des organisations syndicales et de la vie ouvrière. En déférant Kamel devant un tribunal correctionnel, au lieu de l’envoyer aux assises comme le prévoit l’accusation d’« incendie volontaire », elle avait montré par avance qu’il lui importait peu de connaître le coupable. Un incendie volontaire, aux assises, ça peut aller chercher dans les dix à quinze ans de réclusion criminelle. En comparaison, le réquisitoire du procureur faisait presque pâle figure. Manifestement, il s’agissait de tenir un coupable - même innocent - plutôt que d’établir la vérité des faits. L’origine de l’affaire remonte à 1987, quand le PDG de Daewoo, Kim Woo Chong, décide d’implanter - on ne disait pas encore « délocaliser » - des usines en Lorraine. Confondue de gratitude, la France lui enfourne dans le bec 40 millions d’euros de subventions publiques. Le PDG se voit même accorder la nationalité française et la légion d’honneur pour services rendus à la patrie. Son intégration au pays du Medef prend aussitôt un virage spectaculaire : ouvriers dressés à la baguette, opérations bancaires opaques au Luxembourg, non-paiement de l’Urssaf pendant dix-huit mois… En Corée, les affaires du bonhomme lui vaudront des poursuites pour détournements de fonds et abus de biens sociaux. En Corée, mais pas en France. Car bien que faisant l’objet d’un mandat d’Interpol, Kim Woo Chong coule sur la Côte d’Azur des jours paisibles. Il y serait toujours à l’heure qu’il est. La France n’est pas une ingrate… Entre-temps, une fois bien rassasiée en subventions, la direction du groupe liquide l’une après l’autre ses implantations lorraines. En décembre 2002, c’est au tour de l’usine de Mont-Saint-Martin, à Longwy, de passer à la trappe. Il faut dire qu’elle avait accumulé une dette de plus de 19 millions d’euros. Les salariés entament une lutte acharnée. Sous l’égide d’une intersyndicale (CGT, CFTC, FO), ils occupent l’usine pour obtenir un plan social décent. Le 23 janvier 2003, alors que des négociations sur un plan social préventif sont engagées depuis deux jours, un incendie détruit la partie de l’usine où étaient entreposés les stocks de tubes cathodiques, que les salariés considéraient comme leur « trésor de guerre ». D’après un rapport d’expertise commandé par le Comité d’entreprise, l’usine de Daewoo-Orion servait en effet de pompe à fric à la maison-mère : les produits finis étaient vendus à perte aux autres filiales du groupe, notamment en Pologne. L’incendie permet à Daewoo d’accélérer la procédure de liquidation judiciaire et de s’en sortir sans débourser le moindre sou, en laissant le plan social à la charge de l’État français. Le patron actuel de Daewoo-Orion et l’encadrement retournent tranquillement en Corée sans être aucunement inquiétés.

Reste qu’il faut bien trouver un coupable. Kamel Belkadi en a le profil idéal : toujours en première ligne dans l’action, « grande gueule », maghrébin… En l’absence de tout élément matériel susceptible de l’incriminer, l’accusation se contente du témoignage incohérent d’un collègue, obtenu pendant sa garde-à-vue, et contredit ensuite par trois salariés de l’usine qui certifient avoir joué aux cartes avec Kamel au moment des faits. Rarement enquête aura été à ce point bâclée. Qui conduisait la voiture sortie en trombe du parking intérieur peu après le départ du feu ? Les témoins n’ont pas été interrogés sur ce point. L’alarme qui ne s’est pas déclenchée, les extincteurs vides, les lances à incendie défectueuses, les sprinklers (pommeaux d’arrosage) qui n’ont fonctionné que dans les zones épargnées par les flammes ? Mystère. Le minutage des enquêteurs établit par ailleurs que Kamel ne disposait pas du temps nécessaire pour commettre son prétendu forfait, sauf à passer par une porte qui, aux dires de tous, était condamnée. À l’audience, l’accusation ne s’est pas attardée sur cette énigme. Mais il y a mieux. Le matin du 23 janvier, quelques heures avant l’incendie, la direction de l’entreprise a déménagé la comptabilité de l’usine et renvoyé chez eux les salariés venus bosser jusqu’au soir. Les cadres qui devaient rester jusqu’à 22 heures étaient absents. Quant au système de surveillance, il était ce jour-là étrangement défaillant : deux gardes au lieu de quatre, avec ordre de ne pas se rendre à l’intérieur des locaux. Si l’on avait voulu savoir qui a mis le feu à l’usine Daewoo Orion, il aurait fallu, en toute rigueur, commencer par mettre en garde-à-vue les dirigeants de l’usine, les patrons et actionnaires du groupe, de même que leurs protecteurs français. Kamel a fait appel, mais il y a peu de chances que l’enquête soit rouverte. S’il avait la reconnaissance du ventre, Kim Woo Chong partagerait sa légion d’honneur avec les juges et policiers de Lorraine.

Publié dans CQFD n°17, novembre 2004.


[1] Le soutien à Kamel Belkadi s’organise autour de l’union locale CGT de Longwy, 132, rue de Metz, BP 90 173, 54403 Longwy Cedex. Tél. 03 82 24 30 48. E-mail : ulcgtlongwy@worldonline.fr. Des comités de soutien se sont créés dans plusieurs régions de France (on attend toujours un véritable soutien de la part des instances CGT, qui se sont contentées jusqu’à présent d’un communiqué en forme de minimum syndical.





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LA JUSTICE JOUE LES POMPIERS POUR L’USINE DAEWOO
linda | 4 août 2006 |
kamel n aurais jamais du faire ce qu il a fait mettre le feu apres avoir ete licencié ce n est pas bien du tout .Tous le monde le sais coupable alors arreter vos delire
 

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