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CQFD N°017


BFM, LA RADIO DE L’ÉCONOMIE

LA VOIX DE SON MAÎTRE

Mis à jour le :15 novembre 2004. Auteur : Martin Seux.


En cas d’insomnies, faites attention en zappant sur la bande FM. La bouillie libérale y est si épaisse que l’on distingue à peine le petit grumeau qui nage dedans. Ce bout de propagande, c’est BFM, « la radio de l’économie ». Au début on ne se méfie pas, on se laisse bercer par la chorale des prêcheurs psalmodiant en boucle « rentabilité », « parts de marché », « valeurs boursières », « consommateurs ». Mais quand l’ex-DRH invité ce 13 octobre vocifère brusquement dans vos oreilles - « Une société d’assistés, ça conduit à quoi ? Ça conduit à l’ex-URSS ou des pays comme ça ! » - là, vous vous réveillez pour de bon. Pauvre cadre sup’, cible de ce matraquage : il se lève sur « Good morning business », noue sa cravate avec « Business expression » et s’attable durant le « 12-14 » animé par Valérie Lescable [1], dont la bande-annonce résume la vision du monde : « Les invités du 12-14, ce sont ceux qui font la une, ce sont les stars, ceux qui font l’économie, ceux qui font la politique, ceux qui font l’international, ceux qui font la société. » Une société idéale, pétillante et totalitaire, où l’humain n’apparaît que vêtu de son trois-pièces de décideur dynamique, et dans lequel il est normal qu’un PDG gagne en un an l’équivalent de quatre siècles et demi de salaire au Smic [2]. Quand, par inadvertance, les journalistes de BFM entendent parler de ces extraterrestres qui n’ont pas de portefeuille d’actions, ils s’interrogent : comment peut-on « vivre à Paris avec 2 500 euros ? ». Plus alarmante encore, cette maladie infectieuse qui a pour nom chômage : « Et ceux qui bullent, ils ne vont pas contaminer ceux qui bossent ? » (Marc Dumas, 13/10/04). Heureusement, la société idéale est bien vaccinée. Le week-end, « Goût de luxe » lui raconte le meilleur importateur de cigares, les villas de rêve dans lesquelles il faut absolument « investir », les bons plans pour acheter une Rollex d’occase, ou bien encore, « après avoir fait la fête, comment malgré tout rester beau ».

C’est en 1992 que cette incitation permanente à la haine (celle des riches pour les pauvres, qui n’est pas passible de poursuites) a débarqué sur les ondes. BFM est la première radio privée d’information en continu à mettre le paquet sur ce que les autres font plus discrètement : la promotion exclusive des possédants et de leurs intérêts. Pendant dix ans, BFM baignera dans l’opulence, comme nous confie un ancien pigiste : « Je n’ai jamais bien compris comment une radio si petite avait de tels moyens ». Derrière cette niche croquent une multitude d’actionnaires, dont Dassault, Apax Partners et la Compagnie financière de Rothschild. Mais en juin 2002, c’est la crise, BFM dépose son bilan. Bizarrement, alors que le syndicalisme est proscrit des locaux exigus de BFM (« hormis quelques maigres lettres de la CGT et autres CFTC timidement accrochées à un mur, l’activité syndicale est presque inexistante »), techniciens et journalistes se mettent en grève pour contester le licenciement des deux tiers du personnel, alors qu’après tout, la direction ne fait qu’appliquer à la lettre les principes martelés à l’antenne. Mais voilà que le sauveur pointe son nez : NextRadio (propriétaire de RMC) apporte 3,5 millions d’euros et prend la boîte en location-gérance. Les licenciements auront lieu quand même. Quant aux coûts de production, ils sont revus à la baisse. Finis les reportages sur le « terrain », dorénavant tout se déroule en studio : on invite, on cause et on passe des coups de fil aux « grands patrons ». Lesquels, en remerciement de leurs pompes bien cirées, exposeront ensuite leur trombine dans des pleines pages de pub pour BFM [3].

Il faut dire qu’ici, on est entre amis. Exemple : « Les grands débats de l’économie » animés par Philippe Manière, rédacteur en chef de la Lettre de l’Expansion, qui badine durant deux heures avec des invités garantis « indépendants ». Tellement indépendants qu’ils paraissent loger au fond du couloir à droite, à côté de la machine à café. L’émission est réalisée avec la collaboration de l’Institut Montaigne, un machin « 100 % indépendant », aux dires de l’animateur, qui en sait quelque chose puisqu’il est l’un des directeurs du machin en question. Quand il n’occupe pas le micro, l’Institut Montaigne pond des rapports à la douzaine pour « lever les multiples obstacles qui freinent l’initiative », comme s’en flatte Claude Bébéar, son président, vieux pote à Chirac et ancien PDG d’Axa. L’insomnie s’estompe, on est prêt à quitter le cauchemar économique pour un sommeil agité quand, soudain, un petit chef d’entreprise causant de ses employés nous rappelle qu’« il y a un pourcentage des gens qu’on appelle des rebelles, qui sont des joueurs. Ces gens-là, il faut les stimuler tout le temps et si vous les laissez s’endormir, ils vous font chier, y a pas d’autre mot ».

Publié dans CQFD n°17, novembre 2004.


[1] Ancienne journaliste aux Échos, elle vient d’être nommée directrice de la rédaction de France Soir.

[2] Comme le patron de l’Oréal en 2002. Voir l’Observatoire des inégalités (www.inegalites.org).

[3] Mais BFM reste confidentielle : 1,1 % d’audience en Île-de-France en avril-mai 2004.





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> LA VOIX DE SON MAÎTRE
| 27 novembre 2005 |
Ah, que c’est beau le misérabilisme … Ah, que c’est beau les déficits, Ah, que c’est beau la misère, Ah, que c’est beau le bas de gamme, Ah, que c’est beau les pertes, Ah, que c’est beau la pauvreté, Ah, que c’est beau un délinquant, Ah, que c’est toujours la faute des autres, Ah, qu’on se sent bien entre ratés, Ah, qu’il faut surtout pas essayer de s’en sortir, Vive l’Union Soviétique et le collectivisme, un exemple pour le monde entier … et qui a si bien fait le bonheur de l’homme ! > Pourquoi il faut écouter la radio BFM plutôt que la détruire
jo | 28 novembre 2004 |

Attention, il ne faut surtout pas tirer sur la radio BFM. Je m’explique :
- Je suis d’accord, cette radio est la radio de la consommation, la voix des patrons, la radio de la bourse.
- C’est une radio intérressante pour ceux qui boursicotent, les patrons… Donc cette radio leur apportent des informations exactes et non des informations édulcorées comme sur les radios publiques. Ces informations sont le plus exactes possibles pour servir les patrons et autres adorateurs du capital.
- Sur cette radios, les journalistes posent des bonnes questions et arrivent à faire parler les invités (patrons, éconnomistes), et là, ils se laches, car ils ne se méfient pas et là on peut justement entendre des quantités d’horreurs qui nous sont cachées sur les autres médias.
- J’ai plus appris sur BFM en 1 mois que sur France-Info en 1 an.
- Il faut savoir lire entre les lignes en écoutant cette radio.

Pour connaître son ennemie, il faut avoir des informations sur lui. BFM est une très bonne source d’information pour la lutte anti capitalite, donc il faut à priori la laisser en paix et surtout ne pas trop lui faire de publicité.
- Par contre il faudrait élaborer une cellule de veille stratégique sur cette radio. L’objectif serait de décripter les informations et de la retranscrire en terme d’information interressante pour la lutte sociale. Je vous donne un exemple : sur cette radio j’ai appris que l’Europe s’apprète à accepter l’introduction des OGM dans l’alimentation, alors que sur France-Info ont nous parle que du procès des faucheurs des champs OGM. 

Pour la lutte sociale, il nous faut de l’information brute, seule BFM nous la donne. Les autres médias nous donne une information complètement filtrée et manipulée. Cette radio permet de souligner ce contre quoi il faut lutter.

J’espère que vous avez le sens de ma démarche. Je suis prêt a travailler sur l’analyse des info de cette radio à mes heures perdues et si cela vous intéresse.

Jo

 

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