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CQFD N°017


CHRONIQUE DE GUERRE

DROIT D’ASILE AU JARDIN PUBLIC

Mis à jour le :15 novembre 2004. Auteur : Jean-Philippe Turpin.


Le 17 juin 1999, la « mahala » de Mitrovica était vidée de ses sept mille habitants. Ce quartier rom, le plus grand du Kosovo, fut rasé par l’UCK, l’armée albanaise de libération, sous le regard des soldats de l’OTAN. L’entrée des forces internationales au Kosovo avait permis aux extrémistes albanais de s’en donner à cœur joie. Leurs griefs envers les Serbes avaient tourné en rage aveugle contre toutes les minorités, dont les roms. Le retour des réfugiés albanais expulsés quelques semaines plus tôt par les milices serbes coïncida avec le départ de tout ce qui n’était pas « purement » albanais. Cinq ans plus tard, les 17 et 18 mars 2004, après que les medias albanais eurent dénoncé à tort l’implication de Serbes dans la noyade de trois enfants albanais, des ratonnades eurent lieu dans l’ensemble du Kosovo : 20 morts, 4 500 personnes en fuite, des centaines de maisons brûlées. Si la plupart des victimes étaient serbes, les roms n’ont pas été épargnés. Ces deux épisodes illustrent le processus de discrimination raciste qui se développe au Kosovo depuis ce que l’on appelle à tort la « fin » de la guerre en ex-Yougoslavie. Il n’est pas sûr que l’arrivée au pouvoir du « modéré » Ibrahim Rugova change réellement la donne : pour les minorités, son gouvernement n’a aucune légitimité. Accusés de complicité avec les Serbes, les « Madjpupi » (désignation péjorative des roms) sont toujours indésirables au Kosovo. De toute façon, la majorité de leurs maisons ont été détruites. Réfugiés « internes », ils vivent de manière plus que précaire dans des camps et des enclaves serbes vaguement protégées par l’OTAN. La situation n’étant déjà pas brillante pour les Albanais eux-mêmes (chômage, pauvreté, etc.), on imagine aisément la taille des miettes laissées aux roms. Depuis 1999, les trois quarts de leur population ont donc choisi l’exil.

C’est dans ce contexte que la famille Kosolski arrive en France pour demander l’asile politique. La chance les conduit dans une ville qui prend en charge l’hébergement des demandeurs d’asile avec enfants. Les Kosolski répondent largement aux critères, puisqu’ils en ont huit… Mais la réponse de la DDASS a été très claire : « On ne peut pas, parce que ce sont des roms. » Même les services sociaux supposés prendre en charge l’accueil des demandeurs d’asile véhiculent le stéréotype du rom nomade et non civilisé, dont les besoins seraient infiniment plus modestes que ceux des gens « normaux ». Le nomadisme ? Au Kosovo, ça fait plus de sept siècles que les roms habitent dans des maisons, et la plupart d’entre eux n’ont jamais vu une caravane. Les Kosolski se sont donc installés dans un parc public, jusqu’à ce qu’un couple parlant romani, et vivant lui-même dans un deux-pièces insalubre avec deux enfants, les héberge par solidarité. Ce n’est que deux mois après leur arrivée, et au terme de longues discussions avec les associations, qu’un logement a pu leur être proposé. Mais de là à obtenir le statut de réfugiés, il reste encore un pas très incertain à franchir… Indésirables au Kosovo, ils ne le sont guère moins au pays du droit d’asile.

Publié dans CQFD n°17, novembre 2004.






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