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CQFD N°018



TOUS AU CHÔMAGE !

Mis à jour le :15 décembre 2004. Auteur : Le bouledogue rouge.
QUI VEUT UN JOB À 1 EURO DE L’HEURE ? C’EST PAS NOUS ! C’EST PAS NOUS !

« Car ils ne savent pas qu’à force de ne pas travailler, ils ne travailleront plus du tout… Ils seront tous au chômage ! » À quelques jours de Noël et les poches déjà pleines de cadeaux gouvernementaux, le patronat français continue à se faire de la bile. Serge Dassault (fabricant d’armes et magnat de la presse par la bonne grâce de papa) geint, se lamente, nous tance et nous menace. C’était en direct sur France Inter, le 10 décembre 2004, tôt le matin, alors que ces bras-cassés de chômeurs roupillent encore. Dassault : « C’est quoi, des idées saines ? Ben, c’est les idées qui font que ça marche… Euh, vous savez, par exemple, les idées de gauche sont des idées pas saines. Aujourd’hui nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche qui continuent… » Le journaliste : « Nous sommes en train de crever ? » Dassault : « Ben oui, oui, on y va tout droit : faut pas travailler, euh, il faut pas gagner beaucoup d’argent, faut partir en vacances… et après ? Hé ben, on fabrique plus de produits qui se vendent, ils sont trop chers… » Le journaliste : « Mais vous prenez des vacances, vous. Vous gagnez de l’argent. » Dassault : « Oh, j’en prends assez peu, j’en prends assez peu. Le problème c’est pas moi. Moi, vous savez, je travaille 70 heures ou plus par semaine, alors j’en suis loin des 35 heures. Euh…, quand je dis des idées pas saines, c’est des idées qui trompent le monde…en leur disant, en leur trompant la vérité (sic). Qu’est-ce que c’est que la vérité ? La vérité, c’est la vie. Et la vie, c’est ce qui marche. »

En Allemagne, par exemple, ça marche très fort. Là-bas, la gauche au pouvoir réinvente le travail obligatoire de façon plus énergique que ce pauvre Borloo. À quelques semaines de l’entrée en vigueur (janvier 2005) du plan « Harz IV » visant à lacérer un marché du travail déjà attendri au hachoir, une des premières mesures de ladite réforme est déjà en rodage : les « opportunités d’activité indemnisées », plus couramment appelées jobs à 1 euro. Le principe : cumuler aux allocs chômage un boulot de 30 heures par semaine rémunéré entre 1 et 2 euros de l’heure. Trente-trois mille jobs à 1 euro sont programmés pour 2005 dans la seule ville de Berlin, dont douze mille à des fins d’« évaluation », pour tester si leurs bénéficiaires sont encore capables de sortir du lit. Dassault : « Euh… aujourd’hui quand on pousse les gens à dire, euh… faut pas travailler, on est dans l’erreur. » Les feignasses qui resteront sous la couette seront donc sanctionnées dès le 1er janvier par une baisse de 30 % de leurs allocations, voire, dans le cas des moins de 25 ans, par une radiation pure et simple. Cette mise au pas n’a rien d’inédit : elle se place dans la lignée des emplois carcéraux et des travaux d’intérêt général. Ce qui est nouveau, c’est l’envergure du dispositif, dont la contrainte va peser sur des centaines de milliers de chômeurs, ainsi que ses horaires, proches d’un emploi à temps plein. Certes, les autorités proclament que ces jobs n’entreront pas en concurrence avec le marché de l’emploi « première classe », mais personne n’y croit sérieusement. Dassault : « Il faut quand même arrêter de rêver, alors ce que je dis, les idées pas saines… c’est de dire alors bon tout va bien, faut pas changer, les acquis sociaux, les 35 heures, gnagna… » La question, c’est de savoir si le recours massif à des travailleurs forcés s’avérera plus rentable que le salariat « à l’ancienne ». Soumettre et former des gens peu ou pas du tout motivés n’est pas sans risque pour le recruteur. Comment garantir l’obéissance aveugle d’un malgré-lui qui sait que son argent de poche est payé par l’État et non par son patron ? Loin de mettre la main à la poche, ce dernier reçoit 300 euros par mois pour chaque personne qu’il daigne faire trimer. Il est pas beau mon « contrat d’avenir » ? dirait Borloo. Et comme les patrons n’ont jamais la gueule assez pleine, le président du Medef allemand, Dieter Hundt, exige déjà que ces jobs ne soient payés qu’à hauteur de 50 centimes par heure… Dassault, encore : « Nous vivons dans la fiction. Et euh…, les journaux continuent la fiction. On ne vit pas seul, on vit dans un monde, on a la concurrence internationale, on a les Chinois. Les Chinois vont gagner la bataille économique, on va devenir un pays sous-développé… » Des gamines analphabètes enrôlées dans une usine-caserne de Canton, dormant sur des paillasses à l’ombre des machines, voilà le défi lancé à l’Europe par la compétitivité chinoise. Réjouissons-nous d’apprendre que Dassault, membre éminent du Medef et député-maire UMP, est prêt à relever ce défi. Faute de quoi : « …hé bien, la France va tout droit à un chômage généralisé. Il faut le savoir, c’est ça que moi j’appelle la réalité et pas la fiction, parce que c’est la vérité, parce que nous sommes en train de descendre vers un gouffre, parce qu’on vit dans… dans le rêve. »

Le rêve, avec les jobs à 1 euro, c’est qu’ils boutent les chômeurs non seulement hors des statistiques mais aussi hors du droit du travail. Une grève sera considérée comme un refus d’obtempérer et sanctionnée en conséquence. D’un autre côté, on voit mal en quoi la perspective d’un licenciement devrait les effrayer. Ni en quoi ils seraient tenus d’effectuer un travail irréprochable : une maladresse peut toujours se commettre, une machine tomber en panne, une livraison se perdre dans la nature… Les chômeurs n’ont-ils pas une longue expérience dans l’art d’ignorer les injonctions d’un supérieur ? Bref, nous sommes curieux de voir le résultat. Ce qui est sûr, c’est que la prochaine génération sera parfaitement rodée aux petites tricheries avec les bureaux de placement. Alors, pour parfaire la mise sous pression, on pourra importer des morts de faim exotiques en CDD, comme le suggère Villepin (Libé, 11/12/04), et même les faire bosser au taux de rémunération en cours dans le pays d’origine, comme s’apprête à le pratiquer l’agriculture allemande avec les journaliers polonais… « Tous doivent pouvoir, sous des formes adaptées, retrouver le chemin de l’activité, aussi modeste soit-elle », insinue le Plan Borloo. Et pour ceux qui rechignent, des sanctions « justes et graduées ». « Ben oui, oui, confirme Dassault, on y va tout droit. »

Publié dans CQFD n°18, décembre 2004.






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TOUS AU CHÔMAGE !
un allemand | 20 juin 2007 |

Le rêve, avec les jobs à 1 euro, c’est qu’ils boutent les chômeurs non seulement hors des statistiques mais aussi hors du droit du travail. Une grève sera considérée comme un refus d’obtempérer et sanctionnée en conséquence. D’un autre côté, on voit mal en quoi la perspective d’un licenciement devrait les effrayer.

Ce n’est pas le licenciement qui les effraie, mais soit la diminution soit l’arrêt pur et simple de l’allocation de chômage pour punir l’insoumis : il risque de se retrouver avec rien, nada, zéro, nul euro. C’est là que se trouve la force de pression. Pas besoin de force physique, de mitraillette… Aux temps d’un capitalisme sans gêne où on préfère « confondre » l’effet avec la cause, on tape sur le plus faible.

TOUS AU CHÔMAGE !
vivacubalibre | 18 août 2006 |
Je dis aux patrons : qu’ils partent tous d’en France puisque le monde leur est ouvert , on sera mieux sans eux ; et eux sans nous ? Tous chomeurs en plus, je rêve d’équité…enfin la nation rassemblée …. à l’anpe. > TOUS AU CHÔMAGE !
mitch | 23 décembre 2004 |
Indépendamment des opinions ultralibérales de Dassault, je suis frappé par la haine dont tous ses propos suintent, ou plutôt dégoulinent. A ce degré, ce n’est plus de la lutte des classes qu’il faut parler, mais de la haine et de la guerre des classes dominantes (je ne dirais pas « priviligiées », car je ne crois pas que cela soit un privilège d’être un serge dassault) éprouvée et menée contre les plébéiens. > TOUS AU CHÔMAGE !
| 20 décembre 2004 |
L’auteur du message précédent a dû s’égarer un peu en tombant sur le site de CQFD… A mon avis, ce crétin ferait mieux d’aller surfer sur le site du Medef. Là-bas ils sauront lui expliquer très efficacement, et en prenant tout le temps nécessaire, quel rapport il y a entre les rêves de Serge Dassault et la mise au turbin des chômeurs allemands. > TOUS AU CHÔMAGE !
shantak | 19 décembre 2004 |
Quel rapport entre le discours de Dassault et les décisions prises par la gauche en Allemagne ? Existe-t-il un lien direct ? Si ce n’est pas le cas, je trouve que les propos de cet article sont plutôt malhonnête : je prends le discours de quelqu’un, et je prends des faits dont cette personne n’est pas responsable et je les lui attribus. Simple question : peut-on attribuer une relation entre le chômage structurel en France qui stagne à 10% et le fait que le coût du travail dans notre beau pays est l’un des plus élevé en Europe ? Peut-être que baisser le coût du travail serait d’abord un cadeau aux chômeurs avant d’en être un aux patrons, afin d’éviter la solution allemande ! > TOUS AU CHÔMAGE !
Guic | 18 décembre 2004 |
L’avionneur s’oppose aux acquis sociaux. Question :
 1- Par quel miracle a-t-il obtenu son immense fortune ?
 2- Comment expliquer qu’une entreprise travaillant pour la défense nationale puisse demeurer privée ?
> TOUS AU CHÔMAGE !on n’en est vraiment pas si loin
Chopler | 16 décembre 2004 |

Serge dassault… hahaha…. cet espéce de crétin qui pense encore avoir du pouvoir au sein du groupe qui porte son nom ! Mais ca fait un bout de temps qu’il ne controle plus rien. C’est aussi lui qui a dit :

« Il n’y a pas d’alternative socialiste. Les socialistes ont créé la décadence en France (…) par leur système où il ne faut pas travailler, où il n’y a pas de discipline, où il faut laisser faire n’importe quoi. Il ne faut pas de punition, il faut se marier avec n’importe qui… Enfin c’est n’importe quoi ! »

Et ca aussi « on continue malheureusement à faire la même chose. Parce qu’on ne veut pas revenir et on ne peut pas revenir, parce qu’il faut quand même savoir que notre France aujourd’hui est totalement bloquée. Bloquée intellectuellement, bloquée idéologiquement. Il suffit de voir les petites mesures de Raffarin, enfin les mesures qu’il a tenté de faire pour résoudre un certain nombre de problèmes. Immédiatement : grève dans les hôpitaux, grève dans les écoles, grève à la SNCF, grève à l’EDF, n’importe quoi. On est un pays bloqué, figé, complètement structuré de façon à ne rien changer. C’est ça la gauche, c’est ça les socialistes. On ne change rien, on reste comme ça. On va tous crever. Point. C’est tout ! »

Et puis ca aussi : « il n’y a que l’alternative libérale. C’est la seule qui marche. C’est la seule qui compte. Et si on veut créer des emplois il faut ça, c’est tout. »

Pour moi, c’est un discours un peu plus à droite que la droite. On n’est même pas loin du bon vieux totalitarisme ! Et si je me souviens bien, il a même refuser de marier en tant que maire un tunisien.

Bref un bon gars de chez nous (donc forcément pote avec Sarko) qui se prépare à prendre les rennes de notre vielle France…. Une seule solution : partir à l’étranger ?

 

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