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CQFD N°018


LE CLOAQUE TOULONNAIS AUX ASSISES

LE FN DIGÈRE MAL LE POULET-DACHARY

Mis à jour le :15 décembre 2004. Auteur : Rico Ferrarri.

Pendant que Jean-Marie Le Chevallier, ex-maire FN de Toulon, éclaire de ses conseils le roi du Maroc, la cour d’assises de Draguignan jugeait le meurtrier de son ancien directeur de cabinet, Jean-Claude Poulet-Dachary. L’occasion d’un bain de boue dans les coulisses frontistes.

Mais qu’est donc devenu Jean-Marie Le Chevallier ? On imaginait l’ancien maire FN de Toulon recyclé DRH à la Légion étrangère, VRP en images pieuses, animateur de macramés pour notaires à la retraite ou même Rmiste abonné à la Fraternité blanche. On se trompait : aux dernières nouvelles, Jean-Marie Le Chevallier coule des jours heureux à Marrakech, où il exerce la fonction de… conseiller du roi du Maroc. Comme quoi la réinsertion professionnelle peut sourire aux cas les plus désespérés. La souveraine incompétence de l’édile des « Français d’abord », dont même ses propres électeurs avaient fini par se lasser, n’est apparemment pas un problème pour le « moderne » Mohammed VI. Cette rassurante nouvelle tombe de bonne source : elle a été annoncée par le magistrat Dominique Bréjoux, qui présidait, le 8 décembre dernier, la cour d’assises de Draguignan.On y jugeait un certain Jean-Marc Petroff, 42 ans, meurtrier présumé en 1995 de Jean-Claude Poulet-Dachary, adjoint et directeur de cabinet de l’ancien maire de Toulon. Poulet aimait Petroff, Petroff n’aimait pas Poulet, ou alors seulement avec rémunération financière. Une scène de ménage aurait dégénéré. Jean-Marie Le Chevallier devait comparaître comme témoin, mais l’ex-premier magistrat de cette ville n’a pas daigné se présenter. Et comme le ministère public n’a pas fait son boulot, oubliant de respecter la procédure prévue pour faire citer un témoin domicilié à l’étranger, l’audience a été renvoyée. Presque dix ans après le meurtre, ça la fout mal. L’avocat général n’a pas mis beaucoup de temps pour remballer ses dossiers, en marmonnant « rien de grave, une erreur de procédure » aux journalistes effarés qui lui demandaient des explications. La justice a parfois de ces lenteurs…

Mais cela valait quand même le coup de se déplacer à Draguignan. Avant le renvoi du procès, outre les prestigieuses nouvelles fonctions de Jean-Marie Le Chevallier, on en a appris de belles sur le fonctionnement de l’ex-municipalité FN. Rappel des faits : Jean-Claude Poulet-Dachary, après avoir envisagé de devenir prêtre, s’engage dans la Légion étrangère, dont il apprécie les amitiés viriles et plus si affinités, pour se diriger ensuite vers une carrière politique au sein du Front. Il devient en 1995 adjoint et directeur de cabinet du maire de Toulon. Il est par ailleurs gay, ne s’en cache pas, ce qui n’est pas sans causer des remous au sein du parti burné de Jean-Marie Le Pen. Le 28 août 1995, Poulet-Dachary participe aux cérémonies de la libération de Toulon, suivies, comme il se doit, d’un apéritif. Il boit. À 18 h 30, il part, puis rencontre une amie. Il boit. Il va ensuite dans un bar gay, l’Olympe, dont il est un habitué. Il boit. Il quitte l’Olympe pour rentrer chez lui, achète un sandwich vers 2 h du matin, sans doute pour éponger. Quelques heures plus tard, il est retrouvé mort par un voisin dans la cage d’escalier de son immeuble. L’autopsie révèle 1,85 g d’alcool par litre de sang et, surtout, un coup à la tête ayant précédé sa chute par-dessus la rampe. Il n’a pas glissé sur une peau de banane. L’enquête semblait donc bien partie. Alors pourquoi a-t-il fallu attendre neuf ans qu’elle aboutisse ? La lecture à l’audience du rapport du juge d’instruction fut instructive à cet égard. En 1995, le FN vient de ravir la mairie à l’UDF François Trucy. Mais la guerre du pouvoir n’est pas finie pour autant. Le frontiste Le Chevallier ayant fait lui-même ses classes à l’UDF, les deux formations se livrent à d’intenses règlements de comptes, nullement atténués par leur compagnonnage idéologique. La municipalité FN sort alors le grand jeu pour lancer la police sur la piste du crime politique ourdi en sous-main par l’UDF. Elle prétend détenir des documents attestant que Trucy est pédophile, qu’elle a des preuves des magouilles financières (au demeurant bien réelles) de l’ancienne équipe municipale, qu’elle est la cible de l’agressivité des militants UDF… Si Poulet-Dachary est mort, c’est qu’ils ont voulu la faire taire ! Autant d’allégations dont le juge d’instruction démontrera sans peine le caractère affabulatoire. Mais il y a plus drôle. À l’époque déjà, de vives tensions règnent au sein du Front national, où les militants commencent à s’accuser entre eux. Leurs bagarres viennent notamment de ce que Poulet-Dachary ne cachait pas son orientation sexuelle. Toujours est-il que deux militants FN disent avoir vu Jean-Marc Petroff, l’accusé, s’affairer le lendemain du meurtre sur la serrure et l’interphone de Poulet-Dachary. Le Chevallier leur aurait demandé de n’en rien dire à la police, histoire d’accréditer la piste du meurtre politique.

Entre-temps, Jean-Marc Petroff a été condamné pour double meurtre, violence volontaire ayant entraîné la mort et recel de cadavre… L’ancien maire de Toulon, de son côté, se voit condamné en 2001 pour subornation de témoins dans l’affaire Poulet-Dachary, les deux militants FN ayant finalement craché le morceau. On comprend qu’entre les douceurs d’un palais de Marrakech et l’embarras d’un nouveau passage devant le tribunal, le « conseiller » a vite fait son choix.

Publié dans le CQFD n°18, décembre 2004






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