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CQFD N°018



CONSULTING EN RÉVOLUTION

Mis à jour le :15 décembre 2004. Auteur : Marie Nennès.


À première vue, Otpor (« résistance ») a tout pour susciter la sympathie. En 2000, cette organisation étudiante serbe a précipité la fin de Milosevic en occupant pacifiquement les rues de Belgrade et en tournant le pouvoir en dérision. À la chute du régime, ses leaders ne sont pas devenus ministres ou publicitaires, mais formateurs de jeunes opposants dans d’autres pays. En 2001, ils donnent un coup de main aux Biélorusses de Zoubr (« bison »), mais le soulèvement préparé contre Loubachenko échoue. En 2003, on les retrouve en Géorgie derrière le mouvement Khmara ! (« Assez ! »), fer de lance de la «  révolution des roses  » qui emporte Chevardnadze. Un an plus tard, ils forment les étudiants ukrainiens de Pora ! (« Il est temps ! ») qui occupent les rues de Kiev pour s’opposer au coup de force du Kremlin. Devant l’afflux de commandes - «  on nous appelle de partout, d’Azerbaïdjan, du Venezuela, du Zimbabwe  » -, les « otporistes » ont décidé de se professionnaliser. Deux entreprises différentes de « conseils en révolution et techniques de lutte non-violente » ont ainsi vu le jour à Belgrade : le Centre pour la résistance non violente et le Centre d’application de l’action et de la stratégie non violentes. Ce dernier a toutefois refusé d’intervenir en Ukraine, «  où les intérêts politiques et économiques des grandes puissances sont très complexes  », ce qui est un aimable euphémisme.

Leurs ex-camarades n’ont pas eu les mêmes scrupules. Certains sont désormais sous contrat avec l’ONG américaine Freedom House, présidée par James Woolsey, ancien patron de la CIA. Sous couvert d’œuvrer planétairement pour la démocratie et la liberté d’expression, cette officine s’est illustrée dans le passé par son aide au contras nicaraguayens et à l’extrême droite salvadorienne. Elle aide aujourd’hui l’opposition ukrainienne, aux côtés d’un tas d’autres organisations américaines grenouillant dans les coulisses de la si télégénique « déferlante orange ». En leur temps, les membres d’Otpor avaient été formés par Robert Helvy, un colonel américain à la retraite, et parrainés par Richard Miles, alors ambassadeur des États-Unis en Serbie (qui sera ensuite, étrange coïncidence, affecté en Géorgie). Entre « consulting » pour révolutions libérales et mercenariat pour l’axe du bien, le chemin est étroit.

Publié dans le n°18 de CQFD, décembre 2004






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