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CQFD N°018


LE CLUB DES ENTREPRISES DE PARIS 2012

PARIS VILLE OLYMPIQUE DOPÉE AUX DROGUES DURES

Mis à jour le :15 décembre 2004. Auteur : Mathieu Bouchard.

L’organisation des JO de 2012 serait pour Paris « un événement vraiment écologique », chante Bertrand Delanoë. Sensibles à une si noble cause, les mastodontes du patronat français se massent déjà sur la ligne de départ. À l’autre bout, onze milliards d’euros les attendent. De quoi gonfler les muscles de la candidature parisienne.

C’est Raffarin, médaille d’or du lancer de cadeaux au Medef, qui l’a annoncé le 2 novembre dernier : au cas où Paris serait choisie pour accueillir les Jeux olympiques de 2012, l’État garantira leur organisation à hauteur de 2,5 milliards d’euros. Soit l’équivalent de ce qu’a rapporté l’impôt sur les fortunes en 2002. Ou de mille euros par chômeur… Plus ingrat que jamais, le Medef n’a pas dit merci, mais sa satisfaction est immense. Alors que la décision du CIO n’est attendue que pour juillet prochain, déjà douze grosses boîtes ont rejoint le « Club des Entreprises de Paris 2012 » (Accor, Airbus, Bouygues, Carrefour, Crédit Agricole, EDF, France Télécom, Lagardère, RATP, Renault, Suez et Vediorbis). Le tarif du ticket d’entrée au club - 1,5 million d’euros - donne une idée du gâteau qu’ils escomptent se farcir à la sortie. «  Paris a besoin de vous et compte sur vous  », s’exclamait en août Bertrand Delanoë, le très socialiste maire de Paris, devant les patrons réunis à l’université d’été du Medef.

«  Ce n’est pas pour Paris une question d’argent mais une question d’amour  », s’enflamme aussi Maurice Lévy, le pédégé de Publicis, qui a le cœur sur la main et la main dans le portefeuille de l’UMP (c’est Publicis qui a mis en scène le « Sarko-show » du 28 novembre). Le marchand de canons Arnaud Lagardère, président du Club des Entreprises Paris 2012, surenchérit dans Sud-Ouest (17/11/04) : «  Pour une entreprise française, il y a une fierté, un drapeau à défendre  ». C’est vrai que la fierté du drapeau ne connaît pas l’évasion fiscale, contrairement aux dividendes du groupe hérité de papa Jean-Luc, dont 40 % filent chaque année à l’étranger. Pour les entreprises, «  l’organisation des Jeux olympiques est une chance  », explique plus crûment le Crédit Agricole. Commandée par la ville de Paris, une étude du Boston Consulting Group, basé aux États-Unis, chiffre en effet à six milliards d’euros le montant des investissements qu’occasionnerait l’organisation des JO à Paris entre 2005 et 2012. À quoi s’ajouteraient cinq autres milliards de retombées post-olympiques, encaissables après 2012. Onze milliards au total…

Pour promouvoir un si juteux «  esprit olympique  », toutes les astuces sont de saison. Le Crédit Agricole fait la retape dans les écoles pour soutirer le soutien de la jeunesse à Paris 2012, avec un «  concours journalistique  » destiné aux élèves des collèges et lycées. De son côté, le géant de l’intérim Vediorbis exige de ses intérimaires qu’ils fassent remplir par leurs proches des pétitions de soutien à la candidature parisienne. C’est que le bon peuple est parfois imprévisible. En 1976, les habitants de Denver, au Colorado, avaient refusé par référendum d’accueillir les JO, qui durent finalement se tenir à Innsbruck, en Autriche. Un funeste souvenir, que l’omniprésente propagande en faveur de « Paris ville olympique » devrait permettre de conjurer. Daniel Bernard, le PDG de Carrefour, est serein : «  Notre groupe saura mobiliser les Français  ». À coups de super-promo sur les boissons vitalisantes, la cause paraît bien engagée. Surtout avec Delanoë en chef de com’, toujours à l’aise pour donner à la soupe au pognon une saveur écolo, d’jeune et métissée, tendance gauche Paris-plage. Comme il l’a annoncé au CIO le 3 décembre, les JO seront, sous sa gouverne, «  un événement vraiment écologique, avec un objectif inédit : des Jeux à bilan neutre en matière d’émissions de gaz à effet de serre  ». Foi de super-bobo, le béton sera non-polluant et la spéculation biodégradable. Chaque citoyen y trouvera de quoi citoyenner, «  quels que soient son âge, sa nationalité, sa religion ou la couleur de sa peau  », du moment qu’il aura les moyens de suivre la grimpette olympienne des loyers. Bien entendu, les handicapés seront aussi de la fête. Leur accès aux infrastructures sera même «  l’une des signatures de cet événement, l’une de ses traces les plus profondes  ». Espérons que la prochaine fois, le maire aura aussi un mot pour les ravers, les homosexuels et les adeptes du rollers.

En attendant, Paris dispose d’un autre atout considérable : ses patrons et leur carnet d’adresses. Maurice Lévy est un familier du couple Badinter, de Fabius, de Strauss-Kahn, de B.H.L., d’Alain Minc, de Sarkozy et de Bernadette Chirac. Quant à Arnaud Lagardère, il fréquente assidûment les mêmes BHL, Fabius et Sarkozy, sans compter Martin Bouygues. Ce compagnonnage devrait faciliter l’unanimité souriante autour de Paris 2012 et pallier le manque d’enthousiasme éventuel du populo. Après tout, les JO ne coûteraient que l’équivalent de 150 euros par famille de quatre personnes, étant bien entendu que cette somme ne leur donnera pas droit à une place au stade. Ni même à un échantillon de stéroïdes.

Et puis, au cas où les JO devaient leur passer sous le nez au profit d’une ville concurrente, les boîtes affamées sauront toujours réactiver leurs réseaux pour grappiller les miettes du gâteau, voire la crème. Entre autres cadeaux de consolation, il s’agirait de donner à Paris «  ces équipements qui lui manquent tant  » - un deuxième Bercy, par exemple, que la Ville envisage déjà de construire porte de la Chapelle. Et si les JO donnent faim, la faim donne des idées. Ainsi, EDF soutient non seulement la candidature de Paris mais aussi celle de Londres, sa principale rivale, histoire de multiplier par deux les chances de se goberger - pardon, de « défendre un drapeau ».

Publié dans le n°18 de CQFD, décembre 2004






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