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CQFD N°019


FAUX-AMIS

LES CHARITABLES

Mis à jour le :15 janvier 2005. Auteur : Le bouledogue rouge.


Samedi 8 janvier, Thierry Ardisson recevait Bernard Kouchner. Entre une tranche de vedette comique et une garniture de mannequin, le Monsieur « Je-suis-trop-bon » du PS était venu intercaler un cœur gros comme ça en faveur des populations asiatiques frappées par le tsunami. N’oubliez pas, a-t-il sermonné les téléspectateurs qui auraient hésité encore, n’oubliez surtout pas d’envoyer un SMS à 1 euro au Secours catholique. Les principaux ingrédients de la marmelade humani-taire servie depuis le 26 décembre se trouvaient réunis dans cette prestation : le plateau de télé, le divertissement compassionnel, les opérateurs de téléphonie mobile, la charité d’autant mieux ordonnée qu’elle ne s’encombre ni de justice ni de pudeur, et puis l’ancien ministre des bonnes causes, celui-là même qui voici un an se faisait payer par Total un rapport de complaisance sur la Birmanie. À noter que Total a engrangé en 2004 un bénéfice net de 9 milliards d’euros : de quoi envoyer vingt-quatre millions de SMS chaque jour pendant un an… Kouchner sait d’expérience tout le bénéfice que l’on peut tirer d’une grande émotion suscitée par une grande catastrophe. Les entreprises le savent aussi. Le groupe Carrefour a ainsi annoncé qu’il avait débloqué 300 000 euros pour venir en aide aux sinistrés, soit 0,018 % de son dernier bénéfice annuel connu (1,6 milliard en 2003). Encore ce pourboire n’est-il réservé qu’à la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie, au motif que le n°2 mondial de la distribution compte dans ces trois pays quarante-cinq magasins et plus de 16 000 salariés. Pas un sou, en revanche, pour le Sri Lanka, pays infréquentable puisque dépourvu d’hypermarchés Carrefour. Sanofi-Aventis, BNP-Paribas, Suez, Véolia, Bistrot Romain, tous y sont allés de leur aumône, largement inférieure, en proportion de leurs revenus, à l’euro protocolaire versé à coups de bip-bip par le citoyen smicard. Et contrairement à ce dernier, les entreprises qui donnent recevront au centuple, que ce soit en termes d’image ou de contrats. Déjà certains se frottent les mains : « Les dommages subis par les bons hôtels ne semblent pas graves, a commenté un analyste financier, Eddie Wong. Même si certaines chaînes hôtelières ont pu être affectées, il y a aussi des gagnants en termes économiques tels que les producteurs de ciment. » (AFP, 29/12/04)

De leur côté, les médias n’aiment rien tant que les grosses larmes et les bons sentiments, quand tout le monde il est triste, tout le monde il est gentil. La question des rapports Nord/Sud, de la non-redistribution des richesses, des millions de mort de faim et du sida, des ravages de l’industrie touristique, des conditions à remplir pour assurer une vie décente à tous les habitants de la planète, toutes ces urgences que le tsunami faisait remonter à la surface sont évacuées au profit du « grand livre rempli de petites histoires », pour reprendre une formule de France Info (06/01/05) : la catastrophe finit dans l’entonnoir d’un compte pour enfants, dans un imagier à la Disney breveté « mondialisation du cœur ». Bien sûr qu’il faut être solidaire. Bien sûr que les gens ne sont pas des salauds et que leur envie de « faire quelque chose » mérite mieux que le kitsch répugnant du charity-bizness. Bien sûr qu’il ne faut pas s’étonner si l’aide humanitaire suit la pente du consumérisme et des intérêts dominants. Il en va de la solidarité comme de toute action humaine : la manière de faire détermine la nature de ce qui est fait. Plutôt que d’envoyer des SMS à Bouygues ou des colis sur la frégate Jeanne d’Arc, on préférera donc, si on le peut, filer la main aux petites organisations locales de paysans et de pêcheurs membres du réseau Via Campesina (www.viacampesina.org), qui a du développement une conception tout autre que Carrefour.

Publié dans CQFD n°19, 15 janvier 2005.






>Réagir<

> LES CHARITABLES
Firou | 28 janvier 2005 |
De nos jours, tout est affaire de communication. On ne compte plus les déclarations d’intentions qui font miroiter la lune. Occuper la place dans les médias est plus utile personnellement aux intervenants qui y voient surtout une manière comme une autre de faire parler d’eux. Mais une fois les caméras éteintes, lorsque l’on fait les totaux, on s’aperçoit que le compte n’y est pas. Souvenez-vous, le tremblement de terre en iran il y a un an ? L’ONU attendait 115 millions de dollars promis par différents pays, ils n’ en ont perçu que 15. (Source Le Canard Enchaîné du 12 janvier 2005). Il y a fort à parier qu’un de ces jours, nous retrouverons dans les bonnes feuilles du palmipède quelques exemples d’« indélicatesses » dans la gestion et la transmission des aides destinées aux rescapés du tsunami. On parie ? > LES CHARITABLES
| 20 janvier 2005 |

Tout à fait d’accord avec cette dénonciation de la charité business et de l’aide financière de type colonial. Quant à Kouchner il serait bien mieux à l’UDF.

un militant socialiste

> LES CHARITABLES
manu | 20 janvier 2005 |
Un de mes potes vient de lancer une nouvelle opération charitable : « Branlons-nous pour l’Asie » : à chaque branlette, 1 € est reversé à l’Asie du sud-est. Sympa non ? Et puis ça va leur en faire, des sous… > LES CHARITABLES
DARK.L | 19 janvier 2005 |

Bien joué !

Kouchner grand prescripteur des (bonnes) consciences néolibérales a encore fait son petit numéro d’insurgé subventionné.

Le Tsunami et son traitement médiatique ont battu des records question pornographie et en propagande pour organisation caritatives impérialistes intégrées et autre « firmes éthiques » (la blague) !!

« Surtout donnez aux organisations reconnues » ont-ils dit afin de ne pas perdre l’obole occidental… manière de court-circuiter les vrais mouvement d’aide menées par le peuple et pour le peuple.

Le tsunami est passé en troisième titre… le téléthon macabre continue et on parle de « la vie plus forte que tout » en montrant le commerce reprendre, néolibéralisme= vie ? J’en doute fort !

 

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