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CQFD N°019


HÉTÉROS FACHOS ?

LES CALAMARS SURGELÉS

Mis à jour le :15 janvier 2005. Auteur : Pascal Renaux.


Une librairie exclusivement gay et lesbienne vient d’ouvrir à Marseille : Les Mots pour le dire. L’initiative mérite d’être saluée, d’autant plus qu’elle permet de faire le point sur l’évolution culturelle d’une communauté qu’on pourrait croire vampirisée par un Capital toujours avide de sang frais. Devenue cible marketing, l’homosexualité se normalise et perd en attrait ce qu’elle gagne en visibilité. L’avantage du supermarché, c’est que vous ne pouvez pas y trouver l’intégrale de Dennis Cooper, qui est certainement l’écrivain américain le plus sulfureux de sa génération. Autrement dit : ce sont les calamars surgelés du rayon frais qui préservent le goût délicieusement suranné de la transgression, et non la librairie spécialisée qui vous offre la très décadente Poppy Z Brite sur un plateau. D’un point de vue dadaïste, le livre gay d’un écrivain gay vendu dans une librairie gay n’a qu’un intérêt très relatif. Sauf à considérer qu’il n’est pas à sa place. On cherchera donc à produire un attentat poétique dans la tradition moderniste, comme le font ceux qui glissent des CD gratuits dans les bacs de la FNAC. Il suffit parfois d’un grain de sable pour enrayer le système. En ce sens, l’idéal serait de faire connaître Bruce Benderson, chantre de l’interlope new-yorkais, aux Namibiens… pas vraiment évident. Au bourgeois qui essaie de se donner des frissons, il reste alors une alternative : le retour aux classiques.

De fait, il semble que la production « littéraire » homosexuelle succombe facilement à la séduction hypnotique générée par la chose sexuelle. Qui passe par Les Mots pour le dire notera de drolatiques BD pornographiques qui rachètent le genre en le renouvelant quelque peu. Mais noyé sous la masse d’écrits qui mélangent sans talent Duras avec Sade, le roman classique brille par son absence. Il se fait désirer, on le cherche où il n’est pas. C’est donc par hasard que l’on tombera sur le sublime Sphinx d’Anne Garretta, sur les improbables Chambres étroites de James Purdy, ou sur la trilogie du ghetto noir d’Iceberg Slim. Autant d’inclassables, ni homosexuels ni hétérosexuels, mais classiques trans-textuels. Ce sont en fait les livres les plus dangereux, ceux qui vous hantent, que vous devez lire et relire, obscurs parfois, mais toujours dans l’évidence du ravissement qu’ils procurent. Ils ne sont pas moins obscènes que les autres, mais ce n’est pas le sexe qui s’y pare d’atours orduriers. Ici, l’obscène prend le visage du temps qui passe, de la mort qui se profile, de la vie dont on ne peut jouir. Devant Flaubert ou Nerval, une certaine avant-garde autoproclamée apparaît décidément sous un jour réactionnaire. Voilà donc la solution pour la gent homosexuelle : se mettre à la littérature scientifique, ou faire des mathématiques.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°19 DE CQFD, JANVIER 2005.






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