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CQFD N°019


SCÈNES DE RÉTENTION

CONVOCATION POUR UN ALLER-SIMPLE

Mis à jour le :15 janvier 2005. .


Faire du chiffre, avait dit Sarkozy. Multiplier par deux le nombre d’étrangers reconduits par la force, a précisé Villepin. Chaque jour les pelleteuses extraient donc du pays de nouvelles cargaisons de sans-papiers, cueillis dans la rue ou au travail, mais aussi au commissariat ou en préfecture. Si les centres de rétention sont « la honte de la République », comme l’a dit un sénateur socialiste avant de retourner à table, les services préfectoraux, eux, n’en ont aucune. L’astuce qui consiste à piéger sa proie en la convoquant pour un motif indéterminé, et à lui passer les menottes lorsqu’elle vient en confiance se présenter au guicahet, est désormais pratique courante. Délation, traquenards, regroupement familial dans les paniers à salade : la moissonneuse tourne à plein régime. En témoignent les récits compilés dans le dernier rapport de la Cimade, rendu public en décembre dernier dans l’indifférence générale. L’extrait reproduit ci-dessous n’est pas le plus dégueulasse, mais il résume bien les tendances en vogue.

«  Le 23 septembre 2004, M. et Mme B. et leurs deux enfants âgés de trois et six ans arrivent au centre de rétention de Lyon-Saint-Exupéry. Ils avaient quitté l’Algérie et fermé le commerce dont vivait la famille suite aux menaces d’un groupe auquel M. B. avait refusé de donner de l’argent. Le couple avait scolarisé ses enfants à Metz, en maternelle et en CP. Leur demande d’asile avait été rejetée et ils savaient que leur situation était devenue précaire en France, mais ils espéraient trouver d’autres solutions.

Le clandestin se cachait en maternelle

Le 23 septembre 2004, donc, M. et Mme B. se rendent à une convocation au commissariat, munis de leurs passeports. Les enfants sont à l’école et les parents ont confiance. Sur place, on leur notifie un arrêté de reconduite à la frontière et un arrêté de placement en rétention.Les policiers téléphonent aux écoles, expliquent aux directrices que la mère a du retard pour venir chercher ses enfants et leur demandent de bien vouloir les garder un peu après la fin des classes, ce qu’elles font bien volontiers. La directrice de l’école maternelle racontera qu’effectivement, elle a bien vu arriver Mme B., mais pas seule : encadrée de policiers. C’est à la demande de la mère qu’elle lui a remis son enfant, mais elle a été très choquée par cette situation et en a parlé aux enseignants. Ceux-ci ont découvert à cette occasion la machine à reconduire à la frontière. Impuissants face à celle-ci, ils ont protesté, signé une pétition, mais les enfants ont été conduits au centre de rétention avec leurs parents.

Ils y resteront quinze jours, enfermés au milieu d’une soixantaine d’adultes en instance d’éloignement. Pendant ces quinze jours, il y a les escortes, parfois longues, où les parents sont menottés. Lors des passages aux tribunaux, il faut attendre des heures dans des cellules crasseuses, dans les mauvaises odeurs, les bruits de clés et de menottes. Les enfants ouvrent les yeux et se taisent. La mère confie qu’ils sont habituellement très sociables, elle ne les reconnaît plus. Les parents ne savent pas comment éviter l’éloignement forcé, toutes les démarches échouant les unes après les autres. Pendant que la mère prend soin des enfants, le père entame une grève de la faim. Il perd plusieurs kilos. Inutilement. Le 8 octobre, ils sont embarqués par bateau. »

ARTICLE PUBLIÉ DANS CQFD N°19, JANVIER 2005.






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