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CQFD N°020


SURVEILLANCE ELECTRONIQUE DANS LES ECOLES

LE PION DE MON BAHUT S’APPELLE BIG BROTHER

Mis à jour le :15 février 2005. Auteur : Charlotte Magri.

Les lycéens qui protestent contre le projet de loi Fillon feraient bien de se méfier. Boostés par les chiffres officiels et médiatiques de la violence scolaire, les outils de contrôle les plus sophistiqués se multiplient dans les collèges et lycées : vidéosurveillance, biométrie, logiciels de contrôle…

Juste avant la dernière rentrée, François Fillon, ministre de l’Éducation nationale, affirmait avoir entendu sur le terrain «  un véritable cri du cœur en faveur du retour à l’autorité  ». Mais la nostalgie de l’encre violette et des blouses grises ne prive pas les élèves des merveilles technologiques de demain. Alors que le nombre d’adultes présents dans les collèges ne cesse de diminuer depuis deux ans, les outils de surveillance dernier cri se multiplient. Autorisée depuis 1995 sur la voie publique et dans les établissements ouverts au public, la vidéosurveillance se banalise dans les bahuts. Les caméras se modernisent, deviennent mobiles, capables de zoomer. «  C’est un auxiliaire de fonctionnement, un outil comme un autre », martèle Marie-Noëlle Le Bras, principale du collège Jean-Baptiste Clément, à Colombes, où une douzaine de caméras filment les issues et les alentours. Ces « auxiliaires » n’emballent pas franchement l’équipe du collège Guy-Môquet de Gennevilliers. Après avoir découvert par la presse le projet de vidéosurveillance que le conseil général des Hauts-de-Seine lui réservait, elle lui a adressé ce courrier : «  Un collège barricadé, transformé en ghetto nous attribuerait […] le rôle de gardiens de prison qui ne ferait qu’aggraver les difficultés déjà grandes que connaît notre équipe éducative. »

Il est seize heures, c’est la sortie des classes. Les gosses s’éparpillent devant les hautes grilles du collège Jean-Lurçat, à Sarcelles. «  C’est la prison ici. Quand on sort, on a l’impression d’être évadés !  » En pointant une des caméras qui enregistrent la scène, un petit de cinquième s’insurge : «  C’est nul parce qu’on a l’impression d’être des animaux.  » Un autre explique qu’il n’en a pas toujours été ainsi. « C’est depuis… je crois depuis 2001. Depuis qu’il y a eu le truc en Amérique, là… L’attentat. » Le 11-Septembre ? Pas si bête. Cet accélérateur mondial des pratiques sécuritaires a aussi profité à la violence scolaire, petite sœur médiatique de l’insécurité. C’est en proclamant une augmentation officielle de 12,8 % qu’on a légitimé la grande «  opération de sécurisation  » du 6 janvier dernier, avec descente de police à l’entrée des établissements. Trois mois plus tôt, les ministères de l’Éducation nationale et de l’Intérieur signaient un protocole d’accord prévoyant d’affecter à chaque collège ou lycée un « correspondant de police ou de gendarmerie ». Et pas pour aider les bambins à traverser dans les clous… Le 17 janvier, à Cesson-Sévigné, dans la périphérie rennaise, le proviseur du lycée a même fait entrer les gendarmes pour des fouilles au corps dans les salles de classe.

Pour déférer au « cri du cœur » de Fillon, l’industrie de l’électronique n’est pas en reste. La société Soluphone commercialise depuis deux ans un logiciel permettant de signaler aux parents l’absence de leur enfant en temps réel. Plusieurs centaines d’établissements utilisent déjà le dispositif « EduSMS », et « la tendance de la demande est à la hausse », se réjouit Éric Durand, de Soluphone. Au cœur de la coquette banlieue résidentielle de Sartrouville, le collège Darius-Milhaud utilise ce système depuis deux ans. La CPE est enthousiaste : «  C’est un gain de temps énorme. Pour les familles, qui sont prévenues tout de suite, et pour nous qui avons une trace écrite que le texto a été envoyé et reçu tel jour, telle date.  » La biométrie aussi fait son entrée à l’école. Jusqu’à la dernière rentrée, les collèges privés Jeanne-d’Arc et l’Immaculée-Conception à Angers réglementaient l’accès des élèves à la cantine par un système de reconnaissance des empreintes digitales. Alertée par un parent d’élève, «  un mauvais coucheur  » selon l’économe de l’établissement, la CNIL a fait les gros yeux et les deux collèges ont abandonné le système. Qu’ils se rassurent : il reste le contour de la main, comme au collège Jouliot-Curie dans le Var. Depuis 2002, tout pensionnaire doit y montrer patte blanche à un boîtier électronique clignotant pour accéder à la cantine. Et là, c’est légal.

Aux dires des responsables d’établissements qui les emploient, les nouvelles technologies de surveillance sont plus rapides, moins chères, plus efficaces. Qui peut bien avoir peur de ces joujoux ? Cécile Carra, sociologue de la violence scolaire [1], est pourtant catégorique : «  On ne peut pas parler d’augmentation de la violence scolaire ». Mais alors, ces fameux 12,8 % ?… Cécile Carra rappelle que les statistiques sont issues d’une base de données qui centralise les renseignements fournis par les établissements. Or, de l’aveu même du ministère, 25 % des bahuts n’envoient jamais de données. Le taux de renseignement varie de 45 à 100 % selon les académies. En outre, la dernière « augmentation des violences » ne fait que ramener leur taux officiel à son niveau de 2001-2002, quand le logiciel servant au recensement des « phénomènes de violence » venait tout juste d’être mis en place. Trop récent pour dégager une tendance. La sociologue pointe également la construction idéologique propre à ce cadre statistique. Les catégories retenues mettent ainsi l’accent sur les « dommages causés au matériel », reflétant les priorités d’une institution davantage centrée sur son capital que sur les victimes. Autre exemple : la catégorie « injures à caractère raciste » a disparu pour faire place à deux nouveaux ensembles, les « actes à motivation raciste » d’une part, les « actes à motivation antisémite » d’autre part. «  Si on se réfère à ces statistiques-là, on constate qu’il n’y a pratiquement pas d’actes antisémites, note Cécile Carra. On veut pourtant nous faire croire le contraire, comme pour légitimer les mesures sécuritaires. » Au Japon, on est en train d’expérimenter les puces électroniques accrochées à l’oreille des élèves. Question « retour à l’autorité », c’est une bonne piste à creuser.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°20 DE CQFD, FEVRIER 2005.


[1] Maître de conférence à l’IUFM Nord-Pas-de-Calais et chercheuse au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales, co-auteur avec D. Faggianelli de École et violence (Documentation française, 2002)





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LE PION DE MON BAHUT S’APPELLE BIG BROTHER
JIJI | 25 avril 2006 | Le pion de mon bahut

« Le pion de mon bahut »

Hello Charlotte Magri ! Chach’ pour les copains !

Si d’aventure tu lis ce message, où si quelque lecteur/trice le lis, (merci de le lui faire suivre), et merci à toi de m’appeler au 0608643930, ou 0143492128, ou bien <jeanjacques.lissac@free.fr>, au sujet film. T’en dirai plus au cas où… Bise JJ

ai tenté de t’envoyer un mess à l’adresse <charlotte@cyner-journaliste.org> que j’ai retrouvée par hazard, mais mail obsolète !

> LE PION DE MON BAHUT S’APPELLE BIG BROTHER
Zamenhof | 25 février 2005 |
Devant une telle barbarie, une telle décadence de la civilisation, un tel mépris des valeurs et de la personne humaine il est plus que jamais temps pour les parents et leurs enfants de profiter des dispositions de la loi du 28 mars 1882 modifiée par le code de l’Education de 2000 articles L 131-2 L131-5 et L131-10, de les inscrire au CNTE (devenu CNED) et de leur assurer une scolarité équilibré, humaniste et profitable à la maison !
 

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