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CQFD N°020


DE NOTRE ENVOYE SPECIAL AU POSTE

UNE HEURE DANS LA VIE D’UN POSTE DE POLICE

Mis à jour le :18 février 2005. Auteur : Olivier Cyran.


Vendredi 14 janvier, au commissariat de Belsunce, à Marseille. Lumière blafarde, odeurs de pieds, délabrement contagieux. D’abord il y a la fliquette de l’accueil, petite jeune tout juste sortie d’école, vigie mal assurée au milieu de cette grisaille sans horizon. Un type l’accoste. Fringué tape-à-l’œil, saturé de son bon droit, il explique avoir porté plainte à Aubagne il y a un mois pour le vol de son portable, et il veut savoir si les keufs de là-bas ont bien transmis sa plainte aux keufs d’ici. La fliquette lui demande de patienter : «  Un collègue va vous recevoir.  » Mais le type est pressé. Il affirme savoir qui est le voleur – «  un patron de bar de Marseille, il est tout près d’ici, j’ai fait mon enquête, vous comprenez  » – et exige que la police aille le choper séance tenante.

Arrive une Tunisienne en djellaba. La cinquantaine, polie, respectueuse de la jeunette en uniforme qui la toise. Elle veut porter plainte contre les « démons » qui la poursuivent quand elle fait ses courses. «  Il faudrait aussi que j’appelle mon psy  », ajoute-t-elle. «  Attendez ici, un collègue va s’occuper de vous  », récite la policière, imperturbable. Tandis que la dame va pour s’asseoir, un gradé en civil surgit du couloir, entouré de ses collègues. Sourire aux lèvres, il se penche sur la fliquette. Détail important : la fliquette a le teint basané, sans doute même qu’elle est arabe, alors on va bien rigoler. Hilare, le gradé part dans un numéro d’imitation de l’Arabe du bled avec des « yalla yalla ! » beuglés à toute gueule qui font trembler les murs. Ses copains dépositaires de la force publique s’esclaffent de bon cœur. Sur les chaises, personne ne bronche. La bizutée, elle, grimace un sourire d’humiliation avant de replonger le nez dans ses formulaires. Le boute-en-train et sa bande sortent déjeuner. Un ange passe. Puis la dame en djellaba se remet à soliloquer : les démons qui la pourchassent, le psy qui ne répond jamais au téléphone, les policiers qui vont sûrement la protéger… Le grand con au portable ricane : « Déjà qu’ils laissent courir les bandits, alors ils risquent pas les arrêter de sitôt, vos démons ! » Incapable de tenir en place, il se relève et repart à la charge. Qu’est-ce que la police attend pour passer les menottes à son voleur ? Qu’est-ce qu’il fout le commissariat d’Aubagne ? La fliquette hausse les épaules. « Incompétente !  », vocifère le grand con, à quoi elle rétorque : «  Je ne vous parle plus à vous !  » La dame traquée par les démons soupire : « Chaque fois que j’entre quelque part, les gens s’énervent et se mettent à crier. J’y peux rien, c’est toujours pareil. »

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°20 DE CQFD, FEVRIER 2005.






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