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CQFD N°020


MARCHE DE L’ARMEMENT

TOUS EN CHINE !

Mis à jour le :18 février 2005. Auteur : François Maliet.

L’État français se plie en quatre pour lever les derniers obstacles qui s’opposent aux exportations d’armes vers la Chine. Déjà, EADS lui fourgue des hélicoptères et se place pour le flicage des Jeux olympiques de Pékin en 2007. Mais la fringale des marchands de canons va bien au-delà de ces hors-d’œuvres.

A la fin d’une réunion, il n’est pas rare qu’un compagnon, grisé par la pertinence du projet commun et la mauvaise bière, annonce tout de go : « C’est bon, ça, je le ferai ». Généralement, le réveil est difficile : outre la casquette plombée, l’engagement de la veille se dilue parfois avec le cachet d’aspirine. On imaginait ce type de travers spécifique à la sphère militante, mais il semblerait que les cas se répandent. Pour clore un séminaire de travail au ministère de la « Défense », un gus en cravate a dû s’exclamer : « Ils veulent de la transparence sur les ventes d’armes ? Publions tous les ans un rapport au Parlement sur les exportations d’armement de la France. » Et le réveil fut difficile : avant le 31 janvier de cette année, le dernier datait de… 2001 ! Pour rattraper le coup, un document compilant les années 2002 et 2003 vient d’être édité. À sa consultation, pas de surprise majeure : l’Hexagone tient fermement sa troisième place de vendeur de flingues plus ou moins lourds, derrière les états-Unis et la Grande-Bretagne, avec plus de huit milliards d’euros engrangés sur ces deux années, soit 12 % des commandes mondiales. Mais on y trouve quelques évolutions notables : après d’importants contrats au Moyen-Orient, le marché se décale vers l’Europe et l’Asie. Avec un intérêt certain pour la Chine, qui affiche une croissance de 9 % en 2004 et un budget de la « Défense » en constante augmentation, atteignant entre 45 et 65 milliards de dollars US selon les experts. Nos industriels kaki baveraient d’envie aux portes de la République Populaire. Il faut «  faire de la Chine le partenaire permanent d’EADS » [1] déclarait récemment Philippe Camus, coprésident exécutif du géant européen de l’aéronautique civile et militaire.

Mais il y aurait un « hic » : l’embargo sur les ventes d’armes instauré par l’Union européenne suite à la répression de la place Tienanmen de 1989 entraverait le marché. C’est pourquoi le bon Président Chirac, sensible aux appels du pied des industriels français, a lancé une campagne auprès de ses partenaires européens pour que cet embargo finisse dans les poubelles de l’histoire, arguant que l’Europe est dotée d’un code de bonne conduite sur les ventes d’armes. Ce dernier a pour vocation d’empêcher les transferts vers les pays où « de graves violations des droits de l’homme ont été constatées » et où les machines de guerre pourraient servir « à des fins d’agression externe ou contribuer à l’instabilité régionale ». Mais ni l’embargo, qui se limite aux « armes meurtrières et leurs munitions », ni le code de conduite, non contraignant, n’ont empêché la curée de débuter. En compilant les derniers rapports du ministère de la « Défense », on s’aperçoit que la Chine a passé pour 400 millions d’euros de commande de matériel militaire à la France depuis 1992. Un amuse-gueule déjà copieux. Les industriels ne sont donc pas dans les starting-blocks mais déjà bel et bien dans la course. Eurocopter, filiale à 100 % d’EADS, travaille depuis longtemps avec la Chine, puisqu’elle lui a livré des hélicos civils et militaires dans les années 60 et 70. Dans les années 90, Eurocopter poursuit sa coopération en développant l’hélico EC 120 avec une boîte chinoise d’aéronautique nommée AVIC II. Et pour parfaire le tout, une chaîne de montage de ces EC 120 va voir le jour dans le pays. Dans son communiqué de presse du 11 juin 2004, Eurocopter souligne que «  la Chine représente aujourd’hui le plus grand marché potentiel du monde pour l’industrie de l’hélicoptère et l’EC 120 est l’appareil ad hoc pour répondre à l’attente des clients militaires et civils.  » Pratique, cet hélico, puisqu’il est civil ou militaire en fonction de… sa dernière couche de peinture.

Par ailleurs, en 2003, EADS a investi 30 millions de dollars dans le constructeur aéronautique Avichina, fabricant d’hélicoptères, acquérant 5 % de son capital. Construction de matériel sur place, prise de parts dans des entreprises du pays… Il ne s’agit plus de vendre, mais bien de s’installer. Finies les petites hypocrisies « éthiques ». Grâce à ses investissements dans le pays, EADS peut court-circuiter embargo et code de conduite. De là à dire qu’elle se rendrait complice des exportations de la Chine vers des États sympathiques… Pour exemple, des journaux ivoiriens avancent que Pékin approvisionnerait Yamoussoukro en matériel militaire depuis 2002.Autre marché en vogue pour EADS : la sécurité. Le consortium s’est positionné pour refourguer à la Chine un système de sécurité destiné aux Jeux olympiques de Pékin de 2008 et, par la suite, installer un centre de simulation dédié au flicage des grands évènements. Pourtant le pays du « grand bond en avant » a déjà quelques compétences pour faire régner l’ordre. Amnesty International a constaté que la Chine a fait exécuter 650 condamnés à mort en deux mois, avant le nouvel an lunaire. Pour les médias nationaux, il s’agissait de «  protéger la stabilité sociale et permettre au peuple de passer un joyeux nouvel an en toute sécurité ».

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°20 DE CQFD, FEVRIER 2005.


[1] Conglomérat d’armes et d’aéronautique regroupant Matra-Lagardère, Daimler et Casa.





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