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CQFD N°021


LA LOI ANTI-VOILE, UN AN APRÈS

PLUS DE PROBLÈME !

Mis à jour le :15 mars 2005. Auteur : Pierre Tévanian.


La loi anti-voile a tout juste un an. Bizarrement, les médias sont restés muets comme des tanches sur cet anniversaire. L’exclusion de gamines voilées, qui a été le point aveugle de la tapageuse période du « débat sur la laïcité », est pourtant devenue réalité à la rentrée 2004. La loi entrait alors en vigueur et nombre d’élèves souhaitaient continuer d’aller à l’école publique tout en gardant au moins un bandana, théoriquement toléré, mais interdit de fait dans de nombreux établissements [1]. Il était donc évident que des exclusions auraient lieu. Or, dès les premiers jours de septembre 2004, dans le contexte d’une prise d’otages par un mystérieux groupe islamiste exigeant le retrait de la loi sur le voile [2]. , les grands médias décrètent à l’unisson que la rentrée «  se passe plutôt bien  ». L’info a tout d’une incantation : des dizaines de litiges sont en cours et rien ne permet de savoir comment ils vont se terminer. Personne ne sait non plus combien de jeunes filles se sont déscolarisées d’elles-mêmes. Enfin, aucun élément ne vient étayer le postulat selon lequel les élèves décoiffées de force se sentent « plutôt bien ». Toutes ces questions ne sont pas même posées dans les grands médias.

Puis, lorsqu’à la fin du mois d’octobre 2004 ont lieu les conseils de discipline et les exclusions - le ministère en décomptera quarante-huit au mois de janvier 2005, auxquelles s’ajoutent plus de soixante démissions sans conseil de discipline -, la couverture médiatique est minimale : seules les toutes premières exclusions sont mentionnées, de manière expéditive, les suivantes n’ayant droit qu’à de courtes dépêches AFP ou Reuters. Ainsi, une cinquantaine d’exclusions définitives et une soixantaine de démissions forcées, touchant des adolescentes pour la plupart issues des classes populaires, pour qui l’école est la seule chance d’ascension sociale et d’émancipation, ne provoquent quasiment aucun bruit médiatique, alors que la petite dizaines de crises provoquées par la présence d’élèves portant un foulard avait fait l’objet entre mars 2003 et mars 2004 d’un vacarme médiatique assourdissant [3]. En somme, ce que nous disent les grands médias, c’est qu’une poignée d’élèves portant un foulard dans un collège ou un lycée est un problème de société crucial, tandis que plus de cent déscolarisations pour cause de port d’un foulard relèvent de l’anecdote légère.

L’exemple le plus significatif de l’incapacité des grands médias à s’intéresser aux filles « voilées », y compris lorsqu’elles sont victimes d’exclusions définitives, est le reportage réalisé le 19 octobre 2004 par Nabila Taburi pour le « 20 heures » de France 2, à l’occasion de la toute première exclusion de la rentrée, prononcée contre une élève de Mulhouse. Ce reportage, illustrant l’une des rares exclusions annoncées lors d’un journal télévisé, a ceci de particulier qu’il ne nous apprend rien des sentiments de l’élève exclue - dont on ne voit pas même le visage - ni des sentiments de ses condisciples, ni de ses parents, ni de ses professeurs, ni de la direction de l’établissement, ni des autorités académiques… Et pour cause : le reportage n’a pas été tourné à Mulhouse, mais au Raincy, en Seine-Saint-Denis, dans un collège privé sous contrat. Et il ne traite pas de l’exclusion qui vient de frapper, et qui fournit l’occasion de sa diffusion au journal télévisé, mais d’un enseignant qui a choisi d’inviter chaque élève à présenter sa religion à ses camarades de classe ! Le choix de « parler aussi de ce qui va bien à l’école » n’est certes pas critiquable en lui-même. Ce qui en revanche relève de la pure propagande, consciente ou non, est le choix d’en parler de cette manière particulière, à ce moment particulier, et dans le but d’occulter l’exclusion qui vient d’avoir lieu.

Cet exemple illustre parfaitement ce que Serge Daney appelait « le visuel » : une image dont le but n’est pas de montrer une réalité, fût-ce sous un point de vue partiel ou partial, mais de la dissimuler. Et cela doublement : dissimuler la réalité elle-même et dissimuler la dissimulation. C’est précisément le rôle rempli par le reportage de France 2. Des images se rapportant à la réalité de l’exclusion auraient pu éveiller chez le téléspectateur des doutes quant au bien-fondé de la logique prohibitionniste, elles risquaient de créer une sorte de trouble à l’ordre public. De même, la simple annonce de l’exclusion, sans images pour lui donner sens, aurait pu faire naître un malaise face à une loi censée « protéger » les filles et garantir une rentrée sans accroc. Ce qui est offert au spectateur n’est pas l’image d’une réalité implacable, ni l’absence de cette image, mais un spectacle réconfortant qui démontre que « tout va bien madame la marquise ». À la place d’une école qui vire une collégienne ou d’une télévision qui choisit d’ignorer la chose, on nous exhibe une Éducation nationale qui sait organiser « le dialogue des cultures » dans la sérénité et la bonne humeur. L’« affaire » est close. Il n’y a plus qu’à attendre la prochaine.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°21 DE CQFD, MARS 2005.


[1] La circulaire du 22 mai 2004 désigne comme « ostensibles » les signes ou les vêtements dont la seule vue suffit à conclure à une appartenance religieuse. Elle exclut donc du champ d’application de la loi les bandanas, qui sont portés par des filles aussi bien musulmanes que non musulmanes. Cela n’a cependant pas empêché l’exclusion d’élèves qui avaient échangé leur voile contre un bandana : la plupart des établissements scolaires ont suivi les instructions officieuses des Inspections académiques leur recommandant d’ajouter dans leurs règlements intérieurs une interdiction « de tout couvre-chef ». La moumoute semble épargnée pour le moment…

[2] Le 24 août 2004, deux journalistes français et leur chauffeur irakien sont pris en otage par « l’Armée islamique d’Irak », qui menace de les exécuter si la loi interdisant le port du voile n’est pas abrogée dans les huit jours. Cette revendication sera vite oubliée, mais la prise d’otages aura pesé lourd sur le débat public, en renforçant le climat d’union sacrée régnant à la rentrée 2004 autour de la loi sur le voile. Continuer dans un tel contexte de s’opposer à la loi, c’était non seulement défier une loi votée à la quasi-unanimité des parlementaires, mais aussi devenir un « allié objectif » des terroristes. Pour goûter le sel de cette accusation, lire les témoignages recueillis par le collectif Une école pour tous (www.ecolepourtoutes-tous.org)

[3] Au cours de l’année 2003, les hebdomadaires Paris Match, Le Figaro Magazine, Le Nouvel Observateur, L’Express, Le Point, Valeurs actuelles et Marianne ont consacré pas moins de vingt-six couvertures au thème de « la laïcité » et du « voile », tandis que les quotidiens Le Monde, Le Parisien-Aujourd’hui, Le Figaro et Libération leur dédiaient plus d’une centaine de « unes ». Au total, ce sont 1 284 articles qui ont envahi les pages des trois principaux quotidiens (Le Monde, Libération, Le Figaro), soit une moyenne de deux articles par jour et par journal pendant six mois. À titre de comparaison, le projet de réforme de la Sécurité sociale a été traité 478 fois par ces trois quotidiens, soit presque trois fois moins.





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PLUS DE PROBLÈME !
pierre | 11 juin 2008 |

les obligations divines (pour peu que ce soit vrai , c’est une autre histoire) n’ont pas à prévaloir sur une loi de la république donc quand il y a incompatibilité entre les deux , les lois de l’état s’appliquent en premier.

en outre on a beau prendre le probleme dans tous les sens , cette « obligation divine » est un commandement sexiste puisqu’il considère que les phanères de sexe feminin sont indécents alors que ceux des hommes non…

comment l’ecole laique peut elle admettre un telle manifestation , manifestement misogyne alors que l’égalité des sexes y est enseignée ?

enfin je ne vois pas en quoi le fait de se cacher une partie du corps est une protection, théoriquement la loi protège les filles de tout harcellement, le debat porterait donc plus sur le nombre d’adultes encadrant dans les écoles.

et si le cas de ces jeunes filles est effectivement tragique, on ne peut pas vraiment se permettre de satisfaire à leur demande et donc de modifier les aspects normatifs de la laicité, à moins de n’en plus vouloir, ce que personne ne veut je suppose dans cet espace.

crittiquer les médias sur ce terrain ne nous dit pas ce que CQFD propose comme solution à ce problême.

PLUS DE PROBLÈME !
oumayma | 29 mars 2007 |
Bonjours, Je suis une femme musulmane française et voilée, et je suis très fière d’avoir ces 4 caractéristiques :-)))) Je vous remercie beaucoup pour cet article car je suis parmi une minorité française qu’est três peu entendu, et souvent agressé par le regard des gens et les préjugés des médiats !!! Personnellement, j’ai mis mon « hijab » pour une choix très personnelle !! dans mon entourage aussi, il y a beaucoup des femmes voilées, et elles sont contentes de lêtre !!! C’est une oubligation devine imposer par notre createur (pas, par le mari, père ou frère,..comme beaucoup veulent faire croire :-I), alors, on l’adore , en appliquant cette loi très juste !! C’est aussi pour nous faire du bien !! car c’est pour but de nous protéger et aussi, pour garder notre chaseté spérituelle !! Alors, s’il vous plait, laissez nous vivre notre spéritualité en paix !!! MERCI :-) PLUS DE PROBLÈME !
chevalier braillard | 30 août 2006 |
stopons le communeautarisme, et pronons les valeurs de notre belle republique. les lois sont ainsi faites, nous devons tous les respecter meme si cela parfois peut nous sembler injuste. a l heure des campagnes presidentielles et des debats houleux pour une lutte de pouvoir, ne ravivons pas de ce genre de debat. le bandana est une sorte de provovation, ceux qui ne veulent pas aller en cour se servent de cette excuse pour faire l ecole buissionnaire. la religion et l etat ne font pas bon menage. pour preuve la france a ete un exemple pour la separation de ces deux entites. c est pour ces raisons que l ecole doit rester neutre a toute forme de representation religieuse. le port d un meme uniforme pour tous est la solution a ce genre e probleme.
 

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