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CQFD N°021


LE GÉANT PÉTROLIER TOUJOURS À L’AISE DANS L’AFFAIRE AZF

TOTAL RESPECT

Mis à jour le :15 mars 2005. Auteur : François Maliet.

Pour le groupe Total, une bonne nouvelle n’arrive jamais seule : aux neuf milliards de bénéfices raflés en 2004 s’ajoute la perspective d’un confortable non-lieu dans l’affaire AZF. Les trente morts et les cinq mille blessés causés par l’usine toulousaine ne pèsent pas plus lourd que le poids du lampiste.

Avant d’exploser lui aussi, miné par les schismes et les abandons, le collectif Plus jamais ça, ni ici, ni ailleurs (PJC) se réunissait parfois dans l’arrière-boutique du Bijou, un café-concert toulousain. C’est dans ce même troquet que CQFD a rencontré quelques survivants qui s’entêtent à tenir bon. Ils sont membres de PJC Croix-de-Pierre, un collectif d’individus du quartier éponyme, sérieusement ravalé par l’explosion d’AZF le 21 septembre 2001. Plus de trois ans après cette manifestation du terrorisme industriel, ils sont toujours sur le pont. « Nous posons la question de la remise en cause des industries dangereuses », explique Alain. Au début, l’heure était à l’urgence, au soutien des victimes, à l’exigence de la fermeture de l’ensemble du pôle chimique de Toulouse. « Il a fallu s’organiser, acquérir des compétences pour mener la lutte : travailler les aspects techniques et se plonger dans le droit », souligne Sophie Vittecoq. Un savoir-faire qu’ils continuent de partager. Parfois des gens les contactent suite à l’implantation sur leur perron de sociétés susceptibles de réduire en poussière quelques pâtés de maisons. Ce fut le cas d’habitants de Milizac (Finistère) qui s’opposaient à la construction d’une « installation industrielle à haut risque » de traitement de lisiers.

Mais aujourd’hui, AZF revient au cœur du sujet : la bataille se mène sur le front juridique. Après l’accident, la justice avait mis en cause treize personnes - simples salariés pour la plupart - pour « homicides involontaires », « blessures involontaires » et « destructions, dégradations ou détériorations involontaires ». À la mi-novembre 2004, onze s’en sortaient avec un non-lieu. Ne restent plus en course désormais que le directeur d’AZF et un quidam de la Surca, une boîte sous-traitante. Pour Total, propriétaire et donneur d’ordres d’AZF, toujours aucune poursuite à l’horizon. Il faut dire que la société aux neuf milliards d’euros de profits a tendance à bouder les tribunaux. Pour l’Erika, la pieuvre de Thierry Desmarest a voulu gagner du temps en demandant une nouvelle expertise sur les conséquences du naufrage. Cette requête, refusée en février par la cour d’appel de Paris, aurait retardé de plusieurs mois, voire de plusieurs années, le procès de la marée noire. Pour AZF, Total a distillé ou laissé distiller une flopée de thèses le dédouanant de toute responsabilité : attentat d’un gonze à sept caleçons, attaque à la roquette, une première explosion dans l’enceinte de la société voisine qui fait dans les poudres et explosifs, le crash d’un drone, un rayon laser… C’est à peine si on n’accusait pas Hulk d’avoir joué au bowling sur le site. Après avoir bien ri de ces galéjades, les experts judiciaires ont rendu en septembre dernier un rapport excluant tout acte de malveillance.

À ce jour, pourtant, aucun des chefs d’incul-pation ne permet de remonter la chaîne des responsabilités au-delà du directeur de l’usine de Toulouse, et l’instruction se limite à la recherche des causes directes de l’explosion. « Arrêtez Desmarest ! », pouvait-on lire naguère sur les murs de Toulouse. On risque d’attendre encore longtemps. À moins que… « Des membres du collectif ont déposé une plainte, avec constitution de partie civile, pour “mise en danger délibérée d’autrui”, qui permet d’enquêter sur la tenue générale de l’usine avant l’explosion », avance Sophie. Distinguo subtil, mais qui permettrait, selon Alain, « de mettre en lumière tout ce qui se passait en amont dans cette boîte, du point de vue de l’organisation, et ainsi d’établir leur culpabilité dans la création du risque ». Objectif : montrer du doigt les conséquences des décisions politiques, comme le recours quasi-systématique à la sous-traitance pour la gestion des déchets, et les sérieuses économies réalisées sur la maintenance. « On fait ça aussi pour notre dignité de sinistrés, pour tenter d’éviter ce vers quoi l’on s’achemine : un non-lieu général, ou juste la condamnation d’un lampiste. » C’est effectivement pas lourd pour trente morts et cinq milles blessés. La plainte ayant été jugée irrecevable en janvier, l’appel avait été fixé au 3 mars. Mais « la décision a été reportée au 17 mars. Tant que ce n’est pas “non”, on a une chance… », espère Sophie à la sortie du tribunal. Que Total ne clame pas victoire trop vite, il reste des bastos dans le chargeur : deux autres associations, ainsi qu’un gars qui a perdu son fils lors de l’explosion, ont entrepris les mêmes démarches.

Et puis, même s’ils paument, ils auront quand même un peu gagné : « Dans le quartier, on a appris la solidarité avec nos voisins, les relations sont très riches et perdurent », explique Geneviève Doucet, elle aussi membre de PJC Croix de Pierre. « Avant, dans le quartier, les gens avaient confiance dans les élus, les experts, les techniciens. Mais ce n’est plus le cas, on ne peut plus leur faire confiance », renchérit Alain. Et ils continuent à bosser : ils surveillent la dépollution du site d’AZF, que Douste voudrait expéditive pour pouvoir y bâtir rapidement son « Cancéropôle ». Et quand leur association aura cinq ans d’existence, elle pourra légalement se porter partie civile. « Des fois que ça pète ailleurs… », murmure Sophie.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°21 DE CQFD, MARS 2005.






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