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CQFD N°021


CHRONIQUE DE GUERRE

TURCS ET KURDES SONT DANS UN BATEAU

Mis à jour le :15 mars 2005. Auteur : Jean-Philippe Turpin.


Depuis Mustapha Kemal, le Kurdistan est une pierre dans la botte turque : l’existence même des Kurdes vient contrecarrer les fondements du nationalisme kémaliste. Leurs premières révoltes des années 1925, 1930 et 1936, sévèrement réprimées, avaient servi de prétexte à la négation de leur identité et à leur oppression systématique. Il a fallu attendre les années 1980 pour voir apparaître une nouvelle vague de résistance. La lourde poigne des militaires turcs, arrivés au pouvoir par un coup d’État en 1980, provoque un sursaut identitaire et donne une base populaire au PKK, parti des travailleurs du Kurdistan, créé par des intellectuels d’Ankara en 1978. Ces derniers avaient opté pour le marxisme-léninisme pour des raisons stratégiques autant qu’idéologiques : avec ses missiles pointés vers l’URSS, la Turquie était en effet une proche alliée des États-Unis, qui lui fournissent armes, conseillers et subsides. Abdullah Öcalan, le leader du PKK, mise donc sur le soutien de l’URSS, que pourtant il n’obtiendra jamais. La deuxième erreur du PKK est d’avoir mis en place une organisation autoritaire basée sur le culte du chef et s’opposant aux structures sociales traditionnelles. Sans soutien de l’extérieur, despotique à l’intérieur, le PKK doit progressivement abandonner la lutte armée. L’arrestation d’Öcalan en 1999 et la pusillanimité dont il fait preuve lors de son procès mettront un terme au pouvoir exclusif du chef et du parti.

Débloquer le verrou

Le début des années 90 voit naître un embryon de compréhension à l’égard du peuple kurde, sous l’impulsion du président Turgut Ozal, dont la mère était kurde. Tout en infléchissant la politique de négation entre 1989 et 1993, Turgut Ozal contribue cependant à l’anéantissement de la rébellion par des moyens militaires. Ces années sont aussi celles de la médiatisation de l’opposition kurde, à l’exemple de la députée Leyla Zana, qui obtient le prix Sakharov en 1995 au Parlement européen. Dès lors, continuer d’abattre ou d’emprisonner les intellectuels kurdes devient un exercice diplomatiquement délicat. Depuis 1999, l’état d’urgence a été levé et la trêve décrétée, ce qui a permis le retour à une certaine stabilité. Mais celle-ci ne doit pas occulter le fait que les libertés sont attribuées au compte-goutte, que la langue kurde est toujours interdite à l’université et que la Turquie refuse obstinément de reconnaître une zone géographique kurde. Difficile aussi d’oublier les trente mille morts et les trois mille villages rasés durant les années noires. Rebaptisé Kronga-Gel (Congrès du peuple kurde), ce qui reste du PKK décrète la fin de la trêve et la reprise de la lutte armée en juin 2004. On ne jurera pas que cet appel martial obtiendra un soutien populaire franc et massif. Néanmoins, il reste de nombreux problèmes en suspens, dont celui des combattants restés dans les montagnes. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour débloquer le verrou qui depuis des décennies meurtrit la vie de milliers d’hommes et de femmes. On ne peut que se réjouir de l’action menée par des membres de la société civile en plusieurs points d’Europe, qui ont décidé de faire campagne pour une reconnaissance mutuelle des peuples kurde et turc par le biais d’un processus de paix excluant le mépris, les treillis et la mitraille. Leur initiative est encore trop mal connue. Une pétition a été lancée sur le site http://www. placeauxdroits.net. Elle mérite amplement d’être signée.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°21 DE CQFD, MARS 2005.






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TURCS ET KURDES SONT DANS UN BATEAU
beg fall | 22 juin 2007 |
Ah les etats jacobins… L’etat français est quand meme plus subtil !
 

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