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CQFD N°021


L’ÉTAT ET LES COLLECTIVITÉS LOCALES, LA CAF ET L’ANPE, TOUS UNIS POUR…

DÉBUSQUER LES FEIGNASSES

Mis à jour le :15 mars 2005. Auteur : Nicolas Arraitz.

Un Marseillais sur quatre vit sous le seuil de pauvreté. Après avoir constaté le naufrage, le préfet de région présente le Plan Borloo, une nouvelle voie d’eau dans le navire. L’argent de la formation pour les chômeurs ? On va le refiler aux patrons, qui recevront 330 euros par mois et par contrat « aidé », histoire de les conforter dans leur foi néo-libérale. Quant aux « profiteurs » du RMI et autres bouffeurs de nouilles-margarine, ce sont les collectivités locales de gauche qui se chargeront de les tanner.

Hé, les pauvres ! Ne vous sentez pas abandonnés, l’État s’occupe de vous. Christian Frémont, le préfet de région PACA, vient de présenter le plan Borloo « de cohésion sociale » à la populace. Et il a même versé une larme. « La France est malade. La pauvreté augmente. L’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’étend. L’ascenseur social n’est pas en panne, il marche à l’envers. Aujourd’hui, les parents ont la certitude que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. C’est un phénomène inacceptable et dangereux pour la démocratie » (La Marseillaise, 24/02/05). Cri d’émeutier ? Appel à la sédition ? Que non ! Le représentant numéro un de l’État dans ce coin du pays s’apitoie sur notre sort avant de sonner l’hallali. Ainsi va l’époque : le boucher rend hommage à la bête avant de la dépecer. Il y a un an, ce même haut fonctionnaire appelait à se débarrasser des Roms laveurs de pare-brise, parce que leur présence sur nos carrefours pouvait provoquer « des phénomènes de rejet très dangereux pour une démocratie » (Libération, 13/11/03). Avec Frémont, c’est le retour du spectre des classes dangereuses. Le malheureux doit en faire des cauchemars… Et rêve peut-être de sauver la démocratie en danger en ré-instaurant le suffrage censitaire. En tout cas, sa dernière prestation médiatique au service de Borloo, inhabituelle de la part d’un personnage campant l’autorité de l’État français en province, vise à placer les billes du gouvernement dans la répartition des rôles de la fameuse loi de décentralisation. À lui la profondeur de vues et les beaux sentiments, aux collectivités locales la misère quotidienne et son traitement social. Et ça tombe bien, le conseil général est socialiste. Et dans socialiste, il y a social, non ?

C’est là qu’entrent en scène Tonton Guérini, président du Conseil général, et sa Lisette. Bons comme du pain blanc, mais pas couillons pour autant (« trop bon, trop con », comme on dit ici), nos deux compères savent aussi communiquer. Haro sur la paresse, donc. Après France 2 et son reportage sur les Rmistes marseillais se prélassant dans des villas à 1 500 euros par mois (encore une intox pour attirer les Parisiens ?), La Provence revient à la charge avec son dada anti-feignants : « Finis les cadeaux pour les profiteurs du RMI », annonce-t-on en une du 23 février. Une campagne orchestrée ? Meuh non ! Page 5 : « Interrogatoire poussé pour 30 000 Rmistes ». Lisette Narducci, vice-présidente du conseil général, est en campagne contre les abus. Elle veut « cerner les besoins des allocataires et démasquer les profiteurs ». Rendez-vous compte : 30 000 des 69 000 Rmistes départementaux n’ont même pas signé de contrat d’insertion, alors que c’est obligatoire pour toucher le kit-survie ! Quels fichus branleurs, tout de même ! Mais ce qu’oublie de dire Lisette, c’est que la signature de ce faramineux contrat ne dépend pas du Rmiste, mais des services sociaux du conseil général, chargés d’instruire les dossiers. S’il y a autant de retard, c’est bien la faute à la lourdeur bureaucratique, et non à ce salaud d’assisté. Mais le lecteur de La Provence ne le saura pas : qu’il se contente de maudire ces milliers de bras-cassés qui vivent à ses crochets.

Bien sûr, quand il s’agit de faire la nique à Gaudin, Guérini se transforme volontiers en don Quichotte. « Lone Star m’assigne en justice pour avoir dit qu’ils déportaient la population [de la rue de la République]. Je maintiens et j’assume, je persiste et je signe. La contrainte de quitter le quartier réveille de sinistres souvenirs. Si on les fait partir, on les tue à petit feu », déclare-t-il dans La Provence du 28 février. Mais sa comparse Lisette, lorsqu’elle coiffe sa casquette de mairesse du 2e secteur de Marseille, redevient pragmatique. Face aux spéculations immobilières de la droite, elle s’inquiète de ce que les pauvres expulsés du centre-ville soient refoulés chez elle : « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde sur ce secteur. » Traduction : envoyez-les plutôt se faire voir à Vitrolles ou à Marignane. Lutter contre la pauvreté en gommant les pauvres, c’est plus facile que s’attaquer aux causes. « Nous avons mené une réorganisation en profondeur pour contenir le nombre, déclare la vaillante Lisette à propos des « profiteurs », et surtout accélérer les sorties du dispositif vers l’emploi ». Mais vers quel emploi ? Mystère et boule de hasch. « Le “ i ” de RMI est désormais prioritaire sur le “ r ” », conclut le journaliste. Emballez, c’est pesé. Mais n’allez pas croire que c’est par radinerie qu’on tente d’expulser un maximum de gens du « dispositif ». Cette année, le conseil général dépensera plus : 406 millions contre 382 en 2004. Seulement, au lieu d’aller bêtement aux chômeurs, il sera prioritairement investi dans l’aide au retour à l’emploi. C’est-à-dire dans des stages le plus souvent bidons et des subventions à des entreprises qui délocaliseront une fois encaissée la manne publique.

Et sur ce genre de pratique qui tend à se généraliser, le préfet Frémont en connaît un rayon : n’a-t-il pas balayé d’un revers de main le projet des anciens de Lustucru de reprendre la production sous forme de SCOP ? Souvenons-nous : après les inondations d’Arles, le groupe Panzani empoche en concept de dégâts des eaux, endommagement des machines et pertes d’exploitation, un total de quarante-six millions d’euros. Immédiatement après, il procède à la fermeture du site et au licenciement du personnel. Avant de conclure, il y a de cela quelques jours, un rachat à 337 millions avec le groupe espagnol Puleva. Joli coup pour les actionnaires et sale affaire pour les ouvriers. Ceux-ci ont donc monté, en septembre dernier, un projet de reprise de la production pour leur propre compte. Ils ont pris contact avec les riziculteurs camarguais, commandé une étude de marché aux experts économiques de leur syndicat, reçu le soutien de l’Union régionale des SCOOP… Mais peine perdue : monsieur le préfet a signifié une fin de non-recevoir. « Le projet n’est pas viable. Pas de débouchés, pas de matière première »… Les ex-salariés en sont restés babas : l’État venait de décréter qu’il n’y avait pas de riz produit en Camargue, ni de consommateurs dans la région ! D’après Serge Bonutti, délégué CGT, « le gouvernement fait le canard parce qu’il était au courant du projet de vente, déjà prévue avant les inondations, et il a quand même payé les indemnisations en vue d’une reprise de la production. Et puis, c’est politique : de nos jours, les seuls qui ont voix au chapitre sont les actionnaires. » Effectivement, l’époque n’encourage pas l’autogestion d’une usine en vue de faire vivre quelques dizaines de familles. Ces cons d’ouvriers seraient bien incapables d’organiser leur propre délocalisation à Taïwan ! Alors, amis chômeurs, continuons à faire confiance à la raison d’État et à la loi du marché. Leur avenir est radieux. Le nôtre ? Radié.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°21 DE CQFD, MARS 2005.






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Chomeur en vacances
grumo | 12 novembre 2008 |

Le mot travail de l’ancien français signifie « tourment, souffrance »

Bonjour, je crois que ma situation reflète le problème majeur du chômage. J’ai 28ans, je suis aux assedics depuis 2ans à 950€ par mois (d’ailleurs mes assedics prennent fin ce mois ci), je ne souhaite que travailler, mais pourquoi faire ??

Quasiment tous les emplois que j’ai eu étaient des « sous-emplois » , agent d’entretien (nettoyer les wc), manutentionnaire (porter des cartons de +20kg toute la journée)… et tous les autres dans la même trempe…

On y est traité comme des machines voir des esclaves, un patron toujours sur le dos demandant toujours plus de rendement alors que tout le monde est déjà en sueur, interdiction de discuter tout en travaillant alors que cela ne gêne en rien la productivitée… pauses de 5min top chrono -> 30secondes de retard on se fait geuler dessus… Heures sup non-payées, il faut harceler la direction pour se les faire payer au bout de plusieurs mois…. Normes de sécurités souvent non respectées….angoisse d’avoir un accident… Une augmentation de salaire ?? ca n’existe pas vraiment : celui qui a 20ans de boite touche a peine 200-300€ de plus par mois que le petit nouveau qui est au smic, très encourageant comme avenir n’est-ce pas ? Jamais reconnu a sa juste valeur, même quand on est le plus productif de l’équipe on reste un sous-homme au regard de la direction. Rentrer le soir completement claqué, manger et au lit pour reprendre ce calvaire le lendemain et ainsi de suite jusqu’a devenir depressif. Et j’aurai surement encore un bon paquet de reproches en y refléchissant plus longement…

T’es pas content ?? t’as qu’a te barrer y’a 20 chômeurs derrière toi qui attendent ton poste… Alors quand on voit certaines entreprises faire des millions de benefices et nous traiter comme ça forcément on est dégouté du travail. Je ne vais pas m’éterniser sur le sujet mais voilà comment on traite les petites gens dans le travail…

L’ANPE ne sert qu’a diriger les chômeurs vers ce genre d’emplois, pour trouver quelque chose de bien il faut chercher soi-même et ce n’est pas facile. Alors je dirai que le chômage n’existe pas quand on est prêt a baisser son froc et se faire exploiter. Certains disent qu’il faut faire appel à l’étranger pour trouver de la main d’oeuvre… ben ces gens là viennent de pays dont les conditions sont encore plus rudes et insuportables alors evidemment dans un premier temps ils y trouvent leur compte et ne se plaignent pas, mais très rapidement ils prennent conscience que ce n’est pas si rose et rejoignent le rang des français mécontents…

Alors que des amis me disent eux même qu’ils n’en foutent pas une dans l’administration publique… passent des heures a boire le café, erf… j’en suis jaloux !

Alors travailler dans ces conditions pour 1100€ net ou bien rester tranquillement chez soi pour 950€ net ?? c’est tout vu !!

Je suis un as en informatique, je peux réparer n’importe quel ordinateur ou matériel defectueux… tous mes amis font appel a moi et en sont très contents, ce qui me permet de manger un bon resto de temps en temps… Seulement j’ai aucun diplôme et aucune entreprise ne m’a laissé ma chance…

Voila comment ca se passe dans le monde réel, et pour tous ceux qui disent que les chômeur sont des feignasses, vous ne vous rendez pas compte comment vous devez être bien lotis dans vôtre travail…

Bref, la france tu l’aime ou tu la quitte ? j’espère bien partir un jour…

DÉBUSQUER LES FEIGNASSES
EVRARD | 24 novembre 2007 |
MDR, n’importe quoi votre article, c’est fou !!! comment pouvez vous parler de Jean Noel Guerini et de lisette narducci comme ca ! Au moins eux ont eu le courage de lancer une opération aussi importante sur notre département. Je vous informe que ce sont des élus de gauche, ils ne sont pas pour supprimer le rmi, mais le donner vraiment a ce qui en n’ont besoin. Sur les 69000 rmistes, ils en restent 58000 environ, une baisse de 10000 qui ont pu trouver soit un emploi, ou ont été radié pour avoir frauder. Je vous rapelle que l’Etat a décharger le rmi sur le département sans donner l ’enveloppe qui permet de les payer. Comment peut on laisser des milliers de personnes profitant du systeme ( exemple : Emploi intérimaire « déménageur » avec un salaire s’elevant à environ 2000€/mois + rmi) pendant que nous fonctionnaire, ouvrier, payons nos loyers intégralent,les impots etc…. Arretons la carte RTM gratuite, les Rmistes doivent participer au pouvoir d’achat de la france en payant une somme minime comme impot. Moi je pense que l’état doit refondre le RMI, et mettre en place un fichier commun avec les agences intérimaires, anpe, caf, collectivités. DÉBUSQUER LES FEIGNASSES
Adelaide | 25 février 2007 |
Arretez d’accuser tous les minimas sociaux car parmi eux il y a des femmes malchanceuses qui ne trouvent pas de travail stable . Va t-on les mettre à la rue pour vous plaire vous autres egoistes en tout genre ?! Le batiment a besoin de bras mais il faut payer ces bras et non pas avec 2 sous pour avoir juste de quoi payer les factures et le transport Cessez de critiquer ceux qui n’ont pas de chance ! Les profiteurs sont ces salauds de neoliberaux ! Et tanpis pour ceux qui se trompent d’ennemis ! DÉBUSQUER LES FEIGNASSES
mrlouis | 15 avril 2006 |
Ras le bol de tous ces assistés. C’est pas le trvail qui manque, mais le courage. La France est obligée de recourir à la main d’oeuvre étrangère pour compenser le manque d’ouvriers français (ceux qui touchent le chômage et le RMI et qui bossent au noir). Arrêtons l’hypocrésie ! J’ai voyagé pendant plusieurs années autour du monde, en voilier et j’en suis « tombé de cul » comme on dit chez moi : j’ai rencontré un nombre stupéfiant de « chomeurs et RMIstes » qui profitaient de leur licenciement (et d’un complice pour remplir les formulaires périodiquement -voir un aller-retour en avion vite fait pour plaider leur dossier-) pour faire la même chose. Le système social est indispensable. Les profiteurs (bien soutenus par les syndicats) l’ont vidé de son sens. Alors continuons dans cette voie, nos enfants nous remercieront.
 

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