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CQFD N°021


MA CABANE PAS AU CANADA

TOUS EN CABANES !

Mis à jour le :15 mars 2005. Auteur : Grite Lammane.

Le 23 février dernier, Jean-Louis Borloo sortait de son chapeau la maison du bonheur pour les classes moyennes. Quatre-vingts mètres carrés de placoplâtre suburbain pour « 100 000 euros tout compris » qu’on pourra acheter grâce à un crédit sur dix-sept ans, à coups de 500 euros par mois. Le contraste avec la gratuité des six cents mètres carrés du logement de fonction d’Hervé Gaymard prête à sourire. Mais c’est carrément l’hilarité pour ceux qui, comme nous, construisent la cabane de leurs rêves pour des sommes à deux zéros.

Des brigands du Moyen-Âge aux Chiapanèques de la forêt Lacandone, les réfractaires ont toujours su s’approprier les espaces périphériques délaissés par la culture dominante pour nourrir leur insoumission et fabriquer leurs vies. Aujourd’hui, en réaction à l’instabilité des revenus, à l’augmentation du prix des logements, à la surconsommation, à la pollution… nous sommes de plus en plus nombreux à prendre le maquis. Les cabanes, les squats, les yourtes, les tipis, les zomes, poussent comme des champignons ces derniers temps. Comme s’il était impossible à certains de lutter indéfiniment contre le standard de vie occidental, et qu’ils n’avaient plus d’autre choix pour redevenir acteurs de leurs existences que de se retirer. À ceux qui lui demandaient pourquoi il avait décidé de construire une cabane dans la forêt et d’y vivre, Henri David Thoreau (1817-1862) répondait : « Ce qu’il me fallait, c’était vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie (…). Car, pour la plupart, il me semble que les hommes se tiennent dans une étrange incertitude à son sujet. » Pour beaucoup d’entre nous, le confort comme fin en soi et les désirs artificiels gonflés par la pub ont transformé cette « étrange incertitude » en certitude du non-sens. Et nous avons un besoin urgent de nous soustraire au poids d’un corps social agonisant pour renouer avec ce qui fait l’humain. Un humain capable d’agir, qui ne s’en laisse pas conter par les propagandistes néo-libéraux qui cherchent à l’acculer dans l’impasse de « la fin de l’histoire ».

Comme d’autres ailleurs, à La Lucane, nous nous sommes mis à construire une utopie. Sans permis, sans plan, sans argent. Simplement avec le désir de faire l’expérience de notre capacité à changer la vie, sur un bout de terre protégé par un sous-bois, à quarante-cinq kilomètres de Bordeaux. À l’origine, quelques rêveurs fauchés : des artistes, un intellectuel anarchiste, des comédiens, un chanteur et son amie peintre, une pigiste, une grand-mère, et une bonne fée voyageuse. En une année, dans le respect des habitants de la terre et de la forêt, nous avons débroussaillé une clairière, construit une première cabane habitable sur pilotis, creusé un puits et créé un petit potager. Ça n’a l’air de rien. Pourtant, ce que nous fabriquons là, c’est notre autonomie. Parce que bâtir soi-même une maison adaptée à ses besoins et apprendre à faire sortir de terre sa nourriture, c’est découvrir qu’on pourrait mordre la main qui nous nourrit, si d’aventure la laisse se serrait trop autour de notre cou. Le pouvoir ce ne sont pas les ministres qui le possèdent, mais nos rêves qui le mettent en œuvre, puisqu’on peut construire de ses mains ce qu’on veut voir exister.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°21 DE CQFD, MARS 2005.






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> TOUS EN CABANES !
| 2 décembre 2005 |

Super, mais la cabane dans le bois, ça me semble du luxe !! Non ? entreprendre une construction dans un terrain qui ne vous appartient pas je suppose, et qui risque donc, d’etre détruite à la première occasion sous les ordres d’un maire, ou autres. Si le terrain vous appartient, il faut qu’il soit dit « a batir » pour pouvoir y construire meme une cabane, et donc très cher ce type de terrain. Conclusion : un jeu de luxe, pour bourgeois. Investir autant dans une entreprise de ce genre, et se retrouver tout ça détruit la semaine suivante ! OUI c’est sympa, quant ensuite on rentre dans son 200 m2 a Neuilly !

marcel carné

 

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