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CQFD N°006


La recette Danone appliquée à l’assistance publique

L’hôpital de Berck traité au bifidus actif

Mis à jour le :15 novembre 2003. Auteur : Olivier Cyran.

Convertie aux lois de la rentabilité, l’Assistance publique (AP) serre la ceinture à ses établissements. Exemple à l’hôpital maritime de Berck, où s’accumulent dysfonctionnements, pénurie de moyens et répression syndicale sur fond de spéculation immobilière. Il faut dire que la patronne de l’AP est l’ancienne DRH du groupe Danone.

Moins on en sait et mieux on se porte : cet adage semble particulièrement adapté à l’hôpital maritime de Berck, où les malades le seraient plus encore s’ils apprenaient dans quel sac de noeuds ils se font soigner. Pour avoir parlé trop fort, trois employés de cet établissement devaient comparaître le 13 novembre devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer. Martine (kinésithérapeute), Pascale (psychologue) et Joël (technicien) sont accusés de « diffamation » à cause d’un tract datant de février 2001. Signé SUD-Santé, le texte en cause assimilait l’hôpital maritime de Berck à un « camp de travail » et s’en prenait aux « matraqueurs » et « délateurs » qui « n’hésitent pas un seul instant à rafler en votre absence vos documents de travail ». Un tract virulent, rédigé sans gants chirurgicaux, mais qui répondait à l’acharnement rien moins que thérapeutique qui frappait les trois syndicalistes. Spécialisé dans le traitement des pathologies neurologiques et orthopédiques, l’hôpital maritime de Berck n’est pas un petit dispensaire de campagne : de belle taille et donnant sur la mer, il fait partie des cinquante établissements de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP), vieille dame respectable et cependant gangrénée par l’implacable réduction des dépenses de santé. L’affaire du tract n’est que l’un des nombreux symptômes de ce dépérissement. Depuis sa création en 1996, année des réformes Juppé, la section syndicale SUD-Santé de l’hôpital maritime ne cesse de dénoncer l’étranglement budgétaire et les dysfonctionnements qui en découlent. A la fermeture de plusieurs services (dont celui des urgences), aux problèmes d’effectifs (une seule psychologue pour 160 malades) et au renvoi de certains patients vers la région parisienne s’ajoutent des économies d’épicier. « Ces jours-ci, des aide-soignants se plaignent de ne plus disposer de gants pour nettoyer les malades », témoigne Martine. Cet été, il a fallu pallier le manque de draps en couvrant les lits avec des taies d’oreillers. Et pendant qu’on fait la « chasse au gaspi », on claque vingt millions de francs dans une piscine de balnéothérapie qui, au départ, devait n’en coûter que sept. « Où est allé tout cet argent, alors que plusieurs travaux prévus dans le contrat initial n’ont pas été effectués ? », s’interroge SUD-Santé.

Face à leur demande de transparence, la direction inflige aux dissidents une culture d’entreprise digne de Michelin : harcèlement, brimades, insultes. Dans un rapport daté de septembre 1998, son chef de service reproche ainsi à Pascale « l’inconsistance et l’irrégularité dans son travail » (au motif d’une action syndicale pourtant menée hors des heures de travail) et de s’occuper « d’autre chose » que des malades. Les entraves se multiplient, l’ambiance devient irrespirable. « La direction a tout fait pour nous isoler, raconte Martine. Nos collègues n’osaient pas venir nous parler au sein de l’hôpital : ils nous donnaient rendez-vous dans un bistrot à quinze bornes de là. » Certains partent en dépression, d’autres démissionnent. Les plus futés, proches de la direction, créent une section concurrente, affiliée à la CFDT, qui offre aux nouveaux adhérents des conditions autrement plus attractives. Par exemple, la promesse que leur embauche sera renouvelée à l’issue du contrat… A condition, évidemment, de couper tout lien avec les « syndicalistes voyous » de SUD-Santé.

C’est dans ce contexte délétère que surgit le tract « diffamatoire ». Bien que le texte soit l’oeuvre d’un collectif et ne porte aucune signature individuelle, la directrice et le médecin-chef décident sur le champ de porter plainte contre Martine, Pascale et Joël, en leur qualité supposée de « meneurs ». Depuis, la directrice a été mutée à Lille et le médecin-chef suspendu de ses fonctions, preuve d’un certain embarras de la maison-mère. L’affaire n’en a pas moins suivi son cours, avec convocations à la gendarmerie, mises en examen, interrogatoires chez le juge et, donc, comparution au TGI de Boulogne. L’artillerie lourde contre trois réfractaires à bout de force…

« On nous confond avec des pots de yaourt »

Pendant ce temps, rien ne change, ou alors en pire. L’APHP a d’autres soucis que d’améliorer le sort de sa filiale nordiste. Publique, l’Assistance ne l’est plus guère que sur son papier à en-tête. La logique entrepreneuriale qui s’est glissée entre ses plis a franchi un point de non-retour avec la nomination, en décembre 2002, de sa nouvelle directrice, Rose-Marie Van Lerberghe. Cette énarque moulée dans le gaufrier libéral fait sans cesse la navette entre la fonction publique et les entreprises, administrant à celle-là les traitements de choc rodés avec celles-ci. Son CV a la rectitude d’un cours de management : après dix ans chez Danone, où elle a dirigé le service des « ressources humaines », elle devient en 1996 déléguée générale à l’emploi auprès de Martine Aubry, qui lui confie le plan de restructuration de Moulinex. Puis elle s’en retourne faire un tour dans le privé, chez Altédia Ressources humaines, la boîte du sinistre Raymond Soubie [1]. Propulsée à la tête de l’Assistance publique, elle y prend aussitôt les mesures qui s’imposent : l’octroi à elle-même d’un salaire mensuel d’environ 18 000 euros, soit le double du traitement normal pour ce type de poste dans la fonction publique, et la distribution de primes opulentes à ses adjoints, recrutés en majeure partie dans l’industrie pharmaceutique. Forte de quoi, la Rose-Marie lance un « plan global de productivité » visant à résorber l’immense déficit de l’AP-HP (350 millions d’euros). Chaque établissement doit se plier à de nouveaux objectifs d’économies financières, en libéralisant sa gestion, en fermant les services « inadaptés », en modulant les horaires du personnel et en réduisant les fournitures en médicaments.

A l’hôpital de Berck, où l’on n’a fait qu’anticiper sur cette orientation, celle-ci se traduit à présent par la menace d’une privatisation rampante. « On nous confond avec des pots de yaourt », disent Martine et Pascale. En juillet dernier, un responsable immobilier de l’APHP est venu visiter les lieux pour étudier une éventuelle revente au privé de certains lots. La direction envisage déjà de se débarrasser d’un bâtiment, inoccupé depuis la disparition de l’unité de soins psychiatriques il y a un an, et qui représente à lui seul un tiers de la surface de l’hosto. Convoité par un groupe de maisons de retraite de luxe, ce bout de patrimoine pourrait rapporter un million d’euros à l’APHP. En attendant, la Rose-Marie fait de la com’. Les syndicalistes gardent un souvenir médusé d’une récente réunion, au cours de laquelle la patronne tenait à faire connaître ses bons sentiments au personnel de Berck. Après avoir patiemment enduré son laïus, Martine et les autres ont pris la parole pour lui poser des questions précises et inconfortables, auxquelles l’ex-DRH de Danone ne s’est pas dérobée : « Je vous aime bien, a-t-elle répondu en souriant. Il y a des petits pains sur la table, mangez-en ! » Puis elle est repartie.

Olivier Cyran

Publié dans le n°6 de CQFD, novembre 2003.


[1] Eminence grise des « réformateurs » et spécialiste proclamé de « notre système de protection sociale », Raymond Soubie a préparé tour à tour le laminage des retraites (d’abord pour Balladur, puis pour Raffarin) et la « la réorganisation du système de santé ». Le 30 juin 2000, Altédia faisait son entrée en Bourse au titre de premier groupe français en ressources humaines. Soubie possède une fortune estimée à 579 millions de francs (voir PLPL n°9 et le Monde diplomatique de juin 2003).





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L’hôpital de Berck traité au bifidus actif
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| 11 novembre 2012 |

Bonjour, Felicitations pour votre bel explication ! J’attend avec impatience la suite.

Cordialement, Ikram Joueuse de Mahjong gratuit

> L’hôpital de Berck traité au bifidus actif
| 27 juin 2005 |
je suis le frere d’un patient de l’hopital indique lorsque nous lui rendons visite (il est en etat de coma) nous sommes deçu de la qualite des services de l’hopital (par rapport au patient ,manque d’hygiene,aucun compte rendu de son etat,le chef de service est injoignable et introuvable , seul les infirmieres nous donnent des nouvelles à la volee bref il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans l’hopital ps : la seul fois en 19 mois ,ou j’ai pu rencontre le chef de service il m’a demande si il arrive à mon frere de se trouve dans une situations grave de ne plus continue les soins mesdames,messieurs voilà la rare fois que j’ai pu voir le chef du service
 

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