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CQFD N°022



ON A VOULU NOUS RENDRE CONS, C’EST RATÉ !

Mis à jour le :15 avril 2005. Auteur : Le bouledogue rouge.


En ce début de printemps, on a enfin de quoi se marrer un peu. De beaux coups de pied agitent en tout sens la termitière. Ni les descentes-dépouilles des « jeunes des milieux défavorisés » dans les manifs parisiennes, ni le matraquage citoyenniste qui enjoint à respecter vaille que vaille un très démocratique vote de loi à l’Assemblée n’auront réussi à ramener précipitamment les lycéens à leurs examens et au peaufinage de leur look. La question restait posée : comment continuer à faire du bruit, à occuper l’espace, à faire écho à ce que disaient les lascars du LEP électronique lors du mouvement lycéen de décembre 1986 : « On a voulu nous rendre cons, c’est raté » ? Du 24 mars au 2 avril, dans la semaine suivant le vote définitif de la loi, plus de cent quatre-vingts lycées étaient bloqués, fermés, barricadés. Des lycéens dorment sur place, quelques-uns réquisitionnent l’argent de péages autoroutiers, d’autres bloquent le centre-ville, certains prennent d’assaut le rectorat. Le 7 avril, le mot d’ordre d’occupation lancé par les comités d’action lycéens était repris dans trois cent soixante-dix bahuts. Ici et là, la police a chargé, distribuant cartes de vœux, vapeurs de lacrymos et poursuites pour « outrage et rébellion ». Beaucoup y ont gagné un stage de garde à vue, autrement plus pédagogique qu’une formation chez Auchan. De Brest à Strasbourg, de Dunkerque à Tarbes, ces incivilités auront arraché les lycéens hors du vivier Nike-Motorola.

De toute cette belle agitation, on a vu surgir alors une litanie d’appels regroupant intellectuels labellisés et gentils citoyens, affirmant non pas un soutien à ce mouvement sans leaders auto-proclamés, mais chantant, chacun selon sa partition, le refrain du « mais que fait la police ? ». Les uns se lâchent en pétition contre le « racisme anti-blanc », qu’il conviendrait donc de terrasser par une loi Gayssot « spécial cailleras », les autres se répandent en réclamations pour « la constitution d’une commission parlementaire » sur la manif du 8 mars, histoire d’inviter les autorités à cogner plus fort. Saint Képi, protégez-nous ! Mais au lieu de s’en remettre à la matraque, les lycéens, eux, préfèrent encore courir le risque de se la prendre dans la figure… Au même moment, un autre coup de bambou faisait un flop retentissant : dans le Gard, où l’injonction raffarinienne à bosser le lundi de Pentecôte était avancée au lundi de Pâques, élèves, fonctionnaires et salariés ont chômé obstinément. L’exhortation à la corvée s’est joliment échouée sur l’inertie épicurienne des anonymes. Décidément, ce maudit populo ne comprend rien à rien. On lui dit de rester chez lui, il sort dans la rue. On lui dit d’aller au boulot, il reste à la maison. Même quand on le menace d’apocalypse en cas de « non » à la Constitution européenne, il rigole comme un bossu. La progression du « va te faire voir », extravagante au regard du lavage de têtes médiatiques en faveur du « oui », offre un assez délicieux spectacle de mines déconfites, de mensonges clownesques et d’exposés piteux sur ces gens qui ne pensent pas où on leur dit de faire. Mains moites et sourires crispés, les appareils politiques observent avec effroi les mouvements à multiples visages qui surgissent ici pour disparaître là et réapparaître encore, indécrottables : postiers, travailleurs précaires, urgentistes, lycéens, oisifs… Peut-être se rassurent-ils en comptant sur la sous-traitance électorale : laisser le populo seul dans l’isoloir, qu’il riposte par procuration et place le bénéfice de son vote entre les mains de tel ou tel parti. Mais à leur place, on ne serait plus sûr de rien.

Publié dans CQFD n°22, avril 2005.






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