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CQFD N°022



LES BONS ET LES MÉCHANTS

Mis à jour le :15 avril 2005. Auteur : Marion Millo.


Mardi 8 mars, les lycéens marseillais défilent. Ils sont cinq mille à brailler contre la loi Fillon et l’école au rabais. Le cortège est dynamique, ça change des balades de profs. Ce qui change aussi, c’est les dizaines de flics en civil sur les trottoirs. Soudain, la manif part en vrille : des « bandes de jeunes », comme disent les journalistes, essaient de s’emparer de la sono et cognent dans le tas. Il y en a même qui tentent de piquer les drapeaux de la CNT, sigle notoire de « la Castellane nique tout »… Débandade sur la Canebière. On apprend que des CRS ont serré un jeune, au hasard, qui manifestait tranquille. Ça scandalise une vieille qui passait par là, qui râle et qui se fait bousculer violemment par un keuf. Rien à voir avec ce qui se passe au même moment à Paris, mais ça va réduire de moitié la manif de la semaine suivante. Le 15 mars, on compte plus de SO que de manifestants. Tout le monde s’épie. Un jeune est arrêté parce qu’il est monté sur une bagnole pour danser dessus. Le cortège scissionne : la majorité des jeunes de couleur, étiquetés « quartiers nord », finissent par se dégager des autres et manifester devant. Quelques-uns cherchent l’embrouille, la plupart veulent simplement rester entre eux. L’école « de la réussite pour tous » revendiquée dans les slogans n’a jamais existé, surtout pour ceux qui naissent en ZUP et vont à l’école en ZEP. Quand on a passé la conscience de classe à la moulinette, qu’on a rendu illisible ou grotesque toute mémoire des luttes, comment s’étonner qu’il n’y ait pas de jonction entre ceux qui sont en train de perdre et ceux qui ont déjà perdu ? Faute d’une conscience de leurs intérêts communs, ils ne font que refléter les slogans dominants de l’époque : tout pour ma gueule, je me sers tout de suite… Condamner les heurts sans les placer dans leur contexte, c’est participer au délire ambiant du « eux et nous » qui s’est fait une nouvelle parure depuis le 11-Septembre.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°22 DE CQFD, AVRIL 2005






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