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CQFD N°022


DÉFICIT VOLONTAIRE, PÉNURIE PLANIFIÉE

FAILLITE FRAUDULEUSE POUR L’UNEDIC

Mis à jour le :15 avril 2005. Auteur : Nicolas Arraitz.

L’Unedic accuse un trou de plus de 10 milliards d’euros. La faute aux vieux chômeurs trop bien payés à rien glander, explique-t-on officiellement. En réalité, c’est l’Unedic qui a organisé sa propre pénurie en dilapidant les bénefs de l’assurance-chômage.

C ’est Le Monde qui l’annonce (12/03/05) : « Des changements structurels creusent les comptes de l’Unedic. » Ruinée, ratiboisée, la caisse enregistreuse des chômeurs déplore un déficit de 4,4 milliards d’euros pour 2004 (contre 4,3 milliards en 2003), soit une douloureuse cumulée de 10,2 milliards d’euros au 31 décembre dernier. Presque autant que la Sécu ! Or, comme l’explique « une étude de la direction des études [sic] et statistiques du régime d’assurance-chômage » citée par Le Monde, la hausse du nombre de chômeurs ne suffit pas à « expliquer intégralement » l’ampleur de cette faillite [1]. Selon l’éminente direction des études qui a dirigé cette étude, ce serait « l’arrivée massive en indemnisation des personnes ayant plus de 45 ans, aux salaires beaucoup plus élevés que la moyenne [qui] a fait mécaniquement augmenter le salaire moyen des chômeurs indemnisés ». C’était donc ça… Salauds de vieux ! « L’évolution du salaire de référence des chômeurs […] a augmenté plus rapidement que celui des actifs », se lamente encore l’étude. Comment voulez-vous que les gens aient envie de retourner bosser ?

La mémoire de poisson rouge du Monde lui joue des tours. Sinon, il aurait pu aller dénicher sans trop d’effort dans les archives que l’Unedic a bel et bien planifié la pénurie dans laquelle elle se vautre complaisamment aujourd’hui. C’est ce que d’aucuns appellent « l’organisation de la rareté », le ressort secret du système. Comparons en effet l’état actuel des comptes de l’Unedic avec ceux d’il y a quatre ans. Extrait de L’Expansion du 14 mars 2001 : « Avec la réforme de l’assurance chômage, l’Unedic va voir fondre sa trésorerie, principalement en raison de la baisse des cotisations. C’est ce que montrent les projections financières de l’Unedic pour cette année et 2002. Avec le fameux PARE [2] qui s’appliquera aux demandeurs d’emploi, l’excédent sera limité cette année à 2,7 milliards de francs et à 2,8 milliards de francs en 2002. » Voilà donc tout l’intérêt du « fameux PARE » ! Nous qui pensions que c’était juste un caprice de bureaucrate… La plus-value dégagée par l’Unedic aura donc été bien inférieure aux 8,7 milliards de francs amassés en 2000. Et surtout, bien inférieure aux « excédents qui auraient été dégagés si l’Unedic avait maintenu les anciennes règles : 18,5 milliards de francs en 2001 et 28,5 milliards en 2002. » Bigre ! « De surcroît, les excédents devraient être moins importants puisqu’ils ne tiennent pas compte d’une contribution exceptionnelle que l’Unedic va verser à l’État, et qui s’élèvera à 7 milliards de francs en 2001 et à 8 milliards de francs en 2002. » Comme de juste, l’excédent fut distribué aux patrons pour… les encourager à créer des emplois (rires pré-enregistrés dans les coulisses). Titre de l’article de cette Madame Soleil des sphères économiques : « L’Unedic verra fondre ses excédents en 2001 et 2002 ». On les voyait venir.

Cette méga-arnaque n’est donc pas le résultat de quelques errances financières ou fausses manœuvres. Au-delà de la démagogie qui simule, toute de fausse compassion, son indignation sur le nombre de chômeurs tout en leur mettant des coups de bâtons sur la tête, le chômage est indispensable, voire vital, pour la bonne marche des affaires des États et des milieux économiques. D’une part, un haut niveau de chômage affaiblit la pression des revendications salariales. De l’autre, l’outil économique élaboré par l’OCDE, le « Nairu » (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment, en français « taux de chômage n’accélérant pas l’inflation ») établit le taux de chômage en dessous duquel ça risque d’aller mal pour le bizness et la paix sociale. Aux dernières nouvelles, pour la France, le Nairu se situerait à 10 % - ça tombe bien, les chiffres officiels du chômage correspondent pile-poil à ce niveau optimal. Si on estime normal que les profits astronomiques des multinationales aillent aux actionnaires, alors pourquoi ne pas redistribuer les cotisations sociales aux chômeurs ? Eh bien, voyez-vous, c’est comme pour la Sécu : la moindre redistribution qui s’apparente ne serait-ce que de loin à une sorte de justice sociale est aujourd’hui considérée comme un très mauvais exemple donné à la piétaille et aux paresseux. Il faut donc organiser la pénurie en même temps que mettre en scène l’abondance. Nous serions au monde pour souffrir et espérer. Et l’angoisse solitaire sera toujours le meilleur moteur de la consommation de masse. Amen.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°22 DE CQFD, AVRIL 2005.


[1] D’autant que l’Unedic fait tourner à fond sa machine à radier les allocataires. En janvier 2005, le nombre de chômeurs indemnisés avait baissé de 1,4 % par rapport à décembre 2004, malgré l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi enregistrée le même mois (+ 0,7 %). Sur l’année 2004, 86 800 chômeurs se sont fait sucrer leurs allocs.

[2] « Plan d’aide au retour à l’emploi », inventé par le Medef, la CFDT et la gauche plurielle pour remettre les chômdus au turbin. Depuis Raffarin, on a accéléré la cadence avec une diminution de la durée d’indemnisation, le RMA et les contrats d’activité.





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trop vieille, trop grosse, trop… laide et en plus elle doit puer le camember !!
chali | 28 juin 2007 |

j’ai 58 ans et demi… ben oui, ça compte les demies.. et loin de coûter cher à l’UNEDIC, je suis en ASS 335€ mensuels et encore un an et demi (encore..) à attendre pour une retraite de misère, probablement le minimum vital. Je me suis fait dire par les gens en place à l’ANPE que j’étais fainéante… que je ne cherchais pas bien.. j’ai fais un contrat CES qui m’a coûté la peau des fesses, l’ASSEDIC s’étant trompé en me donnant des renseignements m’a demandé de rembourser 1800€, j’en avais gagné 5500… alors qu’en restant chez moi, j’aurai gagné 5500 sans perdre les 1800€.. Mon mari à été licencié pour raison économique… ça me fait marrer, l’économie c’était que c’était moins cher de délocaliser, la filiale pour laquelle il travaillait était la plus rentable du groupe… bref, après 35 ans de bons et loyaux services, le voilà sur le tas, ah oui, j’allais oublier de vous dire qu’il est handicapé (polio) depuis l’âge de six mois, qu’il n’a jamais demandé d’aide pour son handicap et qu’il a travaillé comme tout un chacun pendant toutes ces longues années malgré des jambes qui avaient du mal à le porter, en septembre 2008, il ne touchera plus d’allocation chômage, il ne touche déjà pas des milles et des cents et notre fils est à notre charge (21 ans étudiant). Nous envisageons de vendre notre maison parce que quand l’heure de la dêche va sonner, nous ne pourrons plus payer le crédit et que pour ne pas se faire saisir notre seul et unique bien, nous allons le vendre, sachant que nous n’avons plus droit à aucun crédit, nous envisageons d’acheter plus petit et bien plus vieux… avec tout ce que ça comporte quand on sait qu’il ne peut pas bricoler. Bref, je me demande si un jour nous verrons la fin de ce cauchemar, j’ai parfois envie de me foutre dans l’estuaire, le problème, c’est que je nage comme un poisson alors, que faire ?

Je ne crois plus en notre gouvernement, je ne crois plus en notre pays, parfois, j’ai envie de partir dans un pays d’Afrique du Sud ou je gagnerai 6 fois le maximum mensuel du coin avec un minimun de mon pays… quelle honte, quelle tristesse, quel merdier.

Pour finir, comme je suis fauchée, je mange des pâtes, des patates, du riz.. et je grossis, hé oui, c’est un cercle vicieux, je ne trouverai jamais de boulot à ce rythme là, vivement que les choses changent, que je puisse manger des légumes (5 par jours) et des fruits frais (5 par jour) et que je maigrisse, pour trouver du travail avant que la retraite ne sonne. Ah, j’allais oublier, si quelqu’un a un contact direct avec le maître du temps, il ne pourrait pas plaider en ma faveur de façon à ce que je ne vieillisse pas trop vite pour avoir le temps de cotiser pour la retraite…

Mon ex mari (26 ans de bons et loyaux services là aussi..) ne me donne pas de pension, il ne voulait pas que sa femme travaille… je suis restée à la maison à rien fiche.. deux enfants et les beaux-parents à m’occuper plus les vieux de la famille, et maintenant, qui va s’occuper de moi hein ? qui ?

Bon j’arrête, je ne veux pas vous plomber le moral, si j’ai écrit ces lignes, c’est juste que je suis en colère mais ça va passer, ça passe toujours !

bien cordialement chali

 

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