Le 21 mars, trois cents Rmistes du Puy-en-Velay étaient conviés par leur ANPE et le conseil général de la Haute-Loire à se rendre à un « forum pour l’emploi » en hôtellerie-restauration.
Le rencard était fixé à Saint-Germain Laprade, un bled paumé à trente-cinq bornes du Puy, dans un complexe sportif situé en zone industrielle, inaccessible par les transports publics.
Aux militants d’une association de chômeurs, venus demander la mise en place d’une navette, un agent ANPE répondit : « Quand on recherche un emploi, on doit avoir les moyens de se déplacer. » Ces feignasses n’ont qu’à marcher à pinces, ça leur fera les pieds.
Quant à ceux qui ne se sentaient pas la vocation pour faire la plonge dans une cafétéria, l’invitation était sans ambiguïté : les absents s’exposeraient à des « menaces de radiation
de la liste des demandeurs d’emploi ».
Radier du chômdu par pelletées, ça se fait tout seul et sous n’importe quel prétexte.
À Marseille, plusieurs chômeurs convoqués à l’ANPE durant les deux semaines de grève
des postiers (voir « La jolie grève que personne n’a vu venir ») n’ont pas reçu leur convoc’ à temps : tant pis pour eux, radiés
quand même. Pendant ce temps, le conseil général des Bouches-du-Rhône recrutait trente « contrôleurs » affectés au charcutage des « profiteurs du RMI ». Découpe sévère aussi dans le Rhône, où l’allocation d’un millier de Rmistes sera suspendue à compter du 1er mai pour n’avoir pas honoré leur rendez-vous avec le « référent chargé de l’insertion sociale et professionnelle ». Un bon truc, ça, l’insertion. Pour s’en rendre compte, il n’y avait qu’à faire un tour aux « Assises
de l’insertion » organisées le 31 mars par la mairie de Paris : un pince-fesses interdit aux associations de chômeurs et de précaires, mais qui présentait l’avantage d’être sous-traité
à une boîte de com’, S’cape évènements, prestataire aussi du ministère de la Défense
et de la grande distribution.
ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°22 DE CQFD, AVRIL 2005.