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CQFD N°022


PROPAGANDE US AU MOYEN-ORIENT

VOICE OF AMERICA

Mis à jour le :15 avril 2005. Auteur : Mathieu Bouchard.


George Bush l’avait annoncé haut et fort avant de planter son fanion sur Bagdad : « Nous déploierons tous les efforts nécessaires pour rappeler à l’opinion publique internationale que nous n’avons jamais été une nation de conquérants. Nous sommes au contraire une nation de libérateurs. » La guerre devait se gagner aussi sur le front audiovisuel. Pour préparer le terrain, des radios financées par les États-Unis appelaient chaque jour au renversement de Saddam Hussein : Radio Free Iraq, Al-Mustaqbal (« l’avenir »), Voice of the Brave Armed, Radio of the Land of Two Rivers… À présent, leur rôle consiste à chanter les vertus des « libérateurs ». Comme dit Harold Pachios, directeur de l’« US Advisory Commission on Public Diplomacy », le service de propagande du Département d’état : « Derrière les engagements militaires au Moyen-Orient, il existe une guerre médiatique dont le champ de bataille est la télévision. »

La télé, parlons-en. Les États-Unis dépensent chaque année plus de 14 millions de dollars pour diffuser vers l’Iran une version persane de « Voice of America ». L’émission ne dure qu’une demi-heure, mêlant des infos pour les grands à un programme destiné aux jeunes, « Next Chapter », qui martèle pourquoi le régime iranien doit être renversé. En 2006, son temps d’antenne devrait passer à trois heures. En attendant, les Iraniens sont invités à se distraire avec Radio Farda. Inaugurée en décembre 2002, cette radio mélangeant propagande et variétoche r’n’b revendique une audience quotidienne de quarante mille auditeurs. «  Nous nous sommes rendu compte à quel point il est important de défendre la démocratie en Iran et, pour cela, de disposer d’une station de radio destinée aux jeunes en général et aux étudiants en particulier », explique son responsable, Norman J. Pattiz. Au Département d’état, la coordinatrice de ce programme de matraquage s’appelle Elizabeth Cheney. C’est la fille de Dick Cheney, ancien PDG d’Halliburton et vice-président des États-Unis. Pour « défendre la démocratie », c’est un bon pedigree. Tout juste repue des pharamineux contrats raflés en Irak, Halliburton vient justement d’annoncer son retrait d’Iran, en vertu d’une loi (« Iran-Libya sanctions act ») interdisant aux entreprises états-uniennes d’investir au pays des mollahs. Une loi que la multinationale avait allègrement contourné pendant neuf ans à l’aide d’une filiale domiciliée aux Caïmans… Halliburton hors d’Iran ? Seulement « pour le moment », nuance Dave Lesar, PDG du groupe, le temps pour les Cheney père et fille de « libérer » le pays…

Plus à l’ouest, dans la partie arabophone du Moyen-Orient, les états-Unis possèdent déjà leur propre télévision, Al-Hurra, (« la libre »), une radio (Radio Sawa, écoutée paraît-il par un million d’auditeurs) et un magazine (Hi). Créée voici un an et dotée d’un budget annuel de 62 millions de dollars, Al-Hurra entend servir de « repère lumineux dans un marché médiatique dominé par le sensationnalisme et la distorsion », en se dévouant « pour la vérité et le débat libre et ouvert ». Ses responsables tiennent à préciser qu’à l’inverse de ses concurrentes, Al-Hurra diffuse « des nouvelles dignes de foi ». Histoire qu’on ne se méprenne pas sur ce que doit être une nouvelle « digne de foi », George Bush explique que son fer de lance hertzien va apporter « aux peuples du Moyen-Orient la vérité au sujet des valeurs et de la politique des états-Unis, et la vérité sert toujours la cause de la liberté ». « Si l’on considère les stations de télévision du Moyen-Orient, ajoute Kenneth Tomlison, maître d’œuvre d’Al-Hurra, on trouve soit des stations administrées par l’État, soit des stations entre les mains de personnes qui ont leur intérêt personnel en vue. » Ce diagnostic ne s’applique évidemment pas à Al-Hurra, qui a pour principe de permettre aux téléspectateurs de « penser par eux-mêmes » et de « prendre de meilleures décisions ». Une bonne décision, par exemple, c’est d’acclamer les militaires US, seuls vrais « défenseurs de la liberté, de la conscience et de la dignité de tout être humain  », dixit le président américain. Autant dire que « nous serons présents [au Moyen-Orient] pendant longtemps », s’enthousiasme Kenneth Tomlison.

Une bonne nouvelle même « digne de foi » n’arrivant jamais seule, la Maison Blanche va pouvoir réaliser un vieux rêve : contrôler Al-Jazeera. En janvier dernier, le gouvernement du Qatar a annoncé son intention de privatiser la chaîne d’information aux 35 millions de téléspectateurs. La procédure devrait être entamée avant la fin de l’année, avec l’aide d’une boîte américaine spécialisée dans les privatisations. Les états-Unis, qui détiennent deux bases militaires au Qatar, faisaient pression en ce sens depuis deux ans. L’administration Bush supportait mal de voir la télévision la plus regardée du Moyen-Orient chahuter la « vérité » US, notamment en Irak. « Si les gens se tournent vers nous, rétorque Faisal Bodi, un journaliste de la chaîne, c’est parce que la couverture des évènements par les médias occidentaux est extrêmement pauvre. Notre chaîne explique que cette guerre est illégale, montre ses horreurs, et corrige les allégations officielles. » Cette argumentation n’a pas convaincu les forces d’occupation. À Kaboul, Bagdad et Falloujah, elles ont bombardé les locaux de la chaîne et tué deux de ses reporters. Depuis août 2004, les équipes d’Al-Jazeera ne sont plus acceptées en Irak. « La liberté de la presse et la libre circulation des idées sont les fondements vitaux de la liberté », avait pourtant expliqué George Bush. Demain, Al-Jazeera sera sûrement autorisée à revenir en Irak. Comme filiale de CNN ou de Fox News…

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°22 DE CQFD, AVRIL 2005.






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