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CQFD N°006


Foulard et string

Ministre de la pudeur

Mis à jour le :15 novembre 2003. Auteur : Pierre Tévanian.


Le 12 octobre, sur LCI, le ministre des Ecoles Xavier Darcos, questionné sur la possible interdiction du string à l’école, a estimé « normal que l’on demande aux jeunes filles, lorsqu’elles commencent à être désirables, de faire en sorte qu’elles ne provoquent personne ». On espérait révolue cette extravagante inversion qui consiste à faire porter aux filles la responsabilité du harcèlement qu’elles peuvent subir. On l’espérait suffisamment disqualifiée pour qu’un ministre, fût-il membre de ce gouvernement, ne puisse plus se l’autoriser. On se trompait. On se trompait aussi sur l’anti-sexisme de notre classe politique, aucun chef de parti n’ayant cru bon de réagir à la logique fétide qui sous-tend ces propos. Celles et ceux qui croyaient que le soutien unanime apporté par la gauche plurielle et la droite unie au mouvement « Ni putes ni soumises » marquait une rupture en sont pour leurs frais : la dénonciation médiatique du sexisme des jeunes banlieusards semble intéresser davantage notre classe politique que la lutte contre le sexisme des élites. Un gamin de douze ans qui dit que les filles en jupe courte sont « des salopes » est un barbare qu’il faut mater, tandis que le même discours, euphémisé et policé, tenu par un ministre de la république, ne provoque aucune réaction.

Ce qui est étonnant, surtout, c’est qu’à l’heure où tant d’hommes politiques se découvrent « féministes » lorsqu’il s’agit d’incarcérer les squatteurs de halls d’immeubles ou de chasser des écoles les jeunes filles voilées, un ministre des Ecoles censé être laïc reprend à son compte le fondement de l’obligation faite par l’Islam le plus rigoriste de porter un foulard. C’est en effet pour protéger la femme du regard « concupiscent » et du comportement importun des hommes que des exégètes comme Tariq Ramadan justifient l’injonction aux femmes de couvrir leurs cheveux. Or, que dit d’autre Xavier Darcos, lorsqu’il demande aux adolescentes de cacher leur string ? Comment peut-il dans le même temps imposer cette « pudeur » aux porteuses de string et condamner à la déscolarisation les jeunes filles qui obéissent trop bien à son rappel à l’ordre et qui, en se couvrant les cheveux, ne font qu’appliquer à la lettre sa leçon de « pudeur » ?

Certes, le ministre répondra qu’il n’y a aucune contradiction entre interdire le string et interdire le voile, puisqu’il s’agit dans les deux cas de défendre l’intégrité de la femme : le string, en montrant, pousserait le mâle à lâcher ses instincts ; le voile, en cachant, l’inciterait au harcèlement des « non-voilées ». Ni string, ni voile : ça se vend comme une formule de sagesse, laquelle réside, comme on sait, dans le juste milieu. Mais la cohérence profonde des propos du ministre se trouve en réalité ailleurs : dans l’interdiction du string comme dans celle du hijab, dans l’exclusion des « impudiques » comme dans celle des « trop pudiques », on retrouve un même postulat : que c’est à l’autorité publique - représentée en l’occurrence par Darcos - de décider ce que des femmes doivent montrer ou ne pas montrer. Il me semble pourtant qu’on peut laisser une jeune fille cacher le lobe de ses oreilles si elle le souhaite et une autre montrer la cambrure de ses reins si elle le souhaite, et qu’on n’est alors pas moins féministe que lorsqu’on interdit aux deux de s’habiller comme elles l’entendent. Tel est le principe que défend le groupe féministe Femmes Publiques : « refuser toute pression ou contrainte exercée contre des femmes, que ce soit pour les forcer à se montrer ou pour les forcer à se cacher, que ce soit pour les forcer à se voiler ou pour les forcer à se dévoiler ». Les « filles à hijab » et les « filles à string » ont au moins un point en commun : elles sont toutes deux combattues par les gavés de testostérone déguisés en féministes.

Pierre Tévanian

Publié dans le n°6 de CQFD, novembre 2003.


La culbute de l’État de droit

Les propos de Darcos suggèrent le niveau de flottaison où barbote le discours public. Lorsqu’il déclare que « ce qui a changé depuis quinze ans, c’est une relative insolence des immigrés du monde arabo-musulman de la troisième génération », il accuse en bloc toute une communauté en lui imputant des « fautes » commises par des individus. Par ailleurs, qualifier d’« immigrés de la troisième génération » des jeunes Français nés en France de parents eux-mêmes nés en France, est une opération typiquement raciste d’assignation à l’origine. Assignation que le ministre réitère lorsqu’il ajoute que « si l’on n’aime pas la République française, il faut aller ailleurs ». Et où, s’agissant de jeunes Français ? En outre, il y a peut-être un fondement à l’amour très mitigé que certains d’entre eux nourrissent pour la république, compte tenue des discriminations que celle-ci prodigue. On ne voit pas en quoi, dans une démocratie censée garantir la liberté d’opinion, l’absence de fibre patriotique serait un délit. Darcos atteint un sommet dans l’absurde lorsqu’il déclare, à propos du foulard islamique à l’école, que « si la communauté musulmane ne veut pas y répondre [à la loi], alors faisons une loi. » En somme, le ministre invoque une loi qui n’existe pas pour sommer la « communauté musulmane » de s’y soumettre par anticipation… Cette aberration juridique relève d’une sorte de règle non-écrite en ce qui concerne les immigrés : des centres de rétention aux contrôles d’identité, nombre de lois n’ont été, au cours des dernières décennies, qu’une légalisation a posteriori de pratiques policières illégales mais routinières. C’est bel et bien ce type de processus qui se profile sur la « question du voile » : des coups de force aboutissant à leur banalisation, puis à leur légalisation. L’Etat de droit est désormais conçu comme le stade ultime de l’état de fait.

Publié dans le n°6 de CQFD, novembre 2003.






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> Ministre de la pudeur
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