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CQFD N°022



COURRIER DES LECTEURS

Mis à jour le :15 avril 2005. .


Cherche emploi de députée

Bon, je vous explique : je fais partie d’un public « privilégié », femme, 40 ans, divorcée, un enfant à charge, surdiplômée et Rmiste… Mon privilège consiste en une convocation reçue à domicile une fois tous les cinq du mois, pour vérifier si je cherche un emploi. Dans ma région, le conseil général s’inquiète beaucoup du nombre croissant de Rmistes, donc ils ont convoqué en février un « forum de l’insertion ». J’apprends par une des rares conseillères ANPE dynamiques que j’aie eu l’occasion de croiser qu’ils vont aussi recruter trente personnes pour « faire avancer les choses ». Elle me conseille, vu mon profil, d’envoyer une candidature spontanée, ce que je fais, bien sûr… J’ai obtenu une très gentille réponse, me spécifiant que ces postes étaient réservés aux agents de la fonction publique, mais que s’ils ne trouvaient pas de « profil requis » dans leur vivier, ils ne manqueraient pas de me recontacter. J’adore ce style d’humour ! J’ai une amie qui vient de trouver un boulot : un poste administratif à mi-temps en CDD d’un mois renouvelable ad vitam eternam… L’employeur ? L’ANPE ! Ayant besoin de manger, à défaut de trouver un emploi stable, je me suis mise à faire des vacations d’enseignement. Cercle vicieux, ce travail-là ne me donne pas de droits, et en plus, dans mon CV, ça fait apparemment une tache. Cela voudrait dire, paraît-il, que je n’ai pas envie de bosser, puisque je choisis un boulot de « fonctionnaire »… Quand j’ai commencé, vu que le rectorat paie avec un mois de retard, j’ai demandé un acompte. On m’a répondu : « On ne fait plus d’acomptes aux vacataires. »

Bref, je fais donc une vacation dans un lycée de ma bonne petite ville, et ce matin, j’arrive et trouve les grilles cadenassées par des élèves en colère. Si je n’effectue pas mes heures, je ne suis pas payée. Cette colère, que je soutiens à 300 %, elle va me coûter cher ! Un des lycéens me donne un tract. J’avoue que, préoccupée par mes propres et banals soucis, ça fait une paye que je ne me suis plus ni révoltée vraiment ni préoccupée beaucoup de ce qui se passait en France. Or je découvre sur ce tract que la loi Fillon a été votée par les seuls douze petits députés présents ce jour-là ! Alors là, j’avoue une flambée de grosse jalousie. Je fais donc appel à vous pour savoir où il faut postuler pour devenir député. Parce que mine de rien c’est cool comme job, tu viens, tu viens pas, t’es payé quand même. J’espère que les lycéens tiendront le coup, ça finira bien par faire un électrochoc à tous les résignés, dont je faisais encore partie ce matin, usée d’avoir à me battre chaque jour pour survivre. Voilà, alors merci à votre journal.
Dominique R.



Petite annonce

Dis, tu te rappelles l’ami croate, c’était y a pas si longtemps. On s’était pris bras dessus bras dessous, à quatre, et on avait foncé rue de la Santé. En face de nous, cette longue rue étroite sans voitures et au bout : les flics ! Plein ! Des gros, des lourds. Et moi tu vois je suis plutôt fluet, j’suis pas bagarreur comme toi, j’ai plus fait natation petit que karaté, j’ai eu p’têt plus de chance pour nager que toi, qui vivais en banlieue parisienne aussi. Mais bon, on fêtait la révolution française avec des sans-cravate maoïstes à ce que je rappelle, la prise de la Bastille, le 14 Juillet, ouais, le même jour que le défilé avec les paras et les chars ! Pour une coïncidence… Ça tombait en plein mandat de Mitterrand, « le promeneur du Champ-de-Mars » comme dit l’autre Marseillais, nous on disait pas encore le collabo, mais déjà y avait eu le bateau de Greenpeace et puis toutes les promesses qu’il avait pas tenues mais ça on s’en foutait, vu que dès qu’on avait eu le droit de vote, on s’était empressé de ne pas s’en servir ! Mais je m’égare, comme disait Flaubert à propos d’Hamilcar. Alors rue de la Santé on a foncé comme des fous, ouvrant une brèche comme on dit dans les états-majors. Et les flics ont pris peur, tu te rappelles, et après la manif s’est engouffrée dans la rue où on a tout cassé, les caméras, le poste de faction, les flics, enfin bon, la fête… Pour un 14 juillet, c’était vraiment ça, à part que ce n’était plus Sade qui était dedans, mais des prisonniers basques ou des voleurs ordinaires, toutes sortes de gens qui passaient l’été enfermés alors que nous on allait boire des coups après à la Bastille. La liberté, quand tu t’attaques à une prison, tu la ressens encore plus, non ? Je crois qu’on avait vraiment envie de l’ouvrir cette prison et puis toutes les autres, mais l’ambiance à Paris était plus à Découflé, tu vois, sur les Champs-Élysées. Voilà, Glupane, c’est juste pour avoir de tes nouvelles et pour te mettre au défi d’écrire une réponse comme celle-là, ou tu raconterais la bataille d’Assas, par exemple. Et bisous à ton fils.
Teuh Teuh

PUBLIÉ DANS LE N°22 DE CQFD, AVRIL 2005.






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