Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°023
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°023



LE FALCON DE DASSAULT EN APERITIF DE L’A 380

Mis à jour le :15 mai 2005. Auteur : Gérard Ponthieu.


La fascination pour les coucous de prestige est une constante du brouhaha médiatique. Le 15 février 2005, deux mois avant le décollage de l’Airbus A 380, Serge Dassault présentait sa dernière création à Bordeaux-Mérignac : le Falcon 7X, un nouveau jet privé haut de gamme à l’usage des milliardaires. Les journalistes conviés au raout (huit cents personnes, parmi lesquelles le ministre des Transports Gilles de Robien) se voient remettre une élégante plaquette qui leur détaille les splendeurs du joujou. Invités à faire la retape d’un produit facturé 37 millions de dollars l’unité, dont le cœur de cible représente environ 0,001 % de la population française, les journalistes s’exécutent d’autant plus volontiers qu’on leur a mâché le boulot.

Le soir même, le « 20 heures » de France 2 consacre un reportage promotionnel à l’avion de luxe : le sujet semble tout droit sorti d’un film de com’ interne. Au journal de France Inter, on s’empresse de donner la parole à un ingénieur de chez Dassault, venu célébrer le logiciel qui a servi à la conception de l’engin et qui va permettre de flinguer une partie du personnel. « S’il est un métier dont nous pouvons désormais nous passer, c’est celui d’ajusteur ! », se réjouit le cadre sup’ au micro du service public. Aucun journaliste ne moufte. L’absurdité des privilèges inhérents à ce mode de transport, son coût démentiel et ses effets polluants ne seront pas évoqués. De la limousine volante, les médias ne retiendront que les prouesses technologiques, narrées avec cette béatitude infantile déjà manifestée pour le Queen Mary II ou le pont de Millau, et qui trouvera son paroxysme avec l’Airbus A 380. « Le nouveau Falcon de Dassault a été élaboré de manière virtuelle », titre admirativement Le Monde (17/02/05). Preuve est faite qu’il n’est pas nécessaire de posséder des journaux pour y diffuser de la réclame gratuite.

Pour autant, la presse Dassault n’est pas en reste. Le Figaro, vaisseau-amiral du groupe, voué par son propriétaire à promouvoir les « idées saines », parvient même à dégoter un argument publicitaire inédit : « Hier à Bordeaux, alors que quelques plaques de verglas ont provoqué plusieurs heures d’embouteillage pour les avions de ligne sur les pistes de Roissy-CDG, les jets privés décollaient sans encombre de l’aéroport voisin du Bourget. Ministres, élus locaux, partenaires industriels et clients du nouvel avion de Dassault Aviation étaient accueillis à Bordeaux-Mérignac par Serge Dassault et Charles Edelstenne. » (Le Figaro, 16/02/05). Une information saine pour une saine vision du monde : d’un côté, la piétaille condamnée au verglas et aux heures d’attente, de l’autre, la jet-set s’élevant au-dessus du vulgaire.

ARTICLE PUBLIÉ DANS LE N°23 DE CQFD, MAI 2005.

LIRE ÉGALEMENT LE « BEL OISEAU » QUI NOUS CHIE SUR LA TÊTE ET ANTHOLOGIE DU SUPERDUPONT AERONOTIQUE






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |